Pourquoi les protestants s’exilent vers 1662, vers quel ailleurs ?

Un commentaire sur la « crise de l’Avènement »  m’a entraînée sur les chemins de la Grande Histoire et celle nos ancêtres protestants. Si la famine de ces années là peut être une raison de partir vers 1662, il en est une autre plus profonde, l’avènement de Louis XIV lui même et l’application « stricto sensu » de l’Edit de Nantes.

En recherchant l’ascendance de François BERGERON, aubergiste à la Crèche dans les années 1700, Geneanet me donnait en réponse une famille BERGERON de Saint Hilaire sur  l’ Autize ( aujourd’hui, Saint Hilaire des Loges , Vendée) qui partait en exil vers 1662 pour Quebec . Rien ne me permet de rapprocher l’ascendance de François Bergeron à cet autre François Bergeron, mais la date 1662, vingt trois ans avant la révocation de l’Edit de Nantes, m’a interpellée.

1663, le curé Delacroix d’Exireuil nous fait part d’un décès;

Le vendredi 13 juillet 1663 décéda Jehan Poussard, de ce bourg d’Exireuil, qui par la grâce de Dieu se convertit à la foi catholique gît en ce cimetière d’y celui âgé de 65 ans. Exireuil BMS 1662-1678 vue 79

Puis surgissent quelques actes d’abjuration.

Le 24 de janvier 1667, ont épousé par devant nous Jacques Bousseray avec Suzanne Pié (ou Ré) à laquelle j’ai donné l’absolution de l’hérésie en présence de tout de plusieurs témoins.
R Aucher prêtre curé de Saint Maxire (79)
Saint Maxire BMS 1597-1700 vue 171

Pourquoi abjurer la religion protestante dans les années 1660 ?

Il me fallait revenir à la Grande Histoire, à l’histoire protestante dans le royaume de France, à Louis XIII, à Louis XIV et plus précisément à sa politique religieuse.

25 août 1572, jour de la Saint Barthélémy; Catherine de Médicis ordonne le massacre des protestants et en particulier de leur chef, Coligny. On dénombre plusieurs milliers de morts à Paris et dans toute la France. La paix qui suivit est toute relative. Une première vague de départ est encouragée par Calvin vers Genève, L’Angleterre et les Provinces Unies.

30 avril 1598, l’Edit de Nantes fait une place aux protestants, leur donne la liberté de culte, l’accès à toutes les charges et professions, le droit de tenir des assemblées politiques, et celui de garder des places fortes au nom du roi pour assurer leur sécurité.

14 mai 1610, l’assassinat d’Henri IV qui avait réussi à maintenir un équilibre entre les religions et ainsi la paix dans le pays, rebat les cartes. Le jeune Louis XIII soutient le renouveau catholique. La paix est précaire mais la coexistence pacifique.

1620, l’assemblée générale des églises protestantes se réunit à La Rochelle, bastion de la religion calviniste, malgré l’interdiction royale et décide de défendre les places protestantes. La guerre est alors inévitable.

1628, Louis XIII et Richelieu décident de soumettre la ville de La Rochelle qui fait parti des places fortes accordées aux protestants par l’Edit de Nantes et refusent que la ville puisse constituer un « état dans l’état ». Le Grand Siège durera quatorze mois jusqu’au 1er novembre 1628. C’est la fin des privilèges de la ville. Les fortifications sont abattues, le temple transformée en cathédrale, la majorité religieuse devient alors catholique.

Le Cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle (1881), musée d’Orbigny Bernon de La Rochelle.

.Ce 1er novembre 1628 Louis XIII victorieux et leur accorde la paix.

28 juin 1629 un édit est promulgué par Louis XIII, l’Edit d’Alais (Alès) ou Edit de grâce. Il confirme le régime de tolérance religieuse, mais réduit les réduits les privilèges militaires des protestants trop puissants à son goût. Les fortifications seront démantelées .Il y eu à nouveau des départs vers les pays refuges. L’histoire est en marche.

Il n’y a plus de territoire réservé aux protestants et les deux religions doivent coexister. Les huguenots perdent leurs privilèges politiques; places de sûreté et assemblées politiques. Ils sont alors dépendant du « bon plaisir du roi ».

Pour des raisons de politiques extérieures, cette cohabitation perdura bon an mal an jusqu’en 1655, 1657. Le cardinal ayant obtenu les alliances nécessaires avec les anglais, devint plus intransigeant, décide d’étouffer la R.P.R (la religion prétendue réformée, terme employé par les catholiques et par l’administration de l’époque). Le cardinal de Mazarin tente alors de faire appliquer à la lettre l’Edit de Nantes dès 1656 ce qui sera effectif en 1661.

Plusieurs édits restrictifs sont alors émis.

Le dernier synode des églises réformées de France eut lieu à Loudun (86) en 1659.

Il devient interdit de faire appel à des pasteurs étrangers  en particulier de Suisse.

Louis XIV en Apollon dans le ballet de la nuit, 1653

Louis XIV, le roi soleil.

Louis XIV, 22 ans, décide à la mort de Mazarin en mars 1661, de ne plus prendre de ministre et d’exercer son pouvoir qui sera alors absolu. Il s’identifie  au soleil, considère que seul Dieu est au dessus de lui, qu’il est monarque absolu de droit divin, chef des catholiques. Dans ses mémoires, il écrit vouloir maintenir la tolérance vis à vis des réformés dans « les plus étroites bornes » de l’Edit de Nantes (1598), et de l’Edit d’Ales (1629).

L’application à la lettre de l’Edit de Nantes, sous-entend que tout ce qui n’y est pas écrit est interdit….

L’étau se resserre.

Les textes législatifs contraignants les protestants s’accélèrent pour atteindre un paroxysme dans la décennie de 1660. Les abjurations commencent dans ces années là, de nouveaux convertis apparaissent  sur les registres d’inhumation. D’autres hommes, pour plusieurs raisons, peut-être la famine, mais aussi la vision d’une France devenue trop étroite, la misère,  le manque de travail et d’avenir vont s’exiler au fil du temps avec des pics en rapport avec les différents événements.

Du Poitou, ils embarquent des ports;  La Rochelle, Bordeaux, Dieppe, Rouen. Jusqu’en 1669, ils émigrent « officiellement ». Ils s’engagent au service d’un colon, d’une institution, ou d’un marchand vers la Nouvelle France, L’Acadie, les Petites Antilles. Il y a des études passionnantes sur ce sujet. Il faut alors s’intéresser aux compagnies, la Compagnie des Iles d’Amériques, la Compagnie des Indes Occidentales et Orientales. Le port de La Rochelle est tourné pour des raisons économiques vers le Nouveau Monde. En 1664, un comptoir de la compagnie des Indes Occidentales fut créé à La Rochelle.

En 1669, un édit royal interdit l’émigration des réformés, interdiction renouvelée dans l’Édit de révocation en 1685 et étendue aux nouveaux convertis.  Les voies maritimes sont alors surveillées.

Après cette date, ce sont des fugitifs que des chaloupes viennent chercher ,  déposent à bord des vaisseaux anglais, hollandais et danois ancrés au large. La mer est facile à franchir. Ils partent plus loin ensuite.

.La révocation de l’Edit de Nantes, l’Edit de Fontainebleau en octobre 1685, est l’aboutissement de la politique religieuse de Louis XIV qui considère qu’en 1685, il n’y a plus de protestants en France,  dernière étape, la plus violente, d’un long processus . Même si la religion n’est pas la seule raison d’exil, les années 1598, 1661 et suivantes, puis après 1680 ont été des pics d’émigrations vers un ailleurs.

 

 

 

 

 

 

Joli mois de Mai, mois de l’Amour.

Le premier mai est une date particulière dans notre calendrier, un jour férié, un jour fête du travail depuis le début du 20e siècle. Une fête plus ancienne a été oubliée, pourtant surement plus connue de nos ancêtres, la fête du premier mai, fête de l’Amour, passage de la saison de l’ombre à celle de la lumière.

On en trouve des traces depuis le Moyen Âge, la coutume est attestée depuis le XIIIe siècle par des enluminures dans des livres d’Heures ou livres de prières. Elles illustrent le calendrier, celui du Duc de Berry en est un exemple.

Enluminure du livre d’Heures du Duc de Berry, les frères Limbourg, le mois de mai.

La coutume était que l’on se coiffe d’une couronne de feuillages et de fleurs et, ou d’en offrir à la personne aimée. Les romans d’amour commençaient souvent par ces fêtes de mai.

Jeanne BOURIN dans son roman « La Chambre des Dames » suit cette coutume et son récit commence en avril 1246. Elle nous raconte ces fêtes de l’Amour de Mai.

–Les fêtes de l’Amour de Mai commencent dans deux jours, dit-elle, Avez vous choisi, chères dames, vos fiancés de libre courtisement…./…
–Ce sont des fêtes qui commencent vers la fin d’Avril pour se prolonger tout un mois,les demoiselles se rendent alors dans les bois proches pour y chercher des rameaux verts, des brassées de fleurs. Elles plantent des arbres symboliques que nous appelons des « mais », prennent part à des processions pleines de joyeusetés, et ont droit, chose délectable, de se choisir pour trente jours un fiancé fictif qui peut les courtiser en toute liberté. C’est une coutume fort gaie, amusante, et qui plait à tous les célibataires.

Pour Jeanne Bourin, ce serait la raison pour laquelle il n’y avait pas de noces en mai. Mais que font alors les femmes mariées?

— Elles ont le droits, elles aussi, à de petits avantages,lança Bertrand en se mettant à rire. C’est toujours l’une d’elle qui est choisie comme reine afin de présider les fêtes. Durant ce joli mois de mai, les épouses ont également le droit de prendre, pour danser, et pas toujours à cette fin innocente, disent les mauvais esprit, un partenaire, autre que leur mari!
« La chambre des dames, Jeanne Bourin chapitre IV première partie

Le premier jour de mai est un jour spécial, un jour de fête, qui commence pour les jeunes filles  par aller en forêt « quérir le mai », cueillir des branches fleuries, des fleurs sauvages et confectionner, des couronnes, des coiffures ou encore des colliers, escortées du fiancé de « courtoisement ».

Ce premier jour de mai tenait les promesses d’avril: il faisait beau. Dans les champs,le blé,l’avoine, le seigle, verdoyaient. Mêlée aux tendres pousses, la blancheur des aubépines festonnaient les haies, les taillis. Le moindre buisson se parait de pétales. Les pommiers en fleurs rosissaient les prés de leur gaieté éclatante, de leur profusion en forme de bouquets….
Pour quérir le mai il fallait se rendre dans la forêt, trouver des branches de genêt en fleurs, des branches d’aubépine, des iris sauvages. On en tressait ensuite des couronnes ou confectionnait des chapeaux en vue de la soirée.
Jeanne Bourin, partie II chapitre 1.
La journée de ce premier mai était le prélude à une soirée de danses et de rires.
« Le soir était venu. Avec lui, la fête battait les murs de Paris. Au milieu des chaussées, aux carrefours, sur les places, on dansait, on buvait, on riait. Le long des rues tendues d’étoffes aux couleurs vibrantes, courtines et tapisseries ornaient les fenêtres. Des guirlandes de fleurs, de feuillages, décoraient les façades de chaque maison. Ménestrels, musiciens, jongleurs, conteurs, s’étaient établis un peu partout…/…
Autour des arbres de Mai, enrubannés, plantés en des endroits choisis, filles et garçons faisaient des rondes.
Jeanne Bourin, partie II chapitre 2.

L’arbre de mai est un symbole de fécondité lié au retour de la frondaison , la fête des forces de la nature renaissante.

Cette célébration du renouveau, de la puissance du printemps, de la fécondité, du retour des fleurs et des oiseaux, et surtout de l’amour se prolongeait tout le mois de mai. Certaines régions dans l’est en gardent encore des traces. On peut trouver cette idée trop romantique dans une vie d’ancêtre  difficile mais justement ces fêtes s’imposaient pour alléger le quotidien et redonner de l’espoir après un hiver plus ou moins rigoureux. Je vous invite comme le faisait Charles d’Orléans à suivre l’exemple de nos ancêtres.

« Allons au bois le may cueillir
Pour la coutume maintenir !
Nous ouïrons des oiseaux le glay
dont ils font le bois retentir
Ce premier jour du mois de may ».
Charles d’Orléans (1394 – 1465)

Je vous souhaite un joyeux mois de Mai.

Inhumé dans le ballet de l’église.

BALLET vous avez bien lu. Balet, ou ballet et non pas balai. Le balet d’une église est une pièce d’architecture ancienne ainsi appelée dans le Poitou qui peut être nommée « caquetoire » ailleurs.  En ces années là, le curé Delacroix de la paroisse d’Exireuil est plutôt bavard, surtout quand il s’agit d’inhumation et nous parle de ce jour de février 1660, où un homme fut inhumé dans le balet.

le mardi 3 jour du présent mois de février 1660, fut enterré le corps de Jehan Barreau métayer à la Roche d’Aubigné. Le corps du dit Barreau fut inhumé dans le ballet de l’église a cause de la gelée, âgé de 60 ans
Delacroix sépultures 1660.1661 vue 2
1 MI EC 91 R 276 coll communale

En ce mardi 3 février 1660, le gel avait du prendre le sol depuis plusieurs jours, le temps ne devait donner aucun signe d’amélioration. La terre gelée ne pouvant être creusée, rien n’étant prévu dans ce cas, la communauté dû alors prendre une décision si peu ordinaire que le curé Delacroix le mentionne dans son registre d’inhumation.

Définition

Située le plus souvent devant l’entrée, le balet désigne   un espace couvert en forme de auvent ou une avancée de toit ou encore une galerie couverte de tuiles dans la région. Souvent placé devant la porte, le balet pouvait plus rarement être accolé sur un des cotés de la nef. Ce auvent avait pour fonction de protéger la porte de l’église souvent une porte romane,  d’abriter les paroissiens et paroissiennes en cas de pluies, d’intempéries. C’était le lieu ou on échangeait des nouvelles des familles, savoir qui était le dernier né, les prochains mariages ou les dernières inhumations.

Le terme balet  peut également désigner une maison dont l’étage est desservi par un escalier extérieur protégé par un auvent.

Henri Martin, la vieille maison (1904), Musée Fabre Montpellier.

Étymologie

Le terme balet est peu connu et pourtant fréquent en Charente et Charente maritime. On en connait pas l’origine, mais il est mentionné par Gilles MENAGE dans son dictionnaire étymologique de la langue française.

« Ce pourroit bien être un mot de province. Mais d’où vient-il ? Peut-être balet en ce sens, signifie-t-il proprement ce petit toit qui règne le long d’un tripot pour y recevoir des bales » ; ici le terme tripot doit être pris avec son sens d’autrefois, à savoir un lieu couvert où se pratiquait le jeu de paume. Cette définition est reprise par Antoine Court de Gébelin en 1788, sans pouvoir préciser davantage l’origine du mot mentionné comme relevant du vieux français.
L’église St Vincent d’Exireuil telle que l’a connu le curé Delacroix n’existe plus. En effet, l’église actuelle fut construite sur l’emplacement de l’ancien cimetière entre 1869 et 1873, soit bien longtemps après. La première église, l’église St Vincent d’Exireuil dont on parlait depuis le 14e siècle était à quelques dizaines de mètres de l’église actuelle, un édifice roman, en parti détruit par les protestants, et démoli définitivement en 1873. On ne peut donc qu’imaginer cette église romane et son balet. Il existe néanmoins encore quelques auvents témoins de cet ancien temps.

Le prieuré Notre Dame de Champdeniers situé à Champdeniers Saint Denis (79), construit avant le 12e siècle, possède un petit parvis abrité par un auvent cachant une partie de la façade. De nombreux balets ont disparus surement pour cette raison. Celui-ci nous donne une idée de cette pièce d’architecture. Rien ne permet de dire qu’il ressemblait à celui d’Exireuil, mais il s’agit bien d’un balet.

L’église Notre Dame de Soudan (79) église d’architecture rustique, construite au 12e siècle, appartenait à l’abbaye de St Maixent (79). Elle n’a subit que peu de modification jusqu’au 18e siècle. Elle a le charme des petites églises rurales.

L’église Notre Dame de Clavé (79) située dans le Gâtinais, dominant aujourd’hui le lac artificiel de la Touche-Poupard, datant du 12e siècle, possède un auvent sur une charpente en bois devant le portail.

L’église  Sainte Eulalie de Secondigny (79), dont le portail sud est protégé par un auvent.

D’autres auvents couverts existent dans les régions du centre,   l’Orléanais, le Gâtinais, la Sologne, le Berry, le Bourbonnais. Ils prennent alors le nom de caquetoire, sont situés dans des villages plutôt que dans le milieu urbain, datent des 15e et 16e siècle et sont comme pour les balets accolés à des églises romanes.  Les paroissiens pouvaient  s’asseoir sur les murets ceinturant le auvent pour « caqueter » (parler à tort et à travers),  échanger des nouvelles au sortir de la messe, ce qui serait à l’origine du mot caquetoire. Il en existe de très beaux et bien conservés.

La liste n’est pas exhaustive. Le terme de balet, ballet caquetoire est peu connu, mais on les voit sans les nommer ou alors sous le terme plus général de « auvent ». Je vous laisse les découvrir ou encore redécouvrir à l’occasion des balades de printemps.

 

 

 

 

Mort pour avoir mangé trop de pain en 1663, à Exireuil (79).

Cette ligne alerta mon attention. Elle est dans le registre d’ Exireuil (AD 79) écrite par le curé de la paroisse, le curé Delacroix en 1663. Cet acte peut être lu comme une anecdote rare, ou on peut imaginer aller plus loin le remettre dans son contexte historique. Il prend alors une autre signification, change le regard qu’on lui a porté, et nous parle d’une crise de subsistance, la crise de l’Avènement.

février 1663
le dimanche 25 du présent mois de février susdit an  décéda Daniel Fournier nommé le Rouge au logis noble de la Chalonnière pour avoir trop mangé de pain gît dans le cimetière de céans
 Curé Delacroix
AD 79 Exireuil, BMS 1662.1678 vue 78

 

Salvador Dali, la corbeille de pain, 1926, Salvador Dali Museum, St. Petersburg (États-Unis)

Le curé Delacroix exerça son sacerdoce à Exireuil depuis environ l’année 1658 jusqu’au moins 1677, date après laquelle les archives ne sont plus en ligne avant 1693.  La transcription de ses actes de baptêmes est très classique. Sur le registre de 1662 à 1678 ( 1MI EC 91 R 276), il y a quelques pages où le curé Delacroix semble s’exprimer avec plus de franchise …Est ce une fin de carrière, ou une époque plus troublée que les autres?.

Nous sommes au début de l’année 1663, le curé de campagne était surement plus proche de ses ouailles que de l’épiscopat,  Louis XIV règne alors et pour tous ces hommes, la vie n’est pas rechercher le bonheur ou une bonne manière de vivre, mais plutôt chercher à survivre, ce qui est particulièrement vrai en cette période entre 1660 et 1663.

Un enfant sur quatre mourrait avant d’avoir atteint ses un an. Certaines années les récoltes étaient calamiteuses, il suffisait d’un printemps pluvieux, d’un été pourri, d’une récolte trop pauvre, suivi d’un hiver trop rigoureux, la famine était assurée.  Une famine toucha la France de 1661 à 1662,  conséquence de l’hiver rigoureux de 1660.  Les pluies continuelles du printemps et de l’été 1662 après de mauvaises récoltes les années précédentes compromettent les récoltes suivantes, font flamber les prix et les paysans souffrent de la faim.

Cette crise toucha toute la France mais plus particulièrement l’ouest du pays, le Val de Loire, le Bassin Parisien, la Normandie. Elle eut lieu juste après la prise de pouvoir absolu par Louis XIV, le 10 mars 1661, et fut nommée pour la circonstance, crise de l’Avènement.

Le pain est la première denrée alimentaire à l’époque, le pain blanc pour les gens des villes et le pain bis pour ceux des campagnes. Toutes les céréales y passaient, le froment,  le seigle, et si on manquait on pouvait y mettre du sarrasin, de la châtaigne, du mais, du millet. Un homme adulte mangeait en moyenne 1.5 kg de pain par jour, les enfants environ une livre, ce qui fait trois ou quatre kilos de pain par jour nécessaires pour une famille de cinq personnes. C’est dire l’importance des récoltes!

Ceux qui voulaient aller vers les villes, moins touchées par la famine étaient refoulés pour éviter les épidémies en appliquant l’adage, « chacun ses pauvres ». On parlait de pourpre à cette époque (rougeole, scarlatine) mais aussi  dysenteries, et de peste en 1662.1663.

Un retour rapide sur les archives départementales d’Exreuil confirme cet état de crise.

naissances
décès
Exireuil 1662
20
49
Exireuil 1663
18
18
Exireuil 1664
26
14
Exireuil 1665
29
5
Exireuil 1666
18
14
Les naissances 1662 et 1663 sont un moins nombreuses qu’en 1664 et 1665, mais c’est surtout la vague de décès de 1662 qui est énorme. 49 décès ont été enregistré par le curé Delacroix  !!! Presque 4 fois plus qu’en 1664 ou encore 1666, sans parler des 4 décès de 1665.

Relire cet acte de décès, avec ces informations, nous donne un autre éclairage, sur un homme, sur le curé, sa paroisse et ses paroissiens.

La relecture de cet acte en février 1663, juste après l’année  où il avait inhumé 49 de ses paroissiens, remis dans son contexte ne donne pas à rire, ni même à sourire. Le curé Delacroix a t’il voulu exprimer son désarroi devant un homme qui avait eu tellement peur de manquer, ou tellement faim, ou le souvenir de la famine de l’année précédente qu’il s’est étouffé avec du pain. Nous ne saurons jamais ce qu’il a voulu dire, mais c’était surement important pour lui pour qu’il le note dans son registre.

Louis Le Nain, Famille de paysans

Avoir été plus loin, remis cet acte dans son contexte , est ce que j’aime en faisant de la généalogie, inscrire la petite histoire dans une histoire plus grande, qui est aussi celle de nos ancêtres, dans ce cas dix ou onze générations avant moi.

 

Ligne de vie et ascendance INGRAND.

L’idée d’utiliser la ligne de vie d’un ancêtre m’avait séduite, jusqu’à ce que je constate que l’assistant de recherche fourni par le logiciel hérédis me suffisait. Elle me donnait la chronologie d’un individu avec les différentes étapes de sa vie, tout en permettant de visualiser l’état des recherche. J’utilise donc cette ligne de vie autrement;  comme  outil de comparaison entre deux individus ou encore deux couples. L’idée s’impose en face de l’ascendance de Madeleine Ingrand (Sosa 151, génération 8) née on ne sait où et décédée à Vouillé le 18 décembre 1817.

Mariage au Desert, Gravure de Samuel Bastide, http://www.museeprotestant.org/0000002343l/

Madeleine Ingrand épouse Jean Ingrand le 12 octobre 1778. Le mariage est célébré par le pasteur Gobinaud et inscrit sur les registres d’une commune indéterminée. L’époux, Jean est le fils de Jean Ingrand et Marie Marché demeurant au bourg de Fressines (79) et l’épouse Madeleine est la fille de Jean Ingrand et Marie Suire demeurant à Montaillon paroisse de Mougon (79).

Une recherche rapide sur geneanet donne une seule réponse en plusieurs exemplaires sur le premier couple Ingrand-Marché, mais plusieurs réponses différentes sur le deuxième Ingrand-Suire.

Un couple Ingrand-Suire vit à St Martin de St Maixent, s’est marié en 1710, eut au moins 11 enfants, voire 16. Ils sont donnés comme les parents probables de Madeleine Ingrand. Des détails me titillent, il y a des incohérences. C’est ce qui m’a décidé à faire une ligne de vie ou plutôt deux de ce couple Ingrand-Suire. L’estimation de l’âge la deuxième Marie Suire est calculé par rapport à la naissance des enfants.

Jean Ingrand
Marie Suire
Jean Ingrand
Sosa 302
Marie Suire
Sosa 303
naissance
avant 1690
24.3.1689
St Martin St Maixent
?
?
estimation vers 1720
mariage
9.9.1710 St Martin de St Maixent           avec
………
?
enfants
Françoise 8.9.1711 Saivres
Marie       6.10.1713 St Martin St Maixent
Michel      28.8.1715 St Martin St Maixent
Louise      9.10.1717 St Martin St Maixent
Jean        5.6.1721   St Martin St Maixent
Madeleine 5.8.1722  St Martin St Maixent
Pierre      23.11.1723 St Martin St Maixent
René       10.12.1724 St Martin ST Maixent
Jeanne    1726
Jeanne    29.5.1727 St Martin St Maixent
Marguerite 1729      St Martin St Maixent
Madeleine vers 1744 ?
Sosa 151
Daniel vers 1747 ?
Marie 1.1.1751 Ste Blandine
Pierre 3.4.1753 Ste Blandine
Jeanne 6.4.1757 Ste Blandine
mariage des enfants
Marie 27.7.1734         St Martin  St Maixent
Louise 26.9.1742        St Martin St Maixent
Françoise 28.7.1746   St Martin St Maixent
Jean    11.7.1747       Saivres
René   23.10.1759     St Maxire
Madeleine 12.7.1762 St Martin St Maixent
Marguerite 27.9.1762 St Martin St Maixent
Madeleine 11.10.1778 C.indéterminée
Daniel 15.1.1787 C. indéterminée
Marie 27.10.1781 St Romans les Melle
Pierre 9.6.1789 C.indéterminée
décès
avant juillet 1762
avant sept 1762
avant 1778 ?
?

Mis en tableau, il est évident que se sont des couples homonymes, et si le premier est bien connu, il reste beaucoup à rechercher sur le deuxième.

Le Jean Ingrand de St Maixent serait lui meunier, fils d’Abel, meunier,décédé à St Martin de St Maixent et de Louise Gascon . Marie Suire, sa femme née le 24 mars 1699 à St Martin de St Maixent, de Pierre Suire boulanger et de Marie Dubois. Elle avait 22 ans à la naissance de son premier enfant et 39 ans à la naissance du dernier en 1729 et ne peut donc pas avoir eu d’enfant de 1744 à 1757. Si l’aînée naquit à Saivres, les autres sont nés à St Martin. Ils eurent 4 fils et 7 filles. L’aîné des garçons est né en 1715, le deuxième Jean né en 1721 fut boulanger, le troisième Pierre est né en 1723, René le quatrième né en 1724, farinier. Parmi les filles, Marie épouse Jacques Mochon meunier, en 1734 et Louise épouse Jean Mochon meunier en 1742. L’ascendance et la descendance sont donc clairement dans la meunerie entre St Martin de St Maixent et Saivres

Le Jean Ingrand de Ste Blandine (Sosa 302, génération 9) serait maréchal, de même que ses fils Daniel à Ste Blandine et Pierre à Verrines sous Celles. Son mariage avec Marie SUIRE est introuvable et devrait se situer vers 1744, leurs ascendances inconnues, leurs décès sont également introuvables, ce qui peut s’expliquer par leur religion protestante.

Jean Ingrand et Madeleine INGRAND eurent une fille unique, Marie Madeleine née en 1780, ce qui est prouvé par la déclaration des non catholiques faite par Jean Ingrand à Sainte Blandine le 29 décembre 1788, déclaration de mariage et de naissance faite le même jour.

La seule solution pour le couple Ingrand-Suire consisterait à rechercher aux Archives Départementales le contrat de mariage établit en 1778 par le notaire Boisseau à Melle, ou encore rechercher un testament ….

Piet Mondrian, Boogie-Woogie, 1942, Museum of Modern Art New York.

 

La ligne de vie comparée a au moins permis de déterminer qu’il s’agit bien de deux couples homonymes.

 

Comment Marie Madeleine INGRAND me fait-elle tourner en rond?

Depuis bientôt trois mois j’arpente les archives des Deux-Sèvres à la poursuite de l’ascendance Moreau. Cette recherche est maintenant orientée vers Marie GIRARD, la mère de Pierre MOREAU, instituteur, direction Sosa 37, génération 6, née en l’an XIII à Aiffres (79) et décédée à La Crèche en 1866. Cette ascendance est pour le moins compliquée, une famille INGRAND y apparaît des deux cotés, sans que je puisse les rapprocher et tout cela dans le périmètre étroit de Beaussais, Thorigné, Sainte Blandine et Fressines, aux environs de Celles-sur-Belle (79).

 

Carte Cassini, Thorigné, Sta Blandine 79

L’aventure commence avec les parents de Marie Girard et un acte de mariage, celui de Jean Girard avec de Marie Madeleine INGRAND le 27 fructidor an 10 (14.9.1802) à Thorigné (79).

Jean GIRARD né le 21 du mois de mai 1780 est le fils de François Girard et de Michelle Vincent domicilié à Thorigné département des Deux-Sèvres
Marie Madeleine INGRAND née le 22 septembre 1780 domiciliée à Tauché commune de Sainte Blandine département susdit.
AD 79 Thorigné naissances, mariages décès: 1793-an X (vue 225)

La grand-mère de l’époux Jean Girard a pour nom Elisabeth Ingrand.

Du coté de l’épouse, Marie Madeleine Ingrand, même après plusieurs relectures, je n’ai pas vu mention de ses parents. Étaient ils décédés? simplement consentants non présents? il ne reste que la date de naissance et la piste des témoins:

Daniel Girard âgé de 24 ans frère de l’époux domicilié à Thorigné, François Girard âgé de30 ans frère de l’époux domicilié à Thorigné, Daniel Ingrand oncle de l’épouse, âgé de 50 ans domicilié à Ste Blandine, François Vinatier 29 ans beau frère domicilié à Thorigné département susdit.
AD 79 Thorigné naissances, mariages décès: 1793-an X (vue 225)

La date de naissance le 22 septembre 1780 est la première piste, mais ne donne rien ni à Sainte Blandine ni aux alentours. Il reste les registres protestants. C’est dans les registres de la commune indéterminée, BMS 1775-1791 tout en bas de la page, un peu rogné par le temps que je trouve ce qui pourrait être son acte de baptême.

Je soussigné certifie que le 24 de septembre 1780 j’ai batisé Marie Madeleine fille légitime de Jean Ingrand et de Marie Madeleine Ingrand demeurant à Saumon paroisse de Ste Blandine né le 22 de l’an susdit, présentée au baptême par Pierre et Marie Ingrand. Les témoins sont Pierre et Jacques ….
Pasteur Gobinaud
Commune indéterminée, BMS protestants, 1775-1791 (vue 69)
 J’admet donc cette hypothèse, la date concorde, le lieu aussi.Jean Ingrand et Madeleine Ingrand sont manifestement protestants, je recherche donc leur mariage dans le même registre jusqu’en 1778:
je soussigné certifie et atteste que le 12 octobre 1778 j’ai béni après la publication des promesses et bans sans opposition le mariage de Jean Ingrand, fils de Jean Ingrand et de Marie Marché demeurant au bourg et paroisse de Fressines d’une part avec Madeleine Ingrand fille de Jean et Marie Suire demeurant à Montaillon paroisse de Mougon d’autres part. Les témoins sont Jean Bonnet Jacques Pairaud, Jean et Pierre Ingrand qui ont promis de signer le registre de l’église
pasteur Gobinaud
AD 79 commune indéterminée-BMS protestants:1775-1791 (vue 39)
 Les INGRAND apparaissent ici deux fois. Les parents sont bien identifiés. Le premier couple est bien « connu » sur geneanet.
1. Ascendance du marié.
Jean Ingrand né à Beaussais en 1698, épouse à 35 ans Marie Marché née en 1709 à Sainte Blandine. Jean Ingrand est apparemment leur seul fils né en 1735 à Ste Blandine. Jacques Ingrand, son frère et Elie Sabourin son beau-frère époux de Marie Ingrand sont les témoins du mariage.
Si on remonte encore cette branche Ingrand, Jean Ingrand né en 1698 serait le fils de Abel ou Elie Ingrand, bottier, né vers 1654, mari d’Elisabeth Gadeau qu’il a épousé en 1686 à Beaussais.
2. Ascendance de la mariée.
Madeleine Ingrand fille de Jean et Marie Suire, l’ascendance parait simple puisqu’il y a un couple qui a vécu à St Martin de St Maixent et eut plus de 16 enfants, mais c’est tout simplement impossible comme je vous l’expliquerai dans le prochain épisode Ingrand.
Et si j’ajoute qu’il y a une Elisabeth Ingrand (parents inconnus), née vers 1700, épouse d’un maréchal Charles Girard arrière grand-mère de Marie Girard (voir au début), vous comprendrez mon désarroi et pourquoi je tourne en rond depuis trois mois….malgré une base de données de nommés INGRAND qui s’allonge….s’allonge…..
Soit j’efface tout et je passe à autre chose, j’en suis incapable, soit je continue….
Cela vous arrive-t-il de rester bloqué sur une recherche sans avancer, ni reculer? Comment en sortez vous?

Kandinski, Olympe.

 

 

 

Journée des femmes et Olympe de GOUGES.

Le 8 mars a été déclarée  la journée officielle des femmes  et tous les ans s’organise une manifestation à travers le monde. Cette journée internationale des femmes trouve son origine dans le combat des ouvrières et suffragettes du début du XXème siècle pour obtenir de meilleures conditions de travail et le droit de vote.

Histoire de cette journée.

L’idée émergea d’une journaliste allemande à la conférence internationale des femmes socialistes en 1910.

mars 1911 un million  de femmes manifestent en Europe.

8 mars 1913 des femmes russes organisent des rassemblements clandestins.

8 mars 1914 des femmes réclament le droit de vote en Allemagne.

8 mars 1915 à Oslo, des femmes défendent leurs droits et réclament la paix.

8 mars 1921 Lénine décrète le 8 mars journée des femmes.

8 mars 1946 la journée est célébrée dans les pays de l’Est.

8 mars 1977, les Nations Unies officialisent la journée internationale des femmes.

8 mars 1982, déclarée journée officielle des femmes en France.

Mais avant cela il y eut d’autres femmes pour s’élever contre les injustices . Olympe de GOUGES en fait parti.

OLYMPE de GOUGES (1748-1793).
olympe-de-gouges-jpg-1

Olympe de Gouges portrait.

Marie GOUZE dite Olympe de GOUGES, née à Montauban le 7 mai 1748, morte guillotinée à Paris le 3 novembre 1793, était une femme de lettres françaises, devenue femme politique et considérée comme une pionnière du féminisme. Je l’ai découverte il y a des années au travers…..

La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
olympe-de-gouges

Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne. Olympe de Gouges 1791. d’après collage de Henri Guedon.

Rédigée en septembre 1791, elle y pris pour modèle la déclaration des droits de l’homme et des citoyens (26 août 1789), qui énumère des droits ne s’appliquant qu’aux hommes. Dans de nombreux articles elle a remplacé « l’homme » par  » la femme et l’homme ».

La déclaration est constituée d’un préambule adressé à Marie Antoinette suivi de 17 articles.

Un principe de base d’ Olympe est que l’identité des devoirs doit entraîner celle des droits, dans tous les domaines publics ou privés. elle demande que les femmes puissent avoir droit aux votes, à la propriété privée, de pouvoir prendre part à l’éducation et à l’armée, exercer des charges publiques, allant jusqu’à demander l’égalité de pouvoir dans la famille et dans l’église.

Devant l’assemblée constituante, elle réclame l’égalité des sexes.

C’était révolutionnaire, dans un temps….révolutionnaire.

Cette déclaration est sans valeur légale et fut refusée par la convention. Elle ne parut qu’en cinq exemplaires. Alors que « la déclaration de l’homme et des citoyens faisait sensation dans toute la France » et qu’une diffusion s’étendait à l’étranger, seuls quelques extraits furent publiés en 1840. C’est une autre femme de lettres française Benoîte GROULT qui en fit publier la totalité en 1986.

PRÉAMBULE

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent à être constituées en Assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaltérables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs et au bonheur de tous. En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de la femme et de la citoyenne :

Article 1 La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 2 Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la femme et de l’homme. Ces droits sont : la liberté, la prospérité, la sûreté et surtout la résistance à l’oppression.

Article 3 Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme ; nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Article 4 La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

Article 5 Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société ; tout ce qui n’est pas défendu par ces lois sages et divines ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.

Article 6 La loi doit être l’expression de la volonté générale : toutes les citoyennes et citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation ; elle doit être la même pour tous ; toutes les citoyennes et citoyens étant égaux à ses yeux doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Article 7 Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la loi : les femmes obéissent comme les hommes à cette loi rigoureuse.

Article 8 La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nulle ne peut être punie qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée aux femmes.

Article 9 Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la loi.

Article 10 Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit également avoir celui de monter à la tribune, pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi.

Article 11 La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers leurs enfants. Toute citoyenne peut donc dire librement : je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans des cas déterminés par la loi.

Article 12 La garantie des droits de la femme et de la citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est conférée.

Article 13 Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, les contributions des femmes et des hommes sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles, elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.

Article 14 Les citoyennes et citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique. Les citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l’Administration publique et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôt.

Article 15 La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

Article 16 Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution. La constitution est nulle si la majorité des individus qui composent la Nation n’a pas coopéré à sa rédaction.

Article 17 Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés : elles sont pour chacun un droit inviolable et sacré ; nul ne peut être privé comme vrai patrimoine de la nature, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

« Femme, réveille-toi »

 

Une de ses citations célèbres est tristement prémonitoire;

« La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune. »
Olympe de Gouges.
Et c’est ainsi qu’elle finit sa vie en novembre 1793.
D’autres femmes ont pris le relais, puis l’ONU et d’autres pays. C’est une journée de manifestations au travers le monde, jour de bilan de la situation des femmes. Des groupes des associations de militantes  préparent des manifestations, pour fêter les victoires et les acquis, faire entendre leurs revendications, afin d’améliorer la situation des femmes. Le sujet ne date pas d’aujourd’hui et n’a pas fini de faire débat.
Montaigne disait déjà;
Les femmes n’ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d’autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles.
Montaigne, Essais, III, 5
Pensez à moi et souvenez-vous de l’action que j’ai menée en faveur des femmes ! Je suis certaine que nous triompherons un jour.
 Olympes de GOUGES.
Sources;