Bilan 2017 et chemin de traverse.

Je vais éviter les chiffres, ils ne refléterons pas mon travail. Qu’ai-je donc bien pu faire cette année?

Comme prévu, j’ai travaillé sur l’ascendance de Pierre Moreau, instituteur. Les traces en sont discrètes, les mariages tardifs, ils eurent peu d’enfants et sont protestants de père en fils jusqu’à Pierre Moreau. Tout en retraçant leur ligne de vie, je me suis donc orientée vers l’histoire des  protestants. La vie de cette famille se fond dans la page plus grande de la religion réformée. C’est naturellement que j’ai recherché sur la toile, sur Gallica en particulier à comprendre et retracer leur chemin, et j’y ai passé du temps…

2017 était également un anniversaire important pour le protestantisme, C’était les 500 ans de la Réforme. C’est en affichant le 31.10.1517, 95 thèses contre les « indulgences » sur la porte de l’église du château de Wittenberg ( Saxe) que Martin Luther a jeté les bases d’une nouvelle religion chrétienne. Le 31 octobre 2017 cet anniversaire a été fêté dans toute l’Allemagne. Cette année de commémoration fut une année de manifestations culturelles, il y eut même une figurine Playmobil de Luther vendues à plusieurs millions d’exemplaire.

J’ai assisté, dans le Poitou des manifestations à La Couarde dont j’ai déjà parlé, en particulier à une conférence sur l’exil des protestants, une autre sur la psychogénéalogie ainsi qu’une journée de formation sur la généalogie protestante en Poitou. J’ai apprécié tous ces échanges ainsi que les ouvertures  sur le monde protestant. Je remercie en particulier «  genea79 » sans qui je n’aurait pas eu ces informations.

La Rochelle, qui fut très active au moment de la réforme, place forte protestante en son temps, fit également une exposition sur cet événement au « musée rochelais d’histoire protestante ». La ville a fait partie des 5 villes françaises et 96 en Europe à s’inscrire dans le réseau labellisé « cité européenne du 500e anniversaire de la réforme ».

Il y eut peu de travail sur les archives départementales, encore moins de visite, mais des rencontres, comme celle du Cercle généalogique Poitevin à l’occasion des « rencontres régionales de généalogies » à La Rochelle en octobre, des lectures. Voila ma généalogie ne s’est pas passée dans les registres cette année mais plutôt dans des lieux avec des rencontres intéressantes. Ce qui finalement n’est pas plus mal et dépoussière un peu l’idée que l’on a de la généalogie. Je n’ai pas passé un mois comme prévu sur la généalogie de Pierre Moreau, mais plutôt 8 mois à doses homéopathiques.

Alors, que dire pour 2018 ? Continuer à écrire sur le blog pour tracer mon travail, me parait une bonne résolution, nettoyer mon fichier Hérédis, relire, corriger mes erreurs également, mettre à jour geneanet, pas de grands projets…

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Education et vie d’un jeune seigneur Bas-Poitevin au 17e siècle.

C’est un exemple de sérendipité quand en faisant une recherche sur un ancêtre poitevin je trouvai  quelques pages sur l’éducation au 17e siècle d’un jeune seigneur Bas-Poitevin, par Louis Duval, extrait de la Revue du Bas-Poitou de mars 1901. Il s’agit d’un opuscule écrit par Jean de Larcher, 24 ans, précepteur appelé au château de Beaupuy, situé à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) pour s’occuper de l’éducation d’un jeune garçon.

L’élève s’appelait Jacques CHAUVINIERE, deuxième du nom, fils de Jacques CHAUVINIERE décédé avant 1606 et de Claude de La Haye. Il avait dix ans au moment où sa mère fit venir un précepteur au château, comme cela se pratiquait à cette époque dans ce rang de la société et était donc contemporain de Louis XIII (1601.1643). Jean de Larcher dédia un poème à son jeune élève, intitulé « institution à son adolescence » où il raconta les conseils donnés. Voici ses commandements:

Au moment de la prière de 7h à 10h du matin,

Ne soyez pas si tot le matin eveillé
de chausses de capes et de pourpoing habillé
que n’ayez dans la main un Psautier ou des Heures
Pour prier Sa bonté de sept à dix heures
… Il vous conserve sain, le priant qu’il vous donne
La grâce de de pouvoir tout le cours de vos ans
Vivre en homme de bien, abhorrant les méchants,
Fuyant les vicieux comme une noire peste,
….. le priant aussi
qu’il maintienne la paix en ce royaume ici…
sans oublier de prier la mémoire de son père défunt.
Vient l’heure de se mettre à table, il parle alors de la façon dont il doit s’y tenir.
Ostés votre chapeau, le prenant par le bors,
Faites la révérence et d’un gentil abord
Prenez votre escabeau, et d’une belle grâce
tenez vous sans mouvoir toujours en une place
estendez tout autour de votre jeune flanc
et sur votre estomach le linge bel et blanc
qui nous est préparé; et de pleine abbordée
ne vous jetez glouton sur la caille lardée
sur le petit poulet ou sur le perdriau.
Après les prières de 7h à 10h, le repas pris en se tenant bien et sans gloutonnerie, ce jeune seigneur de dix ans doit savoir parler latin avec les personnes ayant quelques savoir, mais plus encore,
Tachez subtilement de le faire parler
Soir grec soit latin afin de lui volier 
Quelque rare joyau de sa belle doctrine.
Le repas fini, le précepteur autorise le jeu d’échec sans miser plus d’un écu, vient ensuite l’étude pour préparer son avenir.
Le maître veut que son élève aille ensuite achever ses humanités à Paris et consacrer deux années aux belles lettres, deux années à la philosophie, deux années d’exercices  qui conviennent à un gentilhomme; équitation, danse, escrime et musique comme l’art de jouer du luth.
Il deviendra un cavalier accompli et sera alors autorisé  à prendre un mois de vacances à Beaupuy afin d’informer sa mère de ses progrès et la remercier.
Pour rendre seulement de votre apprentissage 
votre mère contente, et la prier de voir 
si ses double ducats qu’elle voulait avoir 
ne l’incommodent point?….
Il lui faudra voyager, visiter l’Italie, l’Allemagne « pour apprendre les mœurs des peuples étrangers ». Rentré à Beaupuy, il reservera à son vieux maître un abri en son château.
« pour vivre sans souci, le reste de sa vie…. »
Une belle éducation comme on en fait plus, me direz-vous, attendez la fin.
Jacques Chauvinière rentré a Beaupuy, mènera grand train, aura six chevaux, deux laquais, un page, portera des vêtements de « soye, de sarge et de burail ».pas de broderie d’or ni d’argent, pas de points de gênes ni de Venise mais de simples passements d’Alençon ou d’Auvergne.
Bien sûr, il chasse, avec six bassets, six espargneux flairants, un clabaudant limier et douze chiens courants, avec deux lévriers, un faucon au carnage, un petit espervier, et un ramage pour les champs découverts.
Son éducation de cavalier et de chasseur dut être parfaite puisqu’il en fit son métier et  devint lieutenant de la vénerie du roi.

Le Nain, les frères. La réunion d’amateurs ou l’Académie.vers 1640

Vers 1614, il épousa Marie de La Touche et eut une fille Françoise Chauviniere. En seconde noces, Jacques Chauviniere épousa le 7 août 1740, Jacqueline Robert, avec qui il eut un fils Henri.
Sa carrière connu son apogée en 1642, quand  Beaupuy fut  érigée en baronnie par lettre patente du mois de septembre 1642 en faveur de Jacques Chauviniere, lieutenant de la vénerie du roi.
Une éducation bien menée, une belle carrière. Mais c’est en recherchant ce qu’est devenu ce Seigneur de Beaupuy que je trouvai un article, où impliqué dans une enquête criminelle, un Jacques Chauninière Seigneur de Beaupuy refusa de payer son dû  à une femme et ses filles qu’il avait violées, envoya ses domestiques pour régler ses comptes, battre et dépouiller les « suppliants »… une histoire plutôt sordide.
Le 20 octobre 1634,  le tribunal des Grands-Jours de Poitou, eut à entendre une requête criminelle contre Jacques Chauvignière, sr de Beaupuy « présentée par Martin Nepveu et Marguerite Brion, sa femme, auparavant veuve de René Jaulin, contenant que Mre Jacques Chauvinière, chevr sr de Beaupuy, en hayne des poursuittes contre luy faites, pour le payement des sommes par luy dues à lad. Brion, l’ayant rencontrée dans un bois, l’auroit forcée et viollentée en son honneur, battu et excedde led. Nepveu, viollé et forcé Hillaire et Renée Jauslain, fille de lad. Brion ; mesme ayant iceluy Nepveu et un sien frère, esté rencontrez sur un grand chemin par les nommez Poictevin, dit Martinière, Jacques Moreau, Denis Jeudy et autres serviteurs domestiques dud. de Beaupuy, ilz les auroient despouillez nuds et iceulz excessivement battus, à coups de bastons et estrivières ; dont ilz auroient faict plainte à la cour de parlement et obtenu permission d’informer, comme aussy esté informé par le prévost de Luzignan, à l’encontre dud. Poictevin, Jacques Thibaudeau, dict la Garenne, Jacques Esnard, le nommé Maraudé, vallet de chambre dud. de Beaupuy, Jean Jasnière, son palfrenier et autres, lesquels seroient venus de nuict en la maison des supplians et iceulx battu et exeddé, particulièrement led. Nepveu, qu’ilz auroient laissé pour mort ; requérant leur estre permis faire informer desd, viollances, incestes et voyes de faict, etc… »
Jacques Chauviniere mourut en 1644.

Milicien au tirement de 1766.

Pierre GELIN né le mercredi 10 janvier 1742 à Chauray (79) est dit milicien le jour où il épousa Marie COURANT le 23 octobre 1770 dans La paroisse de Breloux (la Crèche). Par la suite, sur les actes de baptême de ses enfants puis au moment de son second mariage, il est dit journalier. Il n’est plus question de milicien.

L’an 1770 le 23 du mois d’octobre après les trois publications requises et nécessaires faites par trois dimanche consécutifs aux prônes de nos messes paroissiales sans qu’il soit venu à notre connaissance aucun empêchement ni opposition nous prêtre soussigné avons donné la bénédiction nuptiale à Pierre GELIN fils mineur de feu Jacques GELIN journalier et de Suzanne de l’aumône le dit pierre autorisé de la dite Suzanne De l’aumône du village de Boisragon de cette paroisse et Marie COURANT fille majeur de feu  jean COURANT cardeur et de françoise GIRAULT de ce bourg de Breloux
le présent mariage célébré après que le proparlé en sa qualité de milicien de cette paroisse au tirement 1766 nous a présenté la permission de l’intendant de cette province en date du 28 septembre de cette dite année délivrée à Rennes et signée Blossac en présence et consentement de parents et amis à savoir du coté de l’époux de Suzanne de l’aumône sa mère Jacques GELIN son frère, du coté de l’épouse de Jeanne et Renée GIRAULT ses tantes Pierre BERLOIN sacristain et autres parents et amis qui ont déclarés ne savoir signer sauf les soussignés.
A signé, Pierre Delaumonne
AD 79 La Crèche, BMS 1750-1770 (vue 191)

Ma réflexion est partie de « Milicien au tirement de 1766 » . Que puis-je dire de cet ancêtre;  en 1766 il avait entre 18 et 30 ans n’était pas marié, ni soutien de famille. pas fils aîné de laboureur ni domestique n’était pas handicapé mais apte à porter une arme mesurait plus d’1.62m et avait tiré le billet noir de la milice. Comment je sais tout cela?

Définition de la milice;

Plus simplement appelée « milice provinciale », elle exista de 1688 à 1791. C’était une forme de service militaire obligatoire, dont la levée avait pour but de compléter le recrutement habituel des « armées royales » régulières, en particulier en cas de conflit. Si il n’y avait pas de volontaires, ils étaient désignés par tirage au sort.

Histoire.

En 1688, c’est le marquis de Louvois qui instaura une levée de miliciens provinciaux pour seconder l’armée royale à l’occasion de la guerre de la Ligue de Habsbourg. Les miliciens rentrèrent chez eux en 1697 après la paix de Ryswick.

Il y eut ensuite la guerre de succession d’Espagne (1701.1714).

Une ordonnance royale de 1726, rend la milice permanente avec une nouvelle définition; « avoir toujours sur pied dans l’intérieur du royaume un corps de milice qui, s’exerçant pendant la paix au maniement des armes, sans déranger les travaux qu’exige l’agriculture, ni sortir des provinces, pût être prêt à marcher sur les frontières pour en augmenter les forces dans les besoins les plus pressants de l’État. » Ainsi eurent lieu la guerre de succession de Pologne (1733.1738), guerre de succession d’Autriche (1741.1748), puis la guerre de 7 ans. A la suite de la guerre de 7 ans (1756.1763), la milice fut délaissée.

L’Ordonnance du 25 novembre 1765 précise les règles et redonne vie à la milice.

Choiseul  reconstitue l’effectif en 4 années de 1766 à 1769, par 4 tirages successifs avant que celle-ci soit de nouveau négligée, pour être à nouveau reconstituées de 1775 à 1780.

Dans la pratique;

Depuis 1691, les miliciens sont désignés par tirage au sort parmi les hommes valides de la paroisse. Mais c’est en 1765 que fut établie une liste officielle des exemptions. Elle concerne les soutiens de famille, les domestiques…

Les hommes devaient être âgés de 18 à 40 ans, être propres à manier les armes, mesurer au moins cinq pieds de haut (1.624m). Le miliciable était le plus souvent célibataire, comme on disait « garçon », veuf sans enfants, ni ecclésiastique, ni noble, ni « gens vivant noblement ». Ils étaient donc roturiers.

La durée du service fut portée en 1765 à 6 ans. Le milicien libéré ne pouvait plus être repris pour le service de la milice au delà du terme de son engagement, il recevait un certificat de congé absolu signé par le chef de corps et visé par l’intendant.

Le tirement de 1766 tient donc compte de ces exemptions. Ce jour là à La Crèche(79), il y avait dans le chapeau un billet par miliciable. Les billets étaient blancs sauf un nombre déterminé qui contenaient le terme de « milicien », le billet noir. L’ordonnance de novembre 1765 avait fixé un effectif à 74550 hommes qui ne fut rassemblé qu’au bout de 4 ans. Les levées furent de nouveau interrompues de 1770 à 1774.

L’uniforme fut définitivement réglé par l’ordonnance du 27 novembre 1765; « habit, veste et culotte de drap blanc, avec revers bleus, collets et parements bleus, boutons blancs chapeau bordé d’argent faux ».

Infanterie française, grenadiers, milice.

La dépense de l’armement fut toujours à la charge du roi ainsi que le grand équipement à partir de 1733. Le petit équipement, chapeau, veste, une paire de souliers, une paire de guêtres, deux chemises de toile, un havresac était payé par la paroisse.

Dans les dernières années du règne, Louis XV (1710-1774) voulut conserver une institution qu’il croyait nécessaire pour la défense du pays, mais ne pouvant réformer les inégalités de répartition, l’abus des exemptions, l’incapacité des officiers à organiser la milice, les angoisses de la populations, de demi-mesures en demi-mesures, il ne réforma pas, ne détruisit pas la milice, il « la laissa tomber ».

En 1771, si elle fut conservée, elle changea de nom, le milicien devient le soldat provincial. Depuis la fin de la guerre de 7 ans la milice n’était pas assemblée, Saint Germain voulut même supprimer les exercices périodiques et les régiments provinciaux arguant « que c’était une dépense sans utilité ».

Voila comment je peux dire que Pierre Gelin au moment de son mariage en 1770 était un homme célibataire, entre 18 et 30 ans, roturier, ni infirme ni à charge de famille et qu’il mesurait plus d’1.62m. Il fut milicien à partir de 1766 jusqu’à son mariage en 1770. Compte tenu de la situation de la milice et de sa nouvelle situation de famille, il dut recevoir son certificat de congé absolu deux ans avant la fin.

Pierre Gelin Sosa 166, fut l’aïeul d’Eugène Dairé.

SOURCES;

Les milices et les troupes provinciales

Histoire des milices provinciales 1688-1791: le tirage au sort sous l’ancien régime.

La milice ou les débuts du service militaire sous Louis XIV.

Elle mourut ne pouvant mettre bas, Exireuil, 1673.

Nous croisons tous un jour ou l’autre dans les registres BMS des actes de décès d’enfants morts à la naissance, des mères décédant le même jour on suppose au moment de l’accouchement, mais c’est la première fois (la seule) ou je lisais un acte explicite sur la mort d’une femme en couche.

Carte Exireuil.

Sur le document d’archives d’ Exireuil en 1673, le curé Delacroix officiait toujours dans la paroisse et inscrit alors;

le samedi 23 du présent mois de février an susdit (1673) décéda Jehanne Poineau femme de Michel Bo..nier demeurant à la cl.. âgée de 40 ans elle mourut ne pouvant mettre bas le fruit de son ventre manquant de force.
AD 79 Exireuil 1673
curé delacroix vue 94/117

Le terme « accouchement » utilisé aujourd’hui remonte au XVIIe siècle et désigne la position allongée. le terme « mettre bas » était plus moyenâgeux et se référait à la position de l’accouchée, plus exactement la posture dans le sens pose (met)  « en bas »(rapport à la hauteur).

La naissance avait lieu le plus souvent dans la salle commune, la pièce la plus utilisée, celle qui avait une cheminée. Un feu de bois entretenait la chaleur, la pièce était fermée et empêchait les mauvais esprits d’entrer. Des femmes exclusivement  entouraient la parturiente; la matrone appelée la « femme qui aide » ou la « mère-mitaine » ou encore la « bonne mère » est bien connue des villageois. c’était le plus souvent une femme ayant eu plusieurs enfants, donc « expérimentée », ayant la confiance des villageoises après avoir réussit quelques accouchements.

C’est le curé qui surveille ses compétences, ne lui demandant ni de savoir lire ni écrire, mais de savoir réciter les formules de baptême pour ondoyer un nouveau-né en cas d’urgence.

Souvent sont là également des parentes, des amies, des voisines accourues dès les premières douleurs. Il fallait préparer le lit, les linges, entretenir le feu, l’eau chaude. Elles racontaient leurs accouchements, leurs expériences…

La naissance n’était alors ni un acte privé, ni une aventure intime, c’était l’histoire d’une villageoise parmi d’autres qui venaient la réconforter, l’encourager la maintenir et prier. Ces femmes priaient la vierge ou encore sainte Marguerite. Elles disposaient des porte-bonheur, des amulettes comme la ceinture de la vierge, sachet d’accouchement, pierre d’aigle, bézoard, rose de Jéricho, ou rien.

Les hommes n’étaient pas admis sauf le père quand son expérience du vêlage des bêtes pouvait s’avérer utile, s’il fallait retourner l’enfant dans la matrice dans le cas ou il se présentait mal comme il le faisait avec les vaches.

Des manuels d’obstétrique sont apparus dès la fin du XVIe siècle. Mais jusqu’au XVIIIe siècle on n’admettra que la césarienne sur une femme morte. C’était même un devoir qui pouvait être pratiqué par une sage-femme. Dans un chapitre sur la technique de la césarienne post-mortem dans le livre des accoucheurs français XVIIe et XVIIIe siècle il est dit;  » La sage-femme prendra un rasoir, ouvrira les muscles abdominaux et la matrice même en prenant garde de blesser l’enfant, et le retirera par les pieds. Elle doit toujours lui faire donner le baptême avant d’en faire l’extraction« .

Il était important que l’enfant vive, qu’il soit baptisé pour échapper au pouvoir de Satan. Mais l’incision était contre nature, et on le voyait comme un acte forçant le destin.

En 1573, le premier des Deux Livres de chirurgie d’Ambroise Paré s’intitule
« De la Génération de l’homme et manière d’extraire les enfants
hors du ventre de la mère, ensemble de ce qu’il faut faire pour la faire,
mieux et au plus tôt accoucher ».
Dès 1549, Ambroise avait écrit un chapitre sur « comment extraire un enfant ».
En 1609, Jacques Guillermeau (1549-1613) a également écrit des ouvrages dont l’un s’intitule « De l’heureux accouchement des femmes en 1609 »

Dans la réalité, la césarienne était impossible; on ne connaissait pas les techniques d’anesthésie, ni comment suturer un utérus et il fallait également sur place une personne instruite pour la pratiquer.

Rien ne nous dit qu’il y avait un chirurgien un barbier ou même une sage-femme à Exireuil.

Dans cet acte, les témoins ne sont pas nommés. On ne peut que supposer à la lumière de ce qui se faisait usuellement. Les voisines étaient surement là, une matrone peut-être, le mari surement. Le travail a duré trop longtemps, la femme s’est épuisée, a « manqué de force pour mettre bas le fruit de son ventre ». La médecine de l’époque était impuissante .

 

Refus de sépulture pour cause de religion en 1741 et relaps.

1685, date de la Révocation de l’Edit de Nantes marque la fin d’une époque. Les renseignements transmis à Louis XIV l’on convaincu que tous ses sujets se sont convertis et ont abandonnés la RPR (religion prétendue réformée). La réalité est tout autre en particulier dans le pays Mellois, petit coin du Poitou. Ainsi en 1741, François POUPINOT fils, se voit refuser le droit sépulture pour son père François POUPINOT, voici comment.

L’histoire.

François Poupinot père, « attaqué par une grosse fluxion » (de poitrine) fin mars 1741, mourut le 31 mars « au soleil couchant ». Le matin du premier avril, son fils alla voir le curé de sa paroisse de Chail (79), absent ce jour là et remplacé par le curé Cameau, ancien prieur. Ce curé leur dit de « l’enterrer où ils voulaient », ce que le fils prit pour un refus.

Aujourd’hui 1 avril 1741 sur les 8 heures du matin, a comparu devant nous Hilaire Collin, conseiller du roi, président, lieutenant particulier et juge magistrat du siège royal de la ville et ressort de Melle, François Poupinot laboureur, fils de François Poupinot garde-étalon demeurant à Miséré paroisse de Chail de notre juridiction, lequel nous a dit que le dit François Poupinot aurait été attaqué il y a 8 ou 10 jours d’une grosse fluxion dont il est mort le jour d’hier, environ le soleil couchant; que ce matin il aurait été chez monsieur le prieur de Chail, leur curé, pour le prier de lui donner la sépulture ecclésiastique; où étant et parlant au dit sieur Cameau ancien prieur du dit Chail, le nouveau curé étant absent; lequel dit sieur Cameau leur aurait dit que ce n’est plus ses affaires; que si cela était il lui dirait ce qu’il fallait faire; mais qu’il n’aurait qu’en l’enterrer où ils voudraient. Lequel dire, ledit Poupinot a pris pour un refus, ce qui qu’il nous a requis de nous transporter au dit lieu de Miséré, pour constater la mort dudit François Poupinot l’aîné, et d’en dresser procès verbal….

Il faut dire que l’ancien prieur connaissait bien cette famille POUPINOT. Ils habitaient depuis plusieurs générations la ferme de Miséré dans la paroisse, ils étaient laboureurs ou garde-étalons. Déjà la sépulture du grand-père Moïse avait posé problème.

Miseré 79500 CHAIL, carte de l’état-major (1820-1866) Géoportail.

Moïse Poupinot avait bien abjuré la religion protestante à Chail en 1681. En 1695. Le prieur de Chail enterre une « brave catholique », Louise MARBEUF l’épouse de Moyse. La famille semble rentrée dans le rang.

Ce 24 mars j’ay enterré céans Louise Marbeuf femme de Moyse Poupinot nouvelle catholique âgée de 50 ans ayant donné des marques de brave catholique en présence de plusieurs témoins qui ont déclarés ne savoir signer.
prieur de Chail. AD 79 CHAIL BMS 1680.1699 (vue 59)
 Moyse Poupinot décéda en 1703 et malgré son abjuration et sa conversion en 1681, c’est une autre histoire.
Le huitième jour de février 1703 Moyse POUPINOT huguenot âgé de 71 ans mort sans vouloir recevoir les sacrements de l’église a été enterré au cimetière dans la sépulture de ses ancêtres par les gens de sa famille sur le refus que j’ai fait de lui appliquer les prières et les cérémonies de l’église catholique en présence de Jacques Poupinot son fils métayer de la Renaudière de Chail et de Jean Poupinot son petit fils qui ont signés et plusieurs autres qui ont déclaré ne savoir signer.
F.M. Savary prêtre de Chail.
AD 79 Chail BMS 1700.1702 vue 22

Moyse Poupinot a refusé les sacrements de l’église, mais a néanmoins eu l’autorisation d’être inhumé dans « la sépulture de ses ancêtres », signe d’ouverture du curé, mais après avoir refusé de lui appliquer les prières et les cérémonies catholiques.

Le fils de Moyse, François avait abjuré en 1680, à Maisonnay quelques jours avant son mariage avec Marie Aubouin. Il était le fils aîné de Moyse, devenu garde-étalon à Miséré paroisse de Chail. C’est de lui dont il s’agit  quand en 1741, son fils aîné François 59 ans souhaite enterrer son père dans « la sépulture de ses ancêtres », ce qui lui est refusé.

Pierre-Auguste Vafflard, Young et sa fille; musée d’Angoulême.

Extrême- onction et relaps.

En effet depuis 1685, il n’y a plus de registres protestants. Pour combler le vide juridique ils sont tenus de déclarer les naissances, mariages et sépultures au curé qui les consigne alors dans les registres catholiques de la paroisse. Nombreux sont ceux qui refusent le sacrement catholique de l’extrême-onction et déclarent vouloir mourir dans la religion protestante, ce qui est considéré comme un crime de relaps. C’est un terme par lequel l’autorité religieuse désigne une personne retombée dans ce quelle considère une hérésie après y avoir solennellement  renoncé.

11 décembre 1685, une déclaration spécifie que les deux plus proches parents du défunts -ou à défaut les deux voisins les plus immédiats- devait notifier le décès au juge royal ou au juge seigneurial et signer le registre tenu à cet effet par lesdits juges.

Mais les dispositions prises contre les relaps font que ces mesures sont peu respectées. En effet, en Avril 1686, Louis XIV déclare que seront punis de galère pour les hommes et de prison pour les femmes ceux qui guérissent après avoir refusé l’extrême-onction. En cas de mort, le cadavre sera traîné sur la claie, jeté à la voirie et leurs biens confisqués. Ce qui explique que les registres de décès protestants sont rares.

13 décembre 1698, déclaration encadrant encore plus sévèrement les nouveaux convertis; Certains nouveaux convertis trouvent alors des ruses pour échapper à l’extrême-onction, comme la déclaration de mort subite.

Quel recours avait les huguenots?

Louis XV rédigea une lettre circulaire le 9 avril 1736, dans laquelle il expliqua dans le détail les règles de tenue des BMS et en particulier la sépulture des protestants.

Art. XII.

Les corps de ceux qui auront été trouvez morts avec des signes ou indices de mort violente, ou autres circonstances qui donnent lieu de le soupçonner, ne pourront être inhumez qu’en conséquence d’une Ordonnance du Lieutenant criminel, ou autre premier Officier au criminel, rendue sur les conclusions de nos Procureurs, ou de ceux des Hauts-Justiciers, après avoir fait les procédures, et pris les instructions qu’il appartiendra à ce sujet ;  toutes les circonstances ou observations qui pourront servir à indiquer, ou à désigner l’état de ceux qui seront ainsi décédés,  de celui où leurs corps morts auront été trouvez, seront insérées dans les Procès-verbaux qui en seront dressez ; desquels Procès-verbaux, ensemble de l’Ordonnance dont ils auront été suivis, la minute sera déposée au Greffe, & ladite Ordonnance sera datée dans l’Acte de sépulture, qui sera écrit sur les deux registres de la Paroisse, ainsi qu’il est prescrit ci-dessus, à l’effet d’y avoir recours quand besoin sera

Art. XIII.

Ne seront pareillement inhumes ceux auxquels la sépulture Ecclésiastique ne sera pas accordée, qu’en vertu d’une Ordonnance du Juge de Police des lieux, rendue sur les conclusions de notre Procureur, ou de celui des Hauts-Justiciers ; dans laquelle Ordonnance sera fait mention du jour du décès, & du nom & qualité de la personne décédée. Et sera fait au Greffe un registre des Ordonnances qui seront données audit cas, sur lequel il sera délivré des extraits aux Parties intéressées, en payant au greffier le salaire porté par l’article XIX, ci après.
Fin de l’histoire.

C’est cet article XIII qui explique la démarche de François POUPINOT pour faire enregistrer de décès de son père François en 1741.

En conséquence nous sommes avec maître Jacques Nicollas, conseiller du roi, son procureur audit siège transporté audit lieu de Miséré ayant avant nous maître Elie François Minot, notre greffier ordinaire et en chemin faisant nous aurions rencontré le sieur curé dudit Chail auquel nous aurions déclaré le sujet de notre voyage, lequel nous aurait dit que la dame de la Groix lui a dit qu’elle a fait tout ce qu’elle a pu pour engager le dit Poupinot père de se reconnaître et de mourir dans la religion catholique, ce qu’il n’a voulu entendre, et que lui ayant fait demander de la part dudit François Poupinot fils de leur accorder de faire enterrer le dit Poupinot dans leur jardin, il leur aurait fait réponse qu’ils l’enterrassent s’ils voulaient dans un fossé; que s’ils l’enterraient dans le cimetière, il le ferait desenterrer et traîner sur la claie
…. En conséquence de la déclaration du roi de l’année 1736, sur ce ouï , et du consentement dudit procureur du roi, avons permis au dit Poupinot d’enterrer le dit cadavre ou bon lui semblera….
Etant au dit Miséré, environ l’heure de midi, les jours et ans que ci-dessus.
signatures..
En cas de refus de sépulture par l’église et en application de l’article XIII du 9 avril 1736, une ordonnance du juge de police est intervenu pour faire faire l’inhumation et « il était fait registre au greffe des ordonnances données dans ce cas ».

Moise Poupinot (1632-1703), son épouse Louise Marbeuf (1645-1695), François Poupinot et Marie Aubouin font parti de mes ancêtres. Le François Poupinot déclarant dans cette histoire est le frère de mon aïeule Marie Poupinot (1699-) qui avait épousée Jean Baivin (Besvin, Bévin) en 1721. Ils sont les ascendants de Jacques PROUST 1829-1863 lui aussi garde-étalon protestant.

 

Pourquoi les protestants s’exilent vers 1662, vers quel ailleurs ?

Un commentaire sur la « crise de l’Avènement »  m’a entraînée sur les chemins de la Grande Histoire et celle nos ancêtres protestants. Si la famine de ces années là peut être une raison de partir vers 1662, il en est une autre plus profonde, l’avènement de Louis XIV lui même et l’application « stricto sensu » de l’Edit de Nantes.

En recherchant l’ascendance de François BERGERON, aubergiste à la Crèche dans les années 1700, Geneanet me donnait en réponse une famille BERGERON de Saint Hilaire sur  l’ Autize ( aujourd’hui, Saint Hilaire des Loges , Vendée) qui partait en exil vers 1662 pour Quebec . Rien ne me permet de rapprocher l’ascendance de François Bergeron à cet autre François Bergeron, mais la date 1662, vingt trois ans avant la révocation de l’Edit de Nantes, m’a interpellée.

1663, le curé Delacroix d’Exireuil nous fait part d’un décès;

Le vendredi 13 juillet 1663 décéda Jehan Poussard, de ce bourg d’Exireuil, qui par la grâce de Dieu se convertit à la foi catholique gît en ce cimetière d’y celui âgé de 65 ans. Exireuil BMS 1662-1678 vue 79

Puis surgissent quelques actes d’abjuration.

Le 24 de janvier 1667, ont épousé par devant nous Jacques Bousseray avec Suzanne Pié (ou Ré) à laquelle j’ai donné l’absolution de l’hérésie en présence de tout de plusieurs témoins.
R Aucher prêtre curé de Saint Maxire (79)
Saint Maxire BMS 1597-1700 vue 171

Pourquoi abjurer la religion protestante dans les années 1660 ?

Il me fallait revenir à la Grande Histoire, à l’histoire protestante dans le royaume de France, à Louis XIII, à Louis XIV et plus précisément à sa politique religieuse.

25 août 1572, jour de la Saint Barthélémy; Catherine de Médicis ordonne le massacre des protestants et en particulier de leur chef, Coligny. On dénombre plusieurs milliers de morts à Paris et dans toute la France. La paix qui suivit est toute relative. Une première vague de départ est encouragée par Calvin vers Genève, L’Angleterre et les Provinces Unies.

30 avril 1598, l’Edit de Nantes fait une place aux protestants, leur donne la liberté de culte, l’accès à toutes les charges et professions, le droit de tenir des assemblées politiques, et celui de garder des places fortes au nom du roi pour assurer leur sécurité.

14 mai 1610, l’assassinat d’Henri IV qui avait réussi à maintenir un équilibre entre les religions et ainsi la paix dans le pays, rebat les cartes. Le jeune Louis XIII soutient le renouveau catholique. La paix est précaire mais la coexistence pacifique.

1620, l’assemblée générale des églises protestantes se réunit à La Rochelle, bastion de la religion calviniste, malgré l’interdiction royale et décide de défendre les places protestantes. La guerre est alors inévitable.

1628, Louis XIII et Richelieu décident de soumettre la ville de La Rochelle qui fait parti des places fortes accordées aux protestants par l’Edit de Nantes et refusent que la ville puisse constituer un « état dans l’état ». Le Grand Siège durera quatorze mois jusqu’au 1er novembre 1628. C’est la fin des privilèges de la ville. Les fortifications sont abattues, le temple transformée en cathédrale, la majorité religieuse devient alors catholique.

Le Cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle (1881), musée d’Orbigny Bernon de La Rochelle.

.Ce 1er novembre 1628 Louis XIII victorieux et leur accorde la paix.

28 juin 1629 un édit est promulgué par Louis XIII, l’Edit d’Alais (Alès) ou Edit de grâce. Il confirme le régime de tolérance religieuse, mais réduit les réduits les privilèges militaires des protestants trop puissants à son goût. Les fortifications seront démantelées .Il y eu à nouveau des départs vers les pays refuges. L’histoire est en marche.

Il n’y a plus de territoire réservé aux protestants et les deux religions doivent coexister. Les huguenots perdent leurs privilèges politiques; places de sûreté et assemblées politiques. Ils sont alors dépendant du « bon plaisir du roi ».

Pour des raisons de politiques extérieures, cette cohabitation perdura bon an mal an jusqu’en 1655, 1657. Le cardinal ayant obtenu les alliances nécessaires avec les anglais, devint plus intransigeant, décide d’étouffer la R.P.R (la religion prétendue réformée, terme employé par les catholiques et par l’administration de l’époque). Le cardinal de Mazarin tente alors de faire appliquer à la lettre l’Edit de Nantes dès 1656 ce qui sera effectif en 1661.

Plusieurs édits restrictifs sont alors émis.

Le dernier synode des églises réformées de France eut lieu à Loudun (86) en 1659.

Il devient interdit de faire appel à des pasteurs étrangers  en particulier de Suisse.

Louis XIV en Apollon dans le ballet de la nuit, 1653

Louis XIV, le roi soleil.

Louis XIV, 22 ans, décide à la mort de Mazarin en mars 1661, de ne plus prendre de ministre et d’exercer son pouvoir qui sera alors absolu. Il s’identifie  au soleil, considère que seul Dieu est au dessus de lui, qu’il est monarque absolu de droit divin, chef des catholiques. Dans ses mémoires, il écrit vouloir maintenir la tolérance vis à vis des réformés dans « les plus étroites bornes » de l’Edit de Nantes (1598), et de l’Edit d’Ales (1629).

L’application à la lettre de l’Edit de Nantes, sous-entend que tout ce qui n’y est pas écrit est interdit….

L’étau se resserre.

Les textes législatifs contraignants les protestants s’accélèrent pour atteindre un paroxysme dans la décennie de 1660. Les abjurations commencent dans ces années là, de nouveaux convertis apparaissent  sur les registres d’inhumation. D’autres hommes, pour plusieurs raisons, peut-être la famine, mais aussi la vision d’une France devenue trop étroite, la misère,  le manque de travail et d’avenir vont s’exiler au fil du temps avec des pics en rapport avec les différents événements.

Du Poitou, ils embarquent des ports;  La Rochelle, Bordeaux, Dieppe, Rouen. Jusqu’en 1669, ils émigrent « officiellement ». Ils s’engagent au service d’un colon, d’une institution, ou d’un marchand vers la Nouvelle France, L’Acadie, les Petites Antilles. Il y a des études passionnantes sur ce sujet. Il faut alors s’intéresser aux compagnies, la Compagnie des Iles d’Amériques, la Compagnie des Indes Occidentales et Orientales. Le port de La Rochelle est tourné pour des raisons économiques vers le Nouveau Monde. En 1664, un comptoir de la compagnie des Indes Occidentales fut créé à La Rochelle.

En 1669, un édit royal interdit l’émigration des réformés, interdiction renouvelée dans l’Édit de révocation en 1685 et étendue aux nouveaux convertis.  Les voies maritimes sont alors surveillées.

Après cette date, ce sont des fugitifs que des chaloupes viennent chercher ,  déposent à bord des vaisseaux anglais, hollandais et danois ancrés au large. La mer est facile à franchir. Ils partent plus loin ensuite.

.La révocation de l’Edit de Nantes, l’Edit de Fontainebleau en octobre 1685, est l’aboutissement de la politique religieuse de Louis XIV qui considère qu’en 1685, il n’y a plus de protestants en France,  dernière étape, la plus violente, d’un long processus . Même si la religion n’est pas la seule raison d’exil, les années 1598, 1661 et suivantes, puis après 1680 ont été des pics d’émigrations vers un ailleurs.

 

 

 

 

 

 

Inhumé dans le ballet de l’église.

BALLET vous avez bien lu. Balet, ou ballet et non pas balai. Le balet d’une église est une pièce d’architecture ancienne ainsi appelée dans le Poitou qui peut être nommée « caquetoire » ailleurs.  En ces années là, le curé Delacroix de la paroisse d’Exireuil est plutôt bavard, surtout quand il s’agit d’inhumation et nous parle de ce jour de février 1660, où un homme fut inhumé dans le balet.

le mardi 3 jour du présent mois de février 1660, fut enterré le corps de Jehan Barreau métayer à la Roche d’Aubigné. Le corps du dit Barreau fut inhumé dans le ballet de l’église a cause de la gelée, âgé de 60 ans
Delacroix sépultures 1660.1661 vue 2
1 MI EC 91 R 276 coll communale

En ce mardi 3 février 1660, le gel avait du prendre le sol depuis plusieurs jours, le temps ne devait donner aucun signe d’amélioration. La terre gelée ne pouvant être creusée, rien n’étant prévu dans ce cas, la communauté dû alors prendre une décision si peu ordinaire que le curé Delacroix le mentionne dans son registre d’inhumation.

Définition

Située le plus souvent devant l’entrée, le balet désigne   un espace couvert en forme de auvent ou une avancée de toit ou encore une galerie couverte de tuiles dans la région. Souvent placé devant la porte, le balet pouvait plus rarement être accolé sur un des cotés de la nef. Ce auvent avait pour fonction de protéger la porte de l’église souvent une porte romane,  d’abriter les paroissiens et paroissiennes en cas de pluies, d’intempéries. C’était le lieu ou on échangeait des nouvelles des familles, savoir qui était le dernier né, les prochains mariages ou les dernières inhumations.

Le terme balet  peut également désigner une maison dont l’étage est desservi par un escalier extérieur protégé par un auvent.

Henri Martin, la vieille maison (1904), Musée Fabre Montpellier.

Étymologie

Le terme balet est peu connu et pourtant fréquent en Charente et Charente maritime. On en connait pas l’origine, mais il est mentionné par Gilles MENAGE dans son dictionnaire étymologique de la langue française.

« Ce pourroit bien être un mot de province. Mais d’où vient-il ? Peut-être balet en ce sens, signifie-t-il proprement ce petit toit qui règne le long d’un tripot pour y recevoir des bales » ; ici le terme tripot doit être pris avec son sens d’autrefois, à savoir un lieu couvert où se pratiquait le jeu de paume. Cette définition est reprise par Antoine Court de Gébelin en 1788, sans pouvoir préciser davantage l’origine du mot mentionné comme relevant du vieux français.
L’église St Vincent d’Exireuil telle que l’a connu le curé Delacroix n’existe plus. En effet, l’église actuelle fut construite sur l’emplacement de l’ancien cimetière entre 1869 et 1873, soit bien longtemps après. La première église, l’église St Vincent d’Exireuil dont on parlait depuis le 14e siècle était à quelques dizaines de mètres de l’église actuelle, un édifice roman, en parti détruit par les protestants, et démoli définitivement en 1873. On ne peut donc qu’imaginer cette église romane et son balet. Il existe néanmoins encore quelques auvents témoins de cet ancien temps.

Le prieuré Notre Dame de Champdeniers situé à Champdeniers Saint Denis (79), construit avant le 12e siècle, possède un petit parvis abrité par un auvent cachant une partie de la façade. De nombreux balets ont disparus surement pour cette raison. Celui-ci nous donne une idée de cette pièce d’architecture. Rien ne permet de dire qu’il ressemblait à celui d’Exireuil, mais il s’agit bien d’un balet.

L’église Notre Dame de Soudan (79) église d’architecture rustique, construite au 12e siècle, appartenait à l’abbaye de St Maixent (79). Elle n’a subit que peu de modification jusqu’au 18e siècle. Elle a le charme des petites églises rurales.

L’église Notre Dame de Clavé (79) située dans le Gâtinais, dominant aujourd’hui le lac artificiel de la Touche-Poupard, datant du 12e siècle, possède un auvent sur une charpente en bois devant le portail.

L’église  Sainte Eulalie de Secondigny (79), dont le portail sud est protégé par un auvent.

D’autres auvents couverts existent dans les régions du centre,   l’Orléanais, le Gâtinais, la Sologne, le Berry, le Bourbonnais. Ils prennent alors le nom de caquetoire, sont situés dans des villages plutôt que dans le milieu urbain, datent des 15e et 16e siècle et sont comme pour les balets accolés à des églises romanes.  Les paroissiens pouvaient  s’asseoir sur les murets ceinturant le auvent pour « caqueter » (parler à tort et à travers),  échanger des nouvelles au sortir de la messe, ce qui serait à l’origine du mot caquetoire. Il en existe de très beaux et bien conservés.

La liste n’est pas exhaustive. Le terme de balet, ballet caquetoire est peu connu, mais on les voit sans les nommer ou alors sous le terme plus général de « auvent ». Je vous laisse les découvrir ou encore redécouvrir à l’occasion des balades de printemps.