Un cousinage inatendu.

L’idée de trouver un lien généalogique entre mon grand-père et ma grand-mère paternels pour la branche poitevine a toujours été dans mon esprit. Au jour d’aujourd’hui je n’ai pas l’ombre d’une piste. Je ne désespère pas. Par contre je n’avais pas imaginé cela en ce qui concerne l’ascendance de mon conjoint et la mienne ;   cousins!…. J’ai été la première surprise.

Cette ascendance nous mène à Vouillé (79), à côté de Niort et nous parle de Jean Moreau et Marie Belot(Billot).

Les parents de Marie Belot sont de Vouillé. Jean Belot et Marie Doray sont protestants et se sont mariés à Mougon le 15 mars 1648 (non filiatif). Ils sont nos ancêtres communs. Deux de leurs enfants sont connus; Michel né vers 1648 et Marie née vers 1667, notre aïeule.

Pieter Brueghel l’Ancien, danse de mariage paysan,1566.Detroit Institute of Arts

Marie Belot épousa Jean Moreau avant 1677. Ils eurent au moins 9 enfants, nés à Vouillé entre 1678 et 1696. Le jeune couple ainsi que leurs deux aînés Anne née à Mougon en 1678 et jean né à Vouillé en 1680 firent parti des nouveaux convertis en 1681. La famille a abjuré la RPR le 10 aout 1681.

Pierre Fougrain âgé de 30 ans et Suzanne Billot sa femme 23 ans, Jean Moreau âgé de 28 ans et Marie Billot sa femme âgée de 24 ans ayant Anne 4 ans et Jean 1 ans. AD79 Vouillé BMS 1MI EC 239 R 669 vue 40/189

Anne l’ainée de la fratrie, née en 1678 est l’aïeule de mon conjoint. Elle passa son enfance à Vouillé, puis épousa le 7 novembre 1695 à Vouillé Jacques Sauquet.

Ce septième de novembre 1695, ont été épousé en face de l’église jacques sauquet à anne moreau en présence de gilles sauquet, oncle louis sauquet frère andré esmerit cousin germain pierre belot cousin germain jean belot cousin germain gilles michelet qui ont déclarés ne savoir signer. Baussay curé de Vouillé. AD 79 Vouillé BMS 1676.1698 vue 158

Après Anne et Jean, il y eu Marie en avril 1683, une autre Marie en mars 1685, Madeleine en juillet 1686, Pierre en octobre 1689, Jeanne en 1693, Marie en juillet 1696 et André né vers 1688.

Les enfants Moreau se marièrent à Vouillé, près de Niort. Après Anne Moreau et Jacques en 1695;

André Moreau se maria à Jeanne Brisset en octobre 1711.

Pierre (1689) et Jeanne (1693) Moreau épousèrent le même jour, 19 novembre 1714 l’un Françoise Esmerit, l’autre Pierre Esmerit. André Moreau et Jacques Sauquet étaient témoins. Le troisième couple Jacques Hipau et Suzanne Thibault fait également parti de mes ancêtres. Suzanne et Françoise Esmerit étaient cousines.

Le 19 novembre 1714 ont été épousé en face de l’église, pierre moreau et françoise esmerit, pierre esmerit et jeanne moreau, jacques hipau et Suzanne Thibault, en présence d’ andré moreau, jacques sauquet, pierre Michelet, jean mousset, antoine hipau jean hipau jean esmerit  michel bellot qui ont déclarés ne savoir signer sauf les soussignés jean mousset et P moreaux. AD 79 Vouillé; BMS 1711-1735 vue 29.

Marie Moreau (1696) épousa Pierre Brisset en octobre 1718.

Pierre Moreau et Françoise Esmerit sont mes ascendants.

La descendance d’Anne Moreau;

Anne Moreau x (1695 Vouillé) Jacques Sauquet

Jacques Sauquet X (1746 Niort) Marie Damour

jacques Simon Sauquet X Chiron Marie

Jean Sauquet X (1808) Durand Elisabeth

Pierre Sauquet X (1838 Usseau) Madeleine Ristord

Olive Sauquet X (1863 Priaires) Louis Eugène Guitteau

Anais Guitteau X (1886 Usseau) Adolphe Manifier

Berthe Manifier X (1906 Beauvoir sur Niort) Pierre Charron

Jean Charron 1907 le grand-père de mon mari

La descendance de Pierre Moreau;

Pierre Moreau X (1714 Vouillé) Françoise Esmerit

André Moreau x (1744 Vouillé) Jacquette Hipeaux

Pierre François Moreau X (1774 Vouillé) Louise Legeron

Henriette Moreau X (1806 Ste Néomaye) Jacques Moindron

Marie Jeanne Moindron X (1835 Ste Néomaye) Pierre Bergeron

Marie Louise Bergeron X (1871 La Crèche) André Dairé

Eugène Dairé X (1907Paris) Blanche Vacher

Madeleine Dairé  (1907.2008) ma grand-mère

Ancien cimetière de Breloux, tombe d’Eugène Dairé

Jean Moreau et Marie Moreau sont le Sosa 3522 et 3523 de mon époux alors que pour moi ils sont les Sosa 1392 et 1393. Anne Moreau et son frère Pierre avait 11 ans d’écart et Pierre avait 6 ans lors du mariage de sa sœur aînée.

Si on regarde leur lieu de mariage et plus précisément leurs lieux de résidence on constate qu’ils se sont éloignés l’un de l’autre. La famille Sauquet est rapidement partie de Vouillé pour Niort jusqu’au mariage de Jean Sauquet maréchal avec Elisabeth Durand à Usseau(79). Ils sont resté ensuite dans ce secteur.

La famille Moreau quant à elle est restée trois générations sur Vouillé avant d’aller à Ste Néomaye puis rapidement à La crèche où est enterré Eugène Dairé.

Il est vraisemblable que Anne et Pierre se soit peu connus compte de leur écart d’âge et de leur éloignement géographique. Néanmoins c’est par leur intermédiaire que moi et mon époux sommes cousins à la 11 ème génération…Le plus drôle, c’est que je n’ai trouvé aucun lien avec Nelly Moreau, ancêtre du Poitou. C’est un vrai tour généalogique. Certes le nom de Moreau est très répandu dans la région, mais c’est une autre histoire.

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Année 2019 et numéro de Sosa.

L’idée de rechercher l’ancêtre correspondant à l’année 2019 me plaisait bien. Sitôt dit sitôt fait, la recherche dans le logiciel Hérédis …. me donne un autre Sosa. Mais comment, ce n’est pas possible, pourquoi ce logiciel me propose-t-il le Sosa 1619 et non pas 2019. Je suppose que vous avez déjà saisi. Il s’agit d’un implexe.

Je vous présente Anne PREVOT, Sosa 1619 et 2019. Anne est une femme du Nord Pas-de-Calais née vers 1640 aux environs de Bours. Elle épousa Ghislain Hestrue (de Hestrue) vers 1660 et eut au moins 7 enfants. Les archives de Bours (AD62) ne permettent pas de rechercher plus exactement. Mais le curé du village établit plusieurs « recensements  » vers 1698 et un daté de 1711. C’est ainsi que l’on peut reconstituer avec plus ou moins d’exactitude sa famille. En effet le recensement tel que pratiqué aujourd’hui n’est pas le même qu’à l’époque. Le but alors était alors plus ou moins clairement de repérer les « brebis égarées » et de rayer une personne quand elle était décédée.

Julien Dupré.

Avant 1698, Anne était déjà veuve et vivait avec ses 7 enfants; Joseph, Austreberthe, Adrienne, Marie Anne, Marguerite, Jean et Marie Françoise. Dans la maison voisine vivait la famille Decaufour, Jean, sa femme Jeanne Leroy et leurs 4 enfants George, Nicole, Louis et Anne.

Avant 1711, un nouveau recensement nous apprend que Adrienne a épousé son voisin Georges. Ils se sont mariés en 1698 et ont maintenant 2 enfants, Pierre François et Louis Georges. Pas très loin de là, vivent Joseph, Marie Anne, Marguerite, Jean et Marie Françoise Dhestru qui ne sont apparemment pas mariés. Mais Anne Prevot n’apparait plus et est donc surement décédée. .

En mars 1711, Joseph a 50 ans selon le nouveau recensement, Marie Anne 42 ans, Marguerite 40 ans et Jean 38 ans. Jean se mariera le 30 mai 1711 avec Marguerite Lombart . Toujours à coté Adrienne et son mari veillent sur leurs 2 fils de 11 et 10 ans.

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Marine Marie Salmon
(1879-1957)
épouse de Bertin Mellier
Anne Prevost
Adrienne Dhestru
Louis Georges Decaufour
(1701-1773)
Louis Barnabé
Decaufour
(1736-1820)
Louis Joseph Decaufour
(1765-1855)
Sophie Decaufour
an XIII-1887
Cécile Eleonore Boyaval
(1836-)
Elise Stéphanie
Salmon
(1869-1912) épouse de
Henri Lethellier ci-contre
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.Antoinette Decaufour
(1771-1857)
Louis Thellier
(1809-1885)
Rosa Thellier
(1841-1925)
Henri Lethellier
(1865-1950)

La famille Decaufour vécu à Bours pendant au moins 3 générations puis à Valhuon pour finir par vivre à Pressy vers 1765. C’est Louis Barnabé Decaufour qui s’y installe au moment de la naissance de son premier enfant. Il était tailleur d’habits. Sur 3 enfants vivants deux sont mes ancêtres, Louis Joseph né en 1765 tailleur d’habits comme son père et Antoinette née en 1771, couturière. Le reste de l’histoire se passe à Pressy. C’est un exemple d’endogamie, car comme dans beaucoup d’endroits, ils se mariaient dans leur milieu géographique et social, ce qui nous mène à un implexe.

Un implexe dans un arbre généalogique est un même ancêtre apparaissant à plusieurs endroits de l’arbre. La notion se rattache à celle de consanguinité définie par le droit canonique puis par le Code civil.

La fille de Louis Decaufour, Sophie,(an XIII-1887) est la grand-mère des sœurs Salmon, Elise et Marine. Ce sont deux de mes arrières grands-mères. Mais la sœur de Louis, Antoinette, épousa François Thellier et sa petite fille Rosa Thellier fut la belle mère d’Elise Salmon. Bon je reconnais que tous cela est embrouillé et difficile à suivre, comme cet arbre généalogique, mais en résumé Anne Prevot apparait trois fois dans mon arbre, deux fois du coté Lethellier et une fois du coté Mellier. C’est donc une personne importante dans cette ascendance.

Julien Dupré.

Merci 2019, qui m’a déjà permis de mettre un peu de lumière sur cette femme du Pas-De-Calais, ancêtre de la onzième génération.

 

 

Madame de Maintenon et la révocation de l’Edit de Nantes.

Ce fut de longues vacances et je n’ai pas eu l’occasion de féliciter toute la communauté de généalogistes qui a publié des articles de qualité pendant tout le mois de novembre dans le cadre du challenge A-Z. Ce que je fais aujourd’hui.

Je souhaite vous parler d’un sujet qui, m’intéressant aux protestants en Poitou, m’a interpellé, celui des responsables des dragonnades de 1681. L’opinion selon laquelle madame de Maintenon, poitevine d’origine, est grande partie responsable de la révocation de l’Edit de Nantes est communément admise et encore aujourd’hui relayée dans l’opinion publique. Je ne sais pas vous, mais compte tenu de mon article précédent je doute fortement, même si elle était réputée dévote et communiquait une certaine austérité à la cour de France. Enfin c’est ce que l’on raconte. Elle n’a certainement pas séduit le Roi de cette façon et tout de noir vêtue. Voilà son histoire;

Madame de Maintenon est née Francoise d’Aubigné le 28 novembre 1635 dans la prison de Niort, fille de Constant d’Aubigné, petite fille d’Agrippa d’Aubigné rebelle, poète mais aussi protestant reconnu. Sa mère voulut pour elle un baptême catholique elle fut donc baptisée à Niort paroisse Notre Dame, mais elle passa ses premiers mois chez sa tante huguenote, Madame de Villette, au château de Mursay à Échiré près de Niort dans un foyer protestant. Après 6 ans en Martinique avec ses parents, elle revint en France en 1647, et devenue orpheline fut placée sous la protection de Madame de Villette. Sa marraine, Madame de Neuillant, fervente catholique intervint alors pour qu’elle pratique, « dans son intérêt »,  la religion catholique en particulier pour être présentée à la cour. Elle la fit rentrer,contre sa volonté au couvent des Ursulines à Niort puis à Paris. C’est part l’intervention d’une religieuse, sœur Céleste, qu’elle renonça à la religion protestante.

Elle n’était donc pas ignorante des questions religieuses depuis son plus jeune âge.

Épouse puis veuve de Paul Scarron qui fit son éducation culturelle, c’est en 1669 qu’elle rencontra pour la première fois Louis XIV alors qu’elle s’occupait des enfants adultérins de celui-ci. Elle vivait alors dans un grand hôtel du village de Vaugirard. Rencontrer est un grand mot puisqu’elle n’habita la cour qu’à partir de 1673, au moment où les enfants royaux furent légitimés.

Madame de Maintenon et deux enfants de Madame de Montespan. Pierre Mignard

Le roi Louis XIV avait déjà affirmé depuis 1663 qu’il était le roi Soleil, seul représentant de Dieu sur terre, catholique régnant sur un peuple catholique. La déclaration du roi du 2 avril 1666 restreignant la liberté de culte public et les droits civiques et sociaux des protestants n’est que la volonté royale.

C’est en décembre 1674 qu’elle acheta le château et le titre de Maintenon et en 1675 qu’elle sembla gagner les faveurs du roi.

Mais le Roi avait déjà au moins trois femmes dans sa vie. Mademoiselle de Fontanges, âgée de 17 ans en 1679 fut la dernière favorite en titre du Roi et mourut le 28 juin 1681 à l’Abbaye de Port-Royal de Paris. La marquise de Montespan, maîtresse du Roi depuis 1667 avec qui elle eut 7 enfants, fut compromise en 1681 dans « l’affaire des poisons ». La reine Marie Thérèse mourut le 30 juillet 1683 . Le Roi âgé de 45 ans fit alors le choix d’une seule femme et le 9 octobre 1683 fut célébré en toute discrétion le mariage de Louis XIV et de Madame de Maintenon, mariage qui resta secret. Elle était reine en privé et à la cour mais pas au delà. On admet maintenant que son influence s’exerça en privé sur le Roi et les enfants de celui-ci, sur sa pratique et ses croyances religieuses. Mais c’est en 1683.

En 1680, le Roi est au sommet de sa puissance, il a imposé sa volonté aux princes européens après la guerre de Hollande, il est au sommet de sa gloire. La caisse de conversion fondée en 1674 qui distribue des récompenses et des faveurs pour ramener les protestants dans le droit chemin a un certain succès mais pas assez ni assez vite au gré de Louis XIV. Le Roi se décide alors à employer la manière forte, prend conseil auprès de Louvois. Louvois envoie un régiment de cavalerie pour ses quartiers d’hiver que Marillac loge principalement chez les réformés les autorisant à les piller, les ruiner, les maltraiter.

C’est une ordonnance du 11 avril 1681 qui déclencha les dragonnades mis en œuvre par Marillac, intendant du Poitou. Les intendants font croire au Roi que les conversions se multiplient, que la religion protestante est en train de disparaitre, ce qui est une réalité mais dans quelle mesure racontent-t-ils que c’est dans la terreur et la désolation que ces « missions bottées » agissent. Quelle information arrivent d’abord au roi, et ensuite à Madame de Maintenon qui n’est pas encore l’épouse du Roi.

Les historiens se sont penchés sur ce point de l’histoire et ils adhèrent à la démonstration résumée par François Bluche dans une biographie de référence sur le grand roi.

« la marquise de Maintenon se réjouit des conversions quand elles lui semblent le résultat de la persuasion et de la douceur. Mais elle répugne à la contrainte envers ses anciens coreligionnaires. Seules une polémique outrancière, puis une légende sans fondement pourront faire croire qu’elle ait encouragé le monarque à la dureté. »

Madame de Maintenon, Mignard musée Niort

Après avoir élevé les enfants du roi, elle crée a partir de 1681, à saint Cyr , une maison d’éducation.  C’est ainsi qu’est fondée la Maison royale de Saint-Louis. Elle accueille gratuitement les jeunes filles de sept à douze ans qui ont moins quatre quartiers de noblesse et une famille trop pauvre pour leur assurer une bonne éducation. Sont privilégiées les jeunes filles dont le père a combattu ou donné sa vie au service du roi. Ces « demoiselles de Saint-Cyr », au nombre de 200 à 250,  sont destinées à faire un « beau mariage » et devenir des dames de la Cour.

L’image que je retiens de Madame de Maintenon est plutôt celle d’une femme, cultivée éducatrice et femme avant tout. Peut-être faut il rechercher les responsabilités du coté de Louvois et bien sûr du Roi Louis XIV, monarque absolu. Qu’en pensez vous?

Les métiers des huguenots au moment de la révocation de l’Edit de Nantes.

Jusqu’en 1685, l’Edit de Nantes sert de base à toute législation concernant les protestants, en particulier l’article 27. Cet édit de 1598, reconnaissait l’égalité de droit entre huguenots et catholiques. Cependant dès le départ,  cette tolérance est remise en cause en particulier en mettant en place des règles favorables aux catholiques. c’est le fait du clergé de France qui lutte en permanence contre le libre accès aux postes, charges et offices les plus importants ou l’accès à  des professions traitant du dogme ou des commandements de l’église. On trouve dans ce cas les maîtres d’école qui enseignent le catéchisme, les médecins, sage-femme et pharmaciens en raison des contacts qu’ils avaient avec les malades, les notaires qui étaient les maitres en matière de testament et de contrat de mariage ainsi que les juges. Non moins importants, les civils font barrages pour l’entrée des huguenots dans leur profession, pour défendre leurs propres intérêts et établir une forme de non concurrence. Quand ils ne peuvent en interdire l’accès ils réduisent voire interdisent différents droits et privilèges.

David Téniers le jeune, école flamande (1610-1690); le chirurgien

Cet édit de 1598 fait que la loi est pour l’égalité et en cas de procès les catholiques ne sont pas assurés d’avoir gain de cause….jusqu’à un certain point. En effet le gouvernement prend de plus en plus souvent le parti des catholiques jusqu’à l’arrêt du 17 novembre 1664 sous Louis XIV qui énonce que si le Roi est catholique, ses sujets ne peuvent être que catholiques. L’issue est alors écrite, le royaume sera à terme entièrement converti, et la loi sera celle du clergé. Il faut noter que ce ne sont pas alors des interdictions d’accès à certaines professions. C’est plus une politique de réduction des charges et offices comme en 1663 et 1664 pour les procureurs, notaires et huissiers qui touchent en priorité les protestants, mais également une diminution de leurs responsabilité au sein de leur profession. Ainsi la marine ne peut se passer d’officier protestants mais ils ne peuvent présider les conseils de guerre de même que sur les bâtiments qu’ils commandent la religion catholique doit rester prédominante.

2 avril1666 une déclaration du roi restreint la liberté de culte public et les droits civiques et sociaux des protestants. Pierre Bernard, conseiller au présidial de Béziers, hostile aux huguenots, publie cette même année l’Explication de l’édit de Nantes, qui remet en question l’article 27 de l’édit de Nantes qui déclarait les protestants « capables de tenir et exercer tous états, dignités, offices et charges publiques quelconques royales, seigneuriales, ou des villes de notre royaume 

A partir de 1671, une ville ne peut plus avoir qu’une seule école protestante, et cette école un seul maître. La paix de Nimègue (1679), puis à partir de 1680, les arrêts réservant une profession puis une autre aux catholiques se succèdent jusqu’à un arrêt du conseil du roi du 28 juin 1681 qui ordonnait aux notaires, procureurs, postulans, huissiers et sergent de la Religion prétendue Réformée de se démettre de leurs offices en faveur des catholiques … dans six mois. Si bien que quand arrive la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, de nombreuses charges et offices ne sont plus accessibles aux protestants. Mais cet Edit généralise et étend cette règle officiellement à toutes les professions puisque les huguenots sont déclarés hors la loi. Certains se trouvent dans des situations délicates. Ainsi tout maitre d’école doit enseigner la religion catholique, un médecin doit déclarer ses malades à la cure de la paroisse et le notaire doit s’assurer que après la rédaction de l’acte de mariage, le mariage sera bien célébré à l’église. De fait, puisque les huguenots sont partis ou bien ont abjuré la RPR, ils sont de « nouveaux convertis » le royaume est maintenant catholique, tous ses sujets sont égaux devant la loi et ont donc accès à tous les charges et offices. …. le gouvernement en est bien conscient, cette politique n’est pas sans danger. Les huguenots sont très présents dans certaines professions et indispensables même, ainsi dans l’armée et la marine. Il faut donc éviter la fuite de ces éléments indispensables pour l’étranger et les contrôles de ces professions sont alors modérés.

Déclaration du 13 décembre 1698; les interdictions ne sont pas levées mais certaines professions ne sont plus citées; ainsi les libraires, imprimeurs, chirurgiens, pharmaciens, sages-femmes, avocats, fonctionnaires fiscaux, officiers de l’armée et de la marine, fonctionnaires communaux. Les nouvelles règles sont difficiles à appliquer, vient la guerre de succession d’Espagne et  la Régence peine à résoudre cette équation.

14 mai 1724, nouvelle déclaration. Les professions non mentionnées réapparaissent, les règles s »alourdissent mais paradoxalement sont moins appliquées.

David Téniers le jeune; école flamande (1610-1690) un fermier avec femme et enfant à la maison.

C’est l’histoire de Jean Migault telle qu’il la raconte dans le témoignage qu’il écrivit pour ses enfants après sa fuite à Amsterdam. C’est dans ce recueil qu’il explique les raisons qui l’ont conduit à partir de France.

Jean Migault épousa à 18 ans Françoise Fourestier, âgée de 19 ans et s’établit à Moullé ( Moulay) paroisse de Fressines (canton de Celles, Arrondissement Melle) où ils passèrent « quelques années fort tranquillement »… « ayant beaucoup d’emploi et peu de conduite, attendu notre âge, pour gouverner en toutes saisons plusieurs pensionnaires et grand nombre d’écoliers, qui m’étaient envoyés des environs. » Il enseigna donc « en public » comme son père avant lui, fit la lecture dans l’église réformée de Mougon, et exerça l’office de notaire dont le seigneur de Mougon lui avait fait présent dès 1670. En 1680 il avait onze enfants vivants et comme il l’écrit « on entendait parler alors que d’édits et déclarations qui nous rendaient pour la plupart incapables de gagner notre vie ». Il fut contraint en 1681 d’abandonner sa maison et ses fonctions. Il alla alors à Mougon pour continuer à exercer les fonctions de lecteur et de scribe. La vie repris son cours jusqu’à l’arrivée des dragons autorisés par le ministre de la guerre de Louvois à partir du 18 mars 1681 et pilotés par Louis de Marillac, intendant et représentant du Roi. Je vous invite à lire son récit sur Gallica. Comme il le raconte l’orage éclata enfin le 22 août 1681.

Sans travail, persécuté il décida d’émigrer vers Amsterdam ainsi que ses enfants, sa femme étant décédée. Ce qui fut également une terrible aventure.

Les édits et décrets sont une chose, le récit de Jean Migault nous entraîne dans une réalité sordide. Ils sont partis avec un espoir de retour mais ses enfants ont fait souche à l’étranger son arbre généalogique a fait pousser de nouvelles branches ailleurs.

Cette situation explique en partie que mes ancêtres étaient des laboureurs, des paysans huguenots mais aussi garde-étalon et c’est ce qui a motivé ma recherche.

Signatures et alphabétisation dans la France du 18e

Les signatures font parti de mes motivations pour la généalogie. Les pleins, les déliés, les ruches, m’ont procuré une émotion et le sentiment illusoire de connaître mes ancêtres un peu mieux. Puis il y eut les autres, tous les autres ceux qui font une croix pour signer, et ceux qui ….ne font rien. Le grand écart entre les Archives du Pas-de-Calais et du Poitou m’ont fait toucher du doigt une autre différence et je me suis alors posée la question de l’alphabétisation.

Aucun document écrit par mes ancêtres ne m’est parvenu, les seules sources fiables sont donc les documents signés au moment de baptêmes, mariages ou enterrements dans les registres paroissiaux depuis 1737 ou les documents signés chez les notaires. Depuis 1554, par l’Edit de Fontainebleau, Henri II demande aux notaires de faire signer les parties contractantes, « s’ils savent signer ».

Je dois faire une exception pour les deux bibles protestantes qui sont arrivées jusqu’à moi. Mis à part cela, les archives départementales sont ma principale source.

Mais c’est dans l’Histoire des paysans français français de Emmanuel Le Roy Ladurie que j’ai trouvé un début d’explication à ce que j’avais constaté par moi-même.

 » les sociologues des années 1830, tels que Dupin et d’Angeville avaient pris les premiers conscience du phénomène : si 48,3% des conscrits sont illettrés en 1830-1833, une telle ignorance, notent ces chercheurs, n’est cependant pas répartie de façon uniforme sur le territoire. Les masses analphabètes, dit d’Angeville, dominent largement au sud-ouest de la ligne Saint-Malo/Genève ; ; Le  » décrassage  » culturel en revanche est presque achevé au nord-est; il est entrepris largement dans le Nord et en Normandie. ( page 631, 632)……

Dès Louis XIV, en effet, dans les années 1686-1690, les « deux France  » (que Dupin et d’Angeville diagnostiqueront encore un siècle et demi après l’époque du Roi-Soleil ) s’opposent déjà. Sans doute les pourcentages ne sont-ils pas les mêmes: Le royaume, au temps de Louvois comptent au bas mot 70% d’analphabètes mâles, beaucoup plus que sous Louis Philippe…….page 404)

« Les analphabètes louis-quatorzien, en foule compacte, se pressent au midi de la ligne durable qui court du sud du Cotentin au sud du Jura. Au nord de cette frontière, en revanche, les provinces sont passablement alphabétisées.

L’ignorance est particulièrement marquée chez les femmes dont 14% seulement savent signer, contre 29% parmi les hommes. Mais là aussi les contrastes s’imposent; en 1686.1690 les femmes du sud et celles des bocages de l’Ouest sont beaucoup plus ignorante que leurs consœurs du Nord-est. (Page 404)

C’est de cette idée que je suis partie, en constatant que Marie Marguerite Deruy, jeune fille à marier du Pas-de-Calais en 1726, signe son nom, certes maladroitement mais lisiblement. Mais à la même époque, Marie Bayard (Sosa 339) signe le jour de son mariage en 1722 en Deux-Sèvres; de même que Louise Bault (Sosa 341) en 1736 à Ste Ouenne (79). Par contre d’autres ne signent pas comme Marie Proust (Sosa 611 )en 1724 dans les registres de st Pierre de Melle (79).

Une autre composante m’a semblé importante. Je reprend ma lecture de l’Histoire des paysans français ;

 » il y eut sans aucun doute une première explosion de croissance intellectuelle pendant le XVIIe siècle, même dans les villages; mais elle ne touche au Nord que la majorité des laboureurs ou exploitants mâles – grands, moyens ou même petits… » page 406

J’ai bien constaté que dans la majorité des actes dans le village de Pressy (AD62) figurait au moins une signature, surtout des signatures masculines mais aussi féminines, ce que je n’ai pas retrouvé dans les registres de Dordogne, dans lesquels, volonté ou non du curé il y a très peu de signatures hormis les élites, les notaires.

Quant aux Deux-Sèvres, c’est beaucoup plus aléatoire. Il y a une disparité entre les villes et les registres des paroisses de campagne, mais plus encore entre mes ancêtres journaliers, laboureurs ou artisans.

Alors que les gens du nord apposent leur marque souvent une croix quand ils ne savent pas signer, ceux de l’ouest ne marquent ni ne mettent leurs initiales.

J’ai aussi constaté que René Desré cordonnier, signe en 1770 à la naissance de son fils; Pierre Bergeron laboureur puis aubergiste et Jeanne Lambert signent tous les deux leur acte de mariage en 1763. Il y a effectivement plus d’hommes que de femmes qui signent, mais la proportion de signatures me parait également importante dans ces paroisses des Deux-Sèvres.

La religion est peut être un début d’explication. Il ne faut pas oublier que les protestants doivent pouvoir lire la bible et écrire, mais ne sont pas désirés dans les paroisses entre 1685 date de la révocation et la révolution et que leur signature peut trahir leur appartenance à la religion reformée. Néanmoins ils signent alors les actes notariés et leurs signatures sont alors plus ou moins sophistiquées. Ayant une forte proportion de protestants dans mon ascendance des Deux-Sèvres, ceci pourrait expliquer cela.

Il reste beaucoup d’incertitudes;

Y avait il des maitres d’école, depuis quelle époque, dans quelles paroisses?

Le rôle des femmes dans la société; avait elle la nécessité de signer des documents?

L’époque; entre le 17e et le 18e siècle, la différence semble encore plus importe.

Je vous livre la conclusion de l’auteur de l’Histoire des paysans français »,

En ce qui concerne l’anthropologie physique, les travaux les plus récents réfutent, les vieilles sornettes racistes relative à la prétendue supériorité intellectuelle ou physique, peu importe ,des grands aryens blonds du nord de l’Europe et du nord de la France… On savait depuis longtemps maintenant on sait mieux encore qu’en dépit de certaines permanences génétiques la stature est un caractère instable, exacerbé ou déprimé par les facteurs économiques, socio-culturels, socio-biologiques, tels que l’alimentation, le genre de vie, l’hygiène, la pratique plus ou moins tardive du travail physique, la scolarisation, la rupture ou le maintien des isolats etc…

Ce qui pose une autre question; qu’elle était la taille de mes ancêtres à cette époque-là?

Je n’ai pas de réponse.

Carl Larsson.

 

L’Etat Civil et 10 générations à Pressy en Artois.

Il y un côté excitant à rechercher les migrations de nos ancêtres . Le berceau d’une branche que l’on croyait dans le Pas-de-Calais se trouve en Lorraine ou encore ceux du lot et Garonne viennent du Rouergue. Et on relance la recherche car si ils venaient d’ailleurs…. un parfum d’aventure….

Il y a les autres, ceux que l’on passe sous silence car on pense ne pas avoir grand chose à dire, les journaliers les manœuvriers, les ménagers qui évoluent dans un périmètre de 5 à 30 km. J’ai trouvé une troisième catégorie, ceux qui semble-t-il n’ont « jamais » bougé. Le berceau de la branche semble être dans un village au moins depuis les premières écritures par le curé du lieu.

Ainsi à Pressy-les-Pernes en Artois, les premiers documents officiels sont de 1737 (quelques documents entre 1723 et 1737). C’est à ce moment là que le curé est tenu d’écrire obligatoirement les naissances mariages et décès selon un protocole établi.

Jean François MILLET, les glaneuses, Musée d’Orsay, 1857

Petit rappel sur l’histoire de l’état civil en France:

L’enregistrement des mariages et sépultures est imposé à partir de 1579 par l’ordonnance de Blois. Ainsi, à partir du XVIe siècle, baptême , mariage et décès sont inscrits sur les registres paroissiaux de l’Église catholique.

C’est en avril 1667,  dans l’« ordonnance touchant réformation de la justice » (aussi dite « ordonnance de Saint-Germain-en-Laye » ou «code Louis ») que la tenue des registres en double est en principe rendue obligatoire. Certaines collections commencent à cette date là.

« Edit du Roy donné au mois d’Octobre 1691, portant création des Offices de Greffiers, Conservateurs des Registres de Baptêmes, Mariages et Sépultures dans les villes du Royaume ou il y a une Justice Royale, Duché Pairies et autres Juridictions pour fournir dans le mois de Décembre de chaque année à tous les curés des paroisses de leur ressort, deux registres cotés et paraphés par lesdits greffiers, à la réserve des premières et dernières pages qui seraient signées sans frais par le juge du lieu, l’un desquels registres servirait de minute, et l’autre de grosse, pour y écrire par les curés les baptêmes, mariages, et sépultures.

L’édit ordonnait aussi que six semaines après l’expiration de chaque année, les greffiers pourraient retirer les grosses qui auraient servi pendant l’année précédente, et que les juges ou greffiers des jurisdictions royales, à qui les grosses de ces registres avaient été remises depuis l’ordonnance de 1667, seraient tenus de les remettre entre les mains de ces greffiers, aussi-bien que les registres des consistoires qui avaient été déposés entre leurs mains en vertu de la déclaration du mois d’Octobre 1685. »

il y a donc eu un office des greffiers de l’Etat civil toujours pour les mêmes raisons, renflouer les caisses de l’Etat à la fin du règne de Louis XIV. Mais cela a mal fonctionné et il fallu attendre l’édit de 1736 pour que La tenue des registres se généralise dans toutes les paroisses. déclaration du 9 avril 1736, rappelant et complétant l’ordonnance de 1667, que l’obligation de tenue en double des registres sera réellement généralisé. Le curé et les témoins doivent alors signer ou apposer une croix ou La déclaration de ne savoir signer.

C’est ainsi que le registre de Pressy 5MIR 669/1 commence en 1723 et le registre officiel 3E669/1 ne commence réellement que le 26 janvier 1737 paraphé et signé selon par « le lieutenant général de la sénéchaussée de St Pôl soussigné commis à cet effet par Monsieur le premier Président du conseil provincial d’Artois conformément à la déclaration du roi du 9 avril 1736 enregistré audit conseil le premier septembre au dit an. »

Marie Marguerite Deruy (Sosa 397 génération9),  jeune fille à marier signe quant à elle, la première page du registre de 1723, comme marraine. le registre est tenu par Zacharie récollet du couvent de Pernes. Elle épousera en 1738 Philippe Pruvost passera sa vie à Pressy, c’est une ancêtre de la branche maternelle Lethellier. Son père Jean François fut sergent de Pressy (décès 1739)

La famille BOUTILLIER apparaît dès les premiers feuillets de ce registre. Simon Boutillier (Sosa 868, génération 10) décédé en avril 1727 était le lieutenant de Pressy. Il eut au moins 3 enfants dont deux sont mes ancêtres; Albert Joseph né en 1695 et Marie Jeanne. Il est dit laboureur ou fermier et aura 8 enfants dont Marie Marguerite en 1739 qui épousera un Boyaval de Pernes, le bourg d’à côté. Il faut surement remonter encore au moins d’une génération, celle d’Antoine Boutillier (Sosa 1736 génération 11) époux de Marie Jeanne Froideval et leurs 5 enfants qui vécurent tous à Pressy. Leurs racines sont donc clairement à Pressy depuis au moins le milieu du 17eme siècle.

La famille MELLIER apparaît aussi très tôt dans les registres; Marie Françoise dès 1728 comme marraine et jeune fille à marier. Cette famille semble ne pas s’être éloigné de Pressy

Julien Dupré, (1811.1889)

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Selon F Le Roy Ladurie (l’histoire des paysans français p 518 à 521) ces régions du nord sont « des régions de grande culture qui, pendant l’époque des Lumières se situent dans l’avant-garde économique; Quelques facteurs généraux agissent fortement selon lui sur la croissance du XVIIIe :

Le développement de vastes fermes qui résistent aux prétentions de l’impôt et de la rente foncière; ces fermes font coexister leur grande exploitation avec des propriétés qui restent souvent petites;

le fantastique chevelu du réseau routier, dont la poussée, dans le Nord-Est est calquée sur les besoins du trafic, de l’urbanisation et des militaires.

la spécialisation des régions et une culture productive (sans jachère) à base de céréales, de choux et de légumineuses (trèfles, fèves et vesces) qui nitrifient le sol et des racines alimentaires et fourragères (pomme de terre betteraves carottes navets). »

La récolte des betteraves, Georges Laugée

Ces familles avaient leurs racines et surtout des terres qu’ils exploitaient de père en fils selon un modèle établi en Artois ce qui leur permettait d’y rester sur plusieurs générations. Les registres de la paroisse m’ont permis de remonter au moins 10 générations dans le cas de mes ancêtres à Pressy-les-Pernes (62). Avez-vous rencontré ce cas là? est-il courant parmi vos ancêtres?

 

Maire perpétuel en Artois en 1694 ?

Dans mon ignorance je pensais les maires issus de la révolution française et les échevins certes du nord mais faisant fonction de maire dans l’ancien régime. Imaginez ma surprise quand dans mes recherches concernant mon ascendance du nord, je croise un  Jean Adrien  Larsé ou Delarsé, maire de Lillers en 1694. Jean Adrien prénom bien masculin donc pas mère (!) mais bien maire et un autre ancêtre  » échevin à son tour », Guillain Martin menuisier né vers 1685 échevin de la ville de Pernes.

Une première recherche dans le dictionnaire historique et archéologique du Pas-de-Calais (tomme 3) sur Jean Adrien Delarsé nous amène à LILLERS , aux coutumes de la ville. Jean Adrien Delarsé y est présenté comme le premier maire de Lillers ville seigneuriale  en 1694, premier maire en vertu de l’Edit de 1692 qui rendit vénales les charges municipales. Cet Edit du roi de 1692 est alors un mystère. Quelques recherches plus loin;

Edit du Roy [d’août 1692] portant création de maires perpétuels et d’assesseurs dans les hostels de villes et communautés du royaume.

LOUIS par la grâce de DIEU Roi de France et de Navarre,  à tous présents et à venir, SALUT;

le soin que nous avons toujours pris de choisir les sujets les plus capables entre ceux qui Nous ont été présentés pour remplir la Charge de Maire dans les plus grandes villes de notre royaume, n’a pas empêché que la cabale et les brigues n’aient eu le plus souvent beaucoup de part à l’élection de ces Magistrats; d’où il est presque toujours arrivé, que les officiers ainsi élus, pour ménager les particuliers, auxquels ils étaient redevables de leur emploi et ceux qu’il prévoyait pouvoir leur succéder ont surchargé les autres habitants des Villes et surtout ceux qui leur avait refusé leurs suffrages. Et à l’égard des lieux les maires ne sont point établis, chacun de nos Juges voulant s’en attribuer la qualité et les fonctions à l’exclusion des autres, cette concurrence n’a produit que des contestations entre eux, qui ont retardé l’expédition des affaires communes, consommé en frais de procès, et distraits ces juges de leurs véritables fonctions, pendant qu’il s’efforçaient d’usurper celles qui ne leur appartiennent pas, et fatiguer nos peuples par la diversité des ordres qui leur étaient donnés en même temps sur les mêmes affaires.

C’est pourquoi Nous avons jugé à propos de créer des Maires dans toutes les villes et lieux de notre royaume qui n’étant point redevable de leurs charges au suffrages des particuliers et n’ayant plus lieu d’appréhender leur successeurs, en exerceront leurs fonctions sans passion et avec toute la liberté qui leur est nécessaire pour conserver l’égalité dans la distribution des charges publiques; d’ailleurs en étant perpétuels, ils seront en état d’acquérir une connaissance parfaite des affaires de leur Communauté, et se rendront capables par une longue expérience de satisfaire à tous leurs devoirs et aux obligations qui sont attachées à leur ministère; et d’autant que dans les principales Villes de nôtre Royaume, le grand et l’importance des affaires qui y surviennent fort souvent, demandent le secours et l’application de plusieurs personnes d’expérience et zélées pour le bien public, Nous avons cru qu’en donnant aux communautés un Chef ou premier Officier éclairé, Nous devions en même temps créer en titre d’Office un certain nombre de conseillers et assesseurs, tirés d’entre les plus notables Bourgeois, qui se rendant plus capables que les autres, de remplir les Charges….(morceau de page manquante).

Cette première partie justificative m’a paru suffisamment importante pour être retranscrite intégralement. Le roi y explique pourquoi il crée de nouvelles charges. La deuxième partie est le résumé des droits et devoirs du nouveau maire. Il parle de leurs nouveaux privilèges dont le titre de noblesse.

« Ils convoqueront les assemblées générales et particulières esdits Hostel de Ville, ou il s’agira de l’utilité publique, du bien de notre service et des affaires de la communauté.

Ils recevront les serments des échevins, des capitouls, jurats, consuls et autres pareils officiers, après qu’ils auront été élus, dans les Assemblées tenues es Hôtels et Maisons des villes, auxquels présideront les dits maires, sans que l’on puisse à l’avenir, faire ailleurs les dites élections. ….

Ils présideront à l’examen des comptes.

Les greffiers ne pourront expédier aucun ordre qu’il ne soit signé des maires.

L’ouverture des lettres et ordres ne sera faite qu’en présence des maires.

Ils allumeront les feux de joie et porteront la robe rouge.

Ils jouiront du titre et privilège de noblesse dans les Villes où il a été par nous rétabli et confirmé…

Ils seront exempts de tutelle,  curatelle, de la taille personnelle dans nos Villes taillables , de guet et garde dans toutes nos Villes, du service du ban et arrière ban, du logement des gens de guerre, et autre charges et contributions…

Faisons défense de plus élire et nommer à l’avenir aucun maire.

Défense à nos officiers d’en prendre à l’avenir la qualité de maire, d’en faire aucune fonction dans les hôtels de ville et autres lieux (3000 livres d’amende).

Suppression des anciens maires leur titre et qualité.

Attribution des gages et des paiements sur les simples quittances des maires.

Créations d’assesseurs héréditaires.

Il s’ensuit les fonctions et privilèges des assesseurs.

Le roi a donc créé dans la plupart des villes un office de maire et des offices d’assesseurs en remplacement des syndics choisis par les habitants, pour les raisons citées dans l’Edit d’août 1692 mais aussi pour une raison moins avouable, les caisses de l’Etat étaient vides. La création de nouvelles charges payantes va donc les aider à les renflouer .

Quentin Metsys, les collecteurs d’impôts.

Le Maire ou maïeur faisait parti de l’échevinage comme les échevins. Il y avait également un procureur syndic un greffier et un argentier. l’échevinage gérait et administrait les affaires de la ville; il y exerçait la haute moyenne et basse justice; ils se réunissaient trois fois par semaine (Bultel, notice d’Artois)

Au vu de l’importance de la fonction je suis surprise de ne pas avoir noté plus de maires en fonction à cette période dans les archives.

Jean Adrien Larsé décèdera le 4 mars 1700 à Pernes à l’âge de 50 ans. Son fils , Jean Baptiste fut maire également à Arras où il est cité en 1717.