Signatures et alphabétisation dans la France du 18e

Les signatures font parti de mes motivations pour la généalogie. Les pleins, les déliés, les ruches, m’ont procuré une émotion et le sentiment illusoire de connaître mes ancêtres un peu mieux. Puis il y eut les autres, tous les autres ceux qui font une croix pour signer, et ceux qui ….ne font rien. Le grand écart entre les Archives du Pas-de-Calais et du Poitou m’ont fait toucher du doigt une autre différence et je me suis alors posée la question de l’alphabétisation.

Aucun document écrit par mes ancêtres ne m’est parvenu, les seules sources fiables sont donc les documents signés au moment de baptêmes, mariages ou enterrements dans les registres paroissiaux depuis 1737 ou les documents signés chez les notaires. Depuis 1554, par l’Edit de Fontainebleau, Henri II demande aux notaires de faire signer les parties contractantes, « s’ils savent signer ».

Je dois faire une exception pour les deux bibles protestantes qui sont arrivées jusqu’à moi. Mis à part cela, les archives départementales sont ma principale source.

Mais c’est dans l’Histoire des paysans français français de Emmanuel Le Roy Ladurie que j’ai trouvé un début d’explication à ce que j’avais constaté par moi-même.

 » les sociologues des années 1830, tels que Dupin et d’Angeville avaient pris les premiers conscience du phénomène : si 48,3% des conscrits sont illettrés en 1830-1833, une telle ignorance, notent ces chercheurs, n’est cependant pas répartie de façon uniforme sur le territoire. Les masses analphabètes, dit d’Angeville, dominent largement au sud-ouest de la ligne Saint-Malo/Genève ; ; Le  » décrassage  » culturel en revanche est presque achevé au nord-est; il est entrepris largement dans le Nord et en Normandie. ( page 631, 632)……

Dès Louis XIV, en effet, dans les années 1686-1690, les « deux France  » (que Dupin et d’Angeville diagnostiqueront encore un siècle et demi après l’époque du Roi-Soleil ) s’opposent déjà. Sans doute les pourcentages ne sont-ils pas les mêmes: Le royaume, au temps de Louvois comptent au bas mot 70% d’analphabètes mâles, beaucoup plus que sous Louis Philippe…….page 404)

« Les analphabètes louis-quatorzien, en foule compacte, se pressent au midi de la ligne durable qui court du sud du Cotentin au sud du Jura. Au nord de cette frontière, en revanche, les provinces sont passablement alphabétisées.

L’ignorance est particulièrement marquée chez les femmes dont 14% seulement savent signer, contre 29% parmi les hommes. Mais là aussi les contrastes s’imposent; en 1686.1690 les femmes du sud et celles des bocages de l’Ouest sont beaucoup plus ignorante que leurs consœurs du Nord-est. (Page 404)

C’est de cette idée que je suis partie, en constatant que Marie Marguerite Deruy, jeune fille à marier du Pas-de-Calais en 1726, signe son nom, certes maladroitement mais lisiblement. Mais à la même époque, Marie Bayard (Sosa 339) signe le jour de son mariage en 1722 en Deux-Sèvres; de même que Louise Bault (Sosa 341) en 1736 à Ste Ouenne (79). Par contre d’autres ne signent pas comme Marie Proust (Sosa 611 )en 1724 dans les registres de st Pierre de Melle (79).

Une autre composante m’a semblé importante. Je reprend ma lecture de l’Histoire des paysans français ;

 » il y eut sans aucun doute une première explosion de croissance intellectuelle pendant le XVIIe siècle, même dans les villages; mais elle ne touche au Nord que la majorité des laboureurs ou exploitants mâles – grands, moyens ou même petits… » page 406

J’ai bien constaté que dans la majorité des actes dans le village de Pressy (AD62) figurait au moins une signature, surtout des signatures masculines mais aussi féminines, ce que je n’ai pas retrouvé dans les registres de Dordogne, dans lesquels, volonté ou non du curé il y a très peu de signatures hormis les élites, les notaires.

Quant aux Deux-Sèvres, c’est beaucoup plus aléatoire. Il y a une disparité entre les villes et les registres des paroisses de campagne, mais plus encore entre mes ancêtres journaliers, laboureurs ou artisans.

Alors que les gens du nord apposent leur marque souvent une croix quand ils ne savent pas signer, ceux de l’ouest ne marquent ni ne mettent leurs initiales.

J’ai aussi constaté que René Desré cordonnier, signe en 1770 à la naissance de son fils; Pierre Bergeron laboureur puis aubergiste et Jeanne Lambert signent tous les deux leur acte de mariage en 1763. Il y a effectivement plus d’hommes que de femmes qui signent, mais la proportion de signatures me parait également importante dans ces paroisses des Deux-Sèvres.

La religion est peut être un début d’explication. Il ne faut pas oublier que les protestants doivent pouvoir lire la bible et écrire, mais ne sont pas désirés dans les paroisses entre 1685 date de la révocation et la révolution et que leur signature peut trahir leur appartenance à la religion reformée. Néanmoins ils signent alors les actes notariés et leurs signatures sont alors plus ou moins sophistiquées. Ayant une forte proportion de protestants dans mon ascendance des Deux-Sèvres, ceci pourrait expliquer cela.

Il reste beaucoup d’incertitudes;

Y avait il des maitres d’école, depuis quelle époque, dans quelles paroisses?

Le rôle des femmes dans la société; avait elle la nécessité de signer des documents?

L’époque; entre le 17e et le 18e siècle, la différence semble encore plus importe.

Je vous livre la conclusion de l’auteur de l’Histoire des paysans français »,

En ce qui concerne l’anthropologie physique, les travaux les plus récents réfutent, les vieilles sornettes racistes relative à la prétendue supériorité intellectuelle ou physique, peu importe ,des grands aryens blonds du nord de l’Europe et du nord de la France… On savait depuis longtemps maintenant on sait mieux encore qu’en dépit de certaines permanences génétiques la stature est un caractère instable, exacerbé ou déprimé par les facteurs économiques, socio-culturels, socio-biologiques, tels que l’alimentation, le genre de vie, l’hygiène, la pratique plus ou moins tardive du travail physique, la scolarisation, la rupture ou le maintien des isolats etc…

Ce qui pose une autre question; qu’elle était la taille de mes ancêtres à cette époque-là?

Je n’ai pas de réponse.

Carl Larsson.

 

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L’Etat Civil et 10 générations à Pressy en Artois.

Il y un côté excitant à rechercher les migrations de nos ancêtres . Le berceau d’une branche que l’on croyait dans le Pas-de-Calais se trouve en Lorraine ou encore ceux du lot et Garonne viennent du Rouergue. Et on relance la recherche car si ils venaient d’ailleurs…. un parfum d’aventure….

Il y a les autres, ceux que l’on passe sous silence car on pense ne pas avoir grand chose à dire, les journaliers les manœuvriers, les ménagers qui évoluent dans un périmètre de 5 à 30 km. J’ai trouvé une troisième catégorie, ceux qui semble-t-il n’ont « jamais » bougé. Le berceau de la branche semble être dans un village au moins depuis les premières écritures par le curé du lieu.

Ainsi à Pressy-les-Pernes en Artois, les premiers documents officiels sont de 1737 (quelques documents entre 1723 et 1737). C’est à ce moment là que le curé est tenu d’écrire obligatoirement les naissances mariages et décès selon un protocole établi.

Jean François MILLET, les glaneuses, Musée d’Orsay, 1857

Petit rappel sur l’histoire de l’état civil en France:

L’enregistrement des mariages et sépultures est imposé à partir de 1579 par l’ordonnance de Blois. Ainsi, à partir du XVIe siècle, baptême , mariage et décès sont inscrits sur les registres paroissiaux de l’Église catholique.

C’est en avril 1667,  dans l’« ordonnance touchant réformation de la justice » (aussi dite « ordonnance de Saint-Germain-en-Laye » ou «code Louis ») que la tenue des registres en double est en principe rendue obligatoire. Certaines collections commencent à cette date là.

« Edit du Roy donné au mois d’Octobre 1691, portant création des Offices de Greffiers, Conservateurs des Registres de Baptêmes, Mariages et Sépultures dans les villes du Royaume ou il y a une Justice Royale, Duché Pairies et autres Juridictions pour fournir dans le mois de Décembre de chaque année à tous les curés des paroisses de leur ressort, deux registres cotés et paraphés par lesdits greffiers, à la réserve des premières et dernières pages qui seraient signées sans frais par le juge du lieu, l’un desquels registres servirait de minute, et l’autre de grosse, pour y écrire par les curés les baptêmes, mariages, et sépultures.

L’édit ordonnait aussi que six semaines après l’expiration de chaque année, les greffiers pourraient retirer les grosses qui auraient servi pendant l’année précédente, et que les juges ou greffiers des jurisdictions royales, à qui les grosses de ces registres avaient été remises depuis l’ordonnance de 1667, seraient tenus de les remettre entre les mains de ces greffiers, aussi-bien que les registres des consistoires qui avaient été déposés entre leurs mains en vertu de la déclaration du mois d’Octobre 1685. »

il y a donc eu un office des greffiers de l’Etat civil toujours pour les mêmes raisons, renflouer les caisses de l’Etat à la fin du règne de Louis XIV. Mais cela a mal fonctionné et il fallu attendre l’édit de 1736 pour que La tenue des registres se généralise dans toutes les paroisses. déclaration du 9 avril 1736, rappelant et complétant l’ordonnance de 1667, que l’obligation de tenue en double des registres sera réellement généralisé. Le curé et les témoins doivent alors signer ou apposer une croix ou La déclaration de ne savoir signer.

C’est ainsi que le registre de Pressy 5MIR 669/1 commence en 1723 et le registre officiel 3E669/1 ne commence réellement que le 26 janvier 1737 paraphé et signé selon par « le lieutenant général de la sénéchaussée de St Pôl soussigné commis à cet effet par Monsieur le premier Président du conseil provincial d’Artois conformément à la déclaration du roi du 9 avril 1736 enregistré audit conseil le premier septembre au dit an. »

Marie Marguerite Deruy (Sosa 397 génération9),  jeune fille à marier signe quant à elle, la première page du registre de 1723, comme marraine. le registre est tenu par Zacharie récollet du couvent de Pernes. Elle épousera en 1738 Philippe Pruvost passera sa vie à Pressy, c’est une ancêtre de la branche maternelle Lethellier. Son père Jean François fut sergent de Pressy (décès 1739)

La famille BOUTILLIER apparaît dès les premiers feuillets de ce registre. Simon Boutillier (Sosa 868, génération 10) décédé en avril 1727 était le lieutenant de Pressy. Il eut au moins 3 enfants dont deux sont mes ancêtres; Albert Joseph né en 1695 et Marie Jeanne. Il est dit laboureur ou fermier et aura 8 enfants dont Marie Marguerite en 1739 qui épousera un Boyaval de Pernes, le bourg d’à côté. Il faut surement remonter encore au moins d’une génération, celle d’Antoine Boutillier (Sosa 1736 génération 11) époux de Marie Jeanne Froideval et leurs 5 enfants qui vécurent tous à Pressy. Leurs racines sont donc clairement à Pressy depuis au moins le milieu du 17eme siècle.

La famille MELLIER apparaît aussi très tôt dans les registres; Marie Françoise dès 1728 comme marraine et jeune fille à marier. Cette famille semble ne pas s’être éloigné de Pressy

Julien Dupré, (1811.1889)

.

Selon F Le Roy Ladurie (l’histoire des paysans français p 518 à 521) ces régions du nord sont « des régions de grande culture qui, pendant l’époque des Lumières se situent dans l’avant-garde économique; Quelques facteurs généraux agissent fortement selon lui sur la croissance du XVIIIe :

Le développement de vastes fermes qui résistent aux prétentions de l’impôt et de la rente foncière; ces fermes font coexister leur grande exploitation avec des propriétés qui restent souvent petites;

le fantastique chevelu du réseau routier, dont la poussée, dans le Nord-Est est calquée sur les besoins du trafic, de l’urbanisation et des militaires.

la spécialisation des régions et une culture productive (sans jachère) à base de céréales, de choux et de légumineuses (trèfles, fèves et vesces) qui nitrifient le sol et des racines alimentaires et fourragères (pomme de terre betteraves carottes navets). »

La récolte des betteraves, Georges Laugée

Ces familles avaient leurs racines et surtout des terres qu’ils exploitaient de père en fils selon un modèle établi en Artois ce qui leur permettait d’y rester sur plusieurs générations. Les registres de la paroisse m’ont permis de remonter au moins 10 générations dans le cas de mes ancêtres à Pressy-les-Pernes (62). Avez-vous rencontré ce cas là? est-il courant parmi vos ancêtres?

 

Maire perpétuel en Artois en 1694 ?

Dans mon ignorance je pensais les maires issus de la révolution française et les échevins certes du nord mais faisant fonction de maire dans l’ancien régime. Imaginez ma surprise quand dans mes recherches concernant mon ascendance du nord, je croise un  Jean Adrien  Larsé ou Delarsé, maire de Lillers en 1694. Jean Adrien prénom bien masculin donc pas mère (!) mais bien maire et un autre ancêtre  » échevin à son tour », Guillain Martin menuisier né vers 1685 échevin de la ville de Pernes.

Une première recherche dans le dictionnaire historique et archéologique du Pas-de-Calais (tomme 3) sur Jean Adrien Delarsé nous amène à LILLERS , aux coutumes de la ville. Jean Adrien Delarsé y est présenté comme le premier maire de Lillers ville seigneuriale  en 1694, premier maire en vertu de l’Edit de 1692 qui rendit vénales les charges municipales. Cet Edit du roi de 1692 est alors un mystère. Quelques recherches plus loin;

Edit du Roy [d’août 1692] portant création de maires perpétuels et d’assesseurs dans les hostels de villes et communautés du royaume.

LOUIS par la grâce de DIEU Roi de France et de Navarre,  à tous présents et à venir, SALUT;

le soin que nous avons toujours pris de choisir les sujets les plus capables entre ceux qui Nous ont été présentés pour remplir la Charge de Maire dans les plus grandes villes de notre royaume, n’a pas empêché que la cabale et les brigues n’aient eu le plus souvent beaucoup de part à l’élection de ces Magistrats; d’où il est presque toujours arrivé, que les officiers ainsi élus, pour ménager les particuliers, auxquels ils étaient redevables de leur emploi et ceux qu’il prévoyait pouvoir leur succéder ont surchargé les autres habitants des Villes et surtout ceux qui leur avait refusé leurs suffrages. Et à l’égard des lieux les maires ne sont point établis, chacun de nos Juges voulant s’en attribuer la qualité et les fonctions à l’exclusion des autres, cette concurrence n’a produit que des contestations entre eux, qui ont retardé l’expédition des affaires communes, consommé en frais de procès, et distraits ces juges de leurs véritables fonctions, pendant qu’il s’efforçaient d’usurper celles qui ne leur appartiennent pas, et fatiguer nos peuples par la diversité des ordres qui leur étaient donnés en même temps sur les mêmes affaires.

C’est pourquoi Nous avons jugé à propos de créer des Maires dans toutes les villes et lieux de notre royaume qui n’étant point redevable de leurs charges au suffrages des particuliers et n’ayant plus lieu d’appréhender leur successeurs, en exerceront leurs fonctions sans passion et avec toute la liberté qui leur est nécessaire pour conserver l’égalité dans la distribution des charges publiques; d’ailleurs en étant perpétuels, ils seront en état d’acquérir une connaissance parfaite des affaires de leur Communauté, et se rendront capables par une longue expérience de satisfaire à tous leurs devoirs et aux obligations qui sont attachées à leur ministère; et d’autant que dans les principales Villes de nôtre Royaume, le grand et l’importance des affaires qui y surviennent fort souvent, demandent le secours et l’application de plusieurs personnes d’expérience et zélées pour le bien public, Nous avons cru qu’en donnant aux communautés un Chef ou premier Officier éclairé, Nous devions en même temps créer en titre d’Office un certain nombre de conseillers et assesseurs, tirés d’entre les plus notables Bourgeois, qui se rendant plus capables que les autres, de remplir les Charges….(morceau de page manquante).

Cette première partie justificative m’a paru suffisamment importante pour être retranscrite intégralement. Le roi y explique pourquoi il crée de nouvelles charges. La deuxième partie est le résumé des droits et devoirs du nouveau maire. Il parle de leurs nouveaux privilèges dont le titre de noblesse.

« Ils convoqueront les assemblées générales et particulières esdits Hostel de Ville, ou il s’agira de l’utilité publique, du bien de notre service et des affaires de la communauté.

Ils recevront les serments des échevins, des capitouls, jurats, consuls et autres pareils officiers, après qu’ils auront été élus, dans les Assemblées tenues es Hôtels et Maisons des villes, auxquels présideront les dits maires, sans que l’on puisse à l’avenir, faire ailleurs les dites élections. ….

Ils présideront à l’examen des comptes.

Les greffiers ne pourront expédier aucun ordre qu’il ne soit signé des maires.

L’ouverture des lettres et ordres ne sera faite qu’en présence des maires.

Ils allumeront les feux de joie et porteront la robe rouge.

Ils jouiront du titre et privilège de noblesse dans les Villes où il a été par nous rétabli et confirmé…

Ils seront exempts de tutelle,  curatelle, de la taille personnelle dans nos Villes taillables , de guet et garde dans toutes nos Villes, du service du ban et arrière ban, du logement des gens de guerre, et autre charges et contributions…

Faisons défense de plus élire et nommer à l’avenir aucun maire.

Défense à nos officiers d’en prendre à l’avenir la qualité de maire, d’en faire aucune fonction dans les hôtels de ville et autres lieux (3000 livres d’amende).

Suppression des anciens maires leur titre et qualité.

Attribution des gages et des paiements sur les simples quittances des maires.

Créations d’assesseurs héréditaires.

Il s’ensuit les fonctions et privilèges des assesseurs.

Le roi a donc créé dans la plupart des villes un office de maire et des offices d’assesseurs en remplacement des syndics choisis par les habitants, pour les raisons citées dans l’Edit d’août 1692 mais aussi pour une raison moins avouable, les caisses de l’Etat étaient vides. La création de nouvelles charges payantes va donc les aider à les renflouer .

Quentin Metsys, les collecteurs d’impôts.

Le Maire ou maïeur faisait parti de l’échevinage comme les échevins. Il y avait également un procureur syndic un greffier et un argentier. l’échevinage gérait et administrait les affaires de la ville; il y exerçait la haute moyenne et basse justice; ils se réunissaient trois fois par semaine (Bultel, notice d’Artois)

Au vu de l’importance de la fonction je suis surprise de ne pas avoir noté plus de maires en fonction à cette période dans les archives.

Jean Adrien Larsé décèdera le 4 mars 1700 à Pernes à l’âge de 50 ans. Son fils , Jean Baptiste fut maire également à Arras où il est cité en 1717.

Jacques LeTellier, maréchal des logis et la bataille de Fontenoy.

Cet acte de mariage a piqué ma curiosité. Qu’est ce qu’être maréchal des logis au milieu du 18e siècle, et quel est ce régiment, le régiment d’Egmont ?

Mes connaissances en matière militaire sont très limitées, j’ai donc recherché une définition qui, si elle est logique, m’a surprise. A l’origine, le maréchal des logis était un sous-officier responsable des écuries et chargé de préparer les étapes de son escadron, comme le ravitaillement ou l’hébergement. Il était historiquement dans des troupes dotées de chevaux.

Dans la France du 18e, le maréchal des logis correspondait au sergent des troupes montées. Savoir bien lire et écrire était une condition nécessaire puisqu’il devait tenir les registres des logements des officiers et des soldats de la compagnie. Hormis  ses connaissances d’écriture il devait avoir des talents logistiques et géographiques. Lors d’une bataille, le maréchal des logis ne participait pas au combat, mais se tenait prêt à transmettre les ordres, porter un courrier. Son rôle prenait toute son importance entre les combats. Lorsque la destination était choisie, le maréchal général des logis devait reconnaître le chemin à parcourir, trouver un emplacement pour le nouveau camp. Il rédigeait ensuite les ordres détaillés que devaient suivre chaque colonne après approbation du général en chef . En effet, l’armée  devait se déplacer en un seul bloc, dans un ordre proche de l’ordre de bataille pour pouvoir agir plus rapidement dans des chemins plus ou moins étroits ce qui devait être un casse-tête pour le maréchal général  des logis. La colonne centrale marchait sur le chemin, les colonnes latérales dans les champs… Les ordres étaient ensuite transmis au maréchal des logis de la cavalerie et aux maréchaux des logis de chaque régiment. À l’arrivée sur le lieu prévu pour le campement, le quartier général était placé  au centre ainsi que l’artillerie , l’hôpital et les vivres, l’ordre de bataille était toujours respecté. L’installation et la levée du camp demandait alors un grand sens de l’organisation et un temps considérable.

Cet ancêtre n’était pas maréchal général des logis des armées du roi mais maréchal des logis du régiment d’Egmont.

Deux régiments ont reçu le nom de régiment d’Egmont

Le régiment d’Egmont cavalerie, ancien régiment du Chevalier de Rosen cavalerie en 1741, est nommé régiment de Charost cavalerie en 1757 ;
le régiment d’Egmont dragons, ancien régiment de Mailly dragons le 14 février 1744, est nommé régiment de Marbeuf dragons le 11 juillet 1753.

Donc entre 1744 et 1753 ont coexisté deux régiments d’Egmont. Les deux « Egmont » étaient ils deux frères ou encore cousins?  L’histoire ne le dit pas.

Le premier régiment d’Egmont était un régiment de cavalerie légère. Auparavant, régiment de Valavoire cavalerie crée en 1667, renommé le 6 mars 1719 régiment de Lorraine cavalerie, dirigé par Jacques Henri de Lorraine, chevalier de Lorraine, marquis d’Ambleville, il devint régiment du comté de Lordat en 1734, puis du chevalier de Rosen en 1738, du Comte d’Egmont en 1741,  d’Egmont le 14 février 1744, frère du précédent, Casimir Pignatelli.Ce régiment fut dissous le 1er décembre 1761.

La devise de ce régiment d’Egmont cavalerie était alors;

Qui s’y frotte s’y pique,

en Latin

pungit aggredrentes.

Le deuxième régiment d’Egmont aussi appelé Le régiment des dragons de Monsieur était également un régiment de cavalerie.

En janvier 1746, ce régiment était à Maubeuge si on en croit le maréchal de Saxe. 

Le maréchal de Saxe était alors en campagne dans les Flandres ou plus exactement c’etait la guerre de succession d’Autriche (1740-1748) avec un point culminant , La bataille de Fontenoy le 11 mai 1745. Le régiment d’Egmont est mentionné dans la brigade des cuirassiers  du roi et le régiment d’Egmont dragons dans la réserve du comte d’Eu.

la bataille de Fontenoy par Pierre Lenfant.

Mes souvenirs de cette bataille se résumaient à une victoire française et à la fameuse phrase « Messieurs les anglais, tirez les premiers », un bon mot écrit par Voltaire. Avec cet ancêtre c’était  l’occasion de se replonger dans cette bataille.

Marie Thérèse d’Autriche monte sur le trône à la mort de son père Charles VI, ce qui a semé la pagaille entre les grandes puissances européennes. Louis XV alors allié de l’Electeur Charles-Albert de Bavière lance ses troupes sur les Pays-Bas autrichiens (Belgique actuelle). Le maréchal de Saxe, commandant des armées du roi fait le siège de Tournai, mais est pris en tenaille par les armées alliées commandées par le duc de Cumberland, troisième fils du roi d’Angleterre, Georges III.

Le maréchal de Saxe en fin stratège choisi le terrain, dispose ses troupes en ligne brisée, et le 11 mai la bataille commence par deux heures de canonnade. La bataille se resserre vers midi quand Cumberland envoie ses troupes en masse. C’est là qu’aurait eu lieu le célèbre échange réécrit par Voltaire ce qui s’avère une fausse politesse, puisque celui qui tire le premier est ensuite démuni devant l’adversaire. Cela a failli mal tourner pour les français mais le maréchal décide d’utiliser quatre canons à bout portant lance des attaques coordonnées sur les flans ennemis et remporte la victoire. Il y eu 8000 morts chez les anglais, 2000 chez les hollandais et 3000 pour les français.

Voila  comment Jacques Le Tellier, maréchal des logis du régiment d’Egmont, m’a fait réviser l’histoire de France et la bataille de Fontenoy à laquelle je suppose qu’il dut participer dans le cadre de son régiment. Quant à savoir s’il faisait parti du régiment d’Egmont cavalerie ou du régiment dragons, je laisse les spécialistes en débattre.

Migration militaire au 18ème et acte de mariage.(2)

Jacques Le Tellier fait parti de ces ancêtres voyageurs. C’est un ancêtre du Pas-de-Calais, qui vécut du côté de Frévent, au nord d’Amiens, à 40 km d’Arras, comme ses descendants entre Frévent, Neuville-au-Cornet. Son acte de mariage ne présentait ni surprise ni difficulté. En 1758, il est veuf et vit à Frévent.

L’an 1758 le 9 du mois de janvier après avoir publié par deux dimanche et une fête savoir le 27 novembre, le 25 décembre 1757 et le 6 de cette présente année à la messe paroissiale entre jacques le Theillier de la paroisse de St hilaire de Frévent veuf de marie anne Courcol d’une  part et marie françoise Frevacque âgée de 38 ans environ, fille d’albert et de madeleine Finet de cette paroisse d’autre part, ayant reçu la lettre du sr Cornu curé de St Hilaire en date du 7 janvier 1758, ayant reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ay donné la bénédiction nuptiale selon les cérémonies de l’église présents et consentants leurs parents et amis, à savoir nicolas lefebvre, marié de la paroisse de Frévent, antoine Rulence marié de cette paroisse,, louis Petit jeune homme à marier de la paroisse de la Comté jean baptiste Caron arpenteur de la province d’Artois, tous témoins qui ont attestés ce qui dessus sur le domicile l’âge et la qualité des parties , qui ont signés avec l’époux et l’épouse.

AD 62, 5 MIR 348/1 Foufflin-Ricametz, 1737.1832

Rien dans cet acte ne nous renseigne sur l’origine de Jacques le Tellier, ou plus exactement le curé et les témoins attestent qu’il est de la paroisse de st Hilaire de Frevent(62).  Il arrive que les bans ne soient pas publiés à l’extérieur. Quand il s’agit d’époux jeunes et célibataires, une dispense du diocèse est nécessaire et souvent notée, mais quand il s’agit d’un veuf ou veuve ou encore d’un célibataire âgé ou habitant depuis longtemps dans la paroisse on ne pourra que rechercher l’acte de mariage précédent ou l’acte de décès. C’est le cas de Jacques Le Tellier.

G Courbet.

Il est indiqué qu’il est veuf et c’est donc l’acte de mariage précédent que je recherche. Le 21 janvier 1749, eut lieu un premier mariage entre Jacques le Thellier, et Marie Anne Courcol.

Jacques THELIER, âgé d’environ 40 ans, maréchal des logis
dans le régiment d’Egmont demeurant depuis 3 mois en cette
paroisse, fils d’Antoine demeurant en la paroisse Humbepaire proche
de la ville de Baccarat en Lorraine diocèse de Toul et de défunte Marie Thérèse ( nom illisible
dans le pli du registre).
Marie Anne Bayencourt dite Courcol, fille de Jean Georges et
Marie Anne Devillers….

Il est originaire de Lorraine, de la région de Baccarat et réside en tant que militaire dans la paroisse de Frévent (62) . Il a les autorisations de ses supérieurs pour se marier, il a 40 ans et est maréchal des logis dans le régiment d’Egmont.

Il signe alors jacque le tellier. Il est à 500 km de son lieu d’origine, et va faire souche dans le Pas de Calais, puisqu’il décédera en 1768 à Frevent. La recherche de son ascendance est difficile. les registres de Baccarat avant 1765 ne sont pas en ligne, mais il a bien existé bien une famille Tellier ou le tellier du coté de Baccarat. Un Nicolas Le Tellier était maitre chirurgien à Humbepaire avant 1732, époux de Jeanne Le Mare, il eut au moins une fille Anne vers 1685. Un autre Letellier prénommé Claude est né vers 1671 à Baccarat et était maître chapelier. Mais rien sur la naissance de Jacques Le Tellier vers 1712, ni sur son père Antoine ou sur sa mère Marie Thérèse Oger. Jacques eut deux frères François et Claude, et une sœur Barbe, nés à Lunéville(54) ou à Neufmaisons (54) en Meurthe et Moselle dont je n’ai pas trouvé la descendance.

De son premier mariage, Jacques Le Tellier eut 5 enfants dont un seul a une descendance connue (généanet). Jacques LETELLIER fils, né en aout 1752 à Frevent eut lui-même 9 enfants. Plusieurs lignées sont issues de son union avec Charlotte Langrenne dans le Nord ou dans la Somme et ont gardées l’orthographe de LETELLIER.

De son mariage avec Françoise Frevaque il eut 4 enfants:

Le premier fils, Henri joseph né en 1758, épousa en premières noces en 1794 Marie Angélique Beugnet il eut alors 3 enfants. Veuf en 1805, Henri épousa Emilie Cousin et eut 4 enfants. Des 7 enfants seuls les mariage de Henri Joseph et de Pierre Joseph sont connus. La branche de Henri Joseph s’installa à Pressy les Pernes à partir de son mariage avec Augustine Henriette Josèphe Picque en 1836, il est mon ascendant. La branche de Pierre Joseph, blatier à Marest, s’installa à Pressy vers 1844. Cette descendance a gardé l’orthographe LETHELLIER.

Le second fils, Antoine né en 1760 il épousa Marie Rose Theret avec qui il eut un garçon puis Marie Angélique Carette en 1806 avec qui il eut 6 garçons. Au recensement de 1836 à Neuville au Cornet, 5 garçons sont encore présents auprès d’Antoine qui a alors 75 ans. Pierre 26 ans est soldat, 1er chasseur à Dieval, Eugène 24 ans charpentier, François 21 ans couvreur de paille, Antoine 17 ans quincaillier, Frédéric 15 ans. Leurs descendance m’est inconnue.

Le troisième fils, Louis Joseph né en 1761, s’est marié en 1794 à Marie Thérèse Fournet, sa descendance m’est inconnue.

Marie Rose Joseph née en 1764 épousa Jean Baptiste Rulence et eut 4 enfants.

l’an 1768 le 5 de décembre les 5 heures du soir est décédé muni des sacrements de l’église Jacques Theillier veuf de marie anne de baillencourt dit courcol âgé d’environ 53 ans marié en seconde noces à marie françoise frevacque …
Frevent 5 MIR 361/2 1666-an I

signature Jacques Le Tellier 1749 AD 62

 

Le motif de sa migration est clairement militaire. A noter que l’orthographe de son nom a changé au fil du temps, Tellier, le Tellier, le Theillier, puis maintenant Lethellier ou Letellier.

 

Migrations de nos ancêtres et actes de mariage. (1)

Nos ancêtres se déplaçaient, mais la notion de voyage comme on la conçoit aujourd’hui n’existait pas. Nous avons une autre compréhension de ce phénomène qui a changé depuis 1946, date des congés payés.

Quand nos ancêtres se déplaçaient, ils le faisaient pour une bonne raison. Ils parcouraient relativement facilement une dizaine de kilomètres pour se marier ou encore pour changer de travail, d’habitation, ce que l’on peut appeler micro-mobilité mais je veux parler d’une autre sorte de voyage, celle où ils parcouraient une centaine de kilomètres voire plus, pour ne plus revenir, le voyage sans retour celui où ils ont radicalement changé de milieu et de genre de vie.

Bonjour Monsieur Courbet, Gustave Courbet(1854). Musée Fabre.

Les actes de mariage ont le plus grand intérêt pour l’étude de ces migrations. Ces actes se rencontrent dans toutes les paroisses où la tenue des registres est obligatoire depuis 1736. Le curé doit en effet signaler la publication des bans dans les paroisses d’origine des époux, cela concerne toutes les couches sociales, qu’ils soient bourgeois, artisans, laboureurs ou journaliers. En règle générale il s’agit d’un renseignement sûr, qui indique si oui ou non les mariés habitent la paroisse où est célébrée l’union; Par contre il ne faut pas perdre de vue que le mariage est le plus souvent célébré dans la paroisse où est domiciliée l’épouse et que les bans étaient publiés au domicile des parents. Ces derniers pouvaient changer de paroisse entre la naissance et le mariage de leurs enfants.

J’ai ainsi découvert au moins quatre ancêtres.

1. Guillaume COURTINES (Sosa 272 ascendance Bacond-Courtines) se marie à Tonneins dans le Lot et Garonne le 23 mai 1744;

le 23 mai 1744 après avoir proclamé les 3 bans du mariage contracté entre
Guillaume COURTINES coutelier natif de MILLAU en ROUERGUE habitant de cette paroisse et
Jeanne BARAILLAC fille de feu Gédéon et d’Anne DUPON de lyle de cette paroisse
sans opposition ni empêchement civil ni canonique je soussigné les ai conjoints en légitime mariage par paroles le présent ayant précédemment fiancé à l’église en présence Pierre Larmet, Claude Corret, charles dupuy, jean laroque,qui n’ont signé pour ne savoir pour ce enquis
delorman archiprêtre (AD Tonneins 47)

Il était coutelier, natif de Millau en Rouergue, et l’âge de son décès 57 ans en 1781, donne une date de naissance approximative en 1724. Cette branche reste encore à explorer, le mariage n’étant pas filiatif. Mes recherches, geneanet et autres n’ont pas donné de résultats évidents.

2. François Bacond (Sosa 280, génération 9) épouse Marie Gadail le 25 août 1739 à Clairac.

le 25 août 1739, après les fiançailles à l’église, la proclamation des bans du mariage contracté entre François BACON garçon chapelier fils légitime de pierre BACON et de Françoise CHARPEAUTIER de la paroisse de TANCE diocèse de PUY en Velay d’une part et Marie GADAIL fille de pierre et d’Anne Mauri de la paroisse de Clairac d’autre sans empêchement ni opposition vu le certificat du sieur Fauri curé de la dite paroisse du Tance en date du 24 juin 1739 avec son consentement au dit mariage la dite marie ayant ayant promis et juré mettant la main sur le saint évangile qu’elle voulait vivre et mourir dans la religion catholique apostolique et romaine confessant à cet effet toutes les vérités que la même église nous enseigne de croire et renonçant à toutes les … de Luther et Calvin je soussigné curé dudit Clairac après avoir pris leur mutuel consentement leur ay solennellement imparti la bénédiction nuptiale dans l’église dudit Clairac suivant la forme et cérémonies ordinaires prescrite par l’église en présence de Louis Perache compagnon chapelier, de Pierre Chaudruc maître de bateau, de pierre Baussens compagnon charpentier, de jean Dulon aubergiste, de Jean Lassale et de sr Jacques Arboussé de la présente paroisse lesquels Lassale et Arboussé ont signé non les contractants non plus que les autres témoins pour ne savoir de ce enquis.

AD 47 Clairac,

Marie était protestante. En 1739, la conversion est exigée par le curé pour qu’il prononce la bénédiction nuptiale. Celle-ci fut surement prononcée du bout des lèvres par Marie Gadail car ses descendants furent tous protestants jusqu’au XXe siècle. Par contre c’est une difficulté pour retrouver les actes de naissances, les règles devenant plus « souples » entre 1745 et 1765, date où l’on voit réapparaître des registres tenus par des pasteurs protestants.

François Bacon émigra vers 1739, Guillaume Courtines vers 1744 et tous deux vers le Lot et Garonne, la région de Clairac.

3. Plus tard il y eut Gilles VACHER, né à Chinon le 11 mai 1741. Il se maria à Melle St Pierre le 29 juillet 1765 avec Jeanne LEMAURE.

aujourd’hui 29 juillet 1765 après les publications canoniques des promesses de mariage entre Gilles VACHER cloutier fils légitime de Louis Vacher cloutier et de Madeleine Bougeat demeurant en la ville de Chinon ledit Gilles Vacher en cette paroisse et Jeanne LEMAURE fille légitime de Jacques Lemaure charpentier et de Jeanne Brisson de cette paroisse n’ayant découvert aucun empêchement nous avons conjoints les dites parties en épousailles et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence de Jean Morelle, chargé de la procuration du père et de la mère dudit Gilles Vacher pour assister avec à leurs épousailles, de Jeanne Brisson de Jacques Lemaure père et mère de ladite Jeanne Lemaure Jacques Chatagnion et autres qui ont déclaré ne savoir signer hors les soussignés .
MELLE B,M,S/ 1741-1792 (vue 172)

 

Les deux premiers émigrent à la même période, dans des villes  proches, historiquement protestantes; hasard, où volonté? Clairac, Tonneins étaient-elles des villes connues pour un artisanat particulier? la coutellerie peut-être puisqu’il existait une rue des couteliers à Clairac?

Guillaume Courtines, aura un fils Jean Baptiste, coutelier un petit fils Jean, coutelier à Clairac, un arrière petit-fils Jean, coutelier rue des couteliers. La lignée des couteliers s’arrête là.

François Bacond est dit garçon chapelier en 1739 et assisté d’un maître chapelier le jour de son mariage, maître chapelier en 1744, il est fils de chapelier. Il décédera jeune, en 1751 à 40 ans en laissant des enfants de moins de 10 ans. Ces derniers ne seront pas chapeliers, mais charpentiers.

Faisaient-ils partis de corporations, étaient-ils compagnons et leur migration était elle dans le cadre de leur apprentissage? Leur destination était elle une fuite, le fruit du hasard ou une décision ferme?

Un autre temps, une autre région, ils étaient cloutiers, ou couteliers, ou encore chapeliers. Ils avaient en commun d’être des artisans qui pouvaient se déplacer avec leur simples outils, n’avaient pas de propriétés, ni terre, étaient sûrement jeunes.

Il existe une autre forme de migration, la migration militaire.

A suivre….

 

 

Généathème et prénoms Numa et Mina.

Je me prête avec un certain plaisir au thème de ce mois suggéré par « la gazette des ancêtres ». En effet les prénoms représente ce qui reste avec certitude de nos aïeux et ils sont parfois surprenants. J’ai hésité à vous écrire sur Mundine Peletengeas ou encore Peronne Barbut, il y eut aussi les filles Patureau Laborie, Marie Amélie, Jeanne Judith, Sara Zenobie, Clémentine et Nanci, mais j’ai choisi Jean Paul Hector Numa Desage né à Clairac en 1868, décédé à La Crèche en 1953 et son épouse Nelly Louise Mina Moreau qui m’a inspiré le titre de ce blog.

Numa Desage est mon arrière grand-père, le pharmacien de 1ere classe exerçant à Pamproux (79) à partir de 1903 puis à la Crèche (79). Le prénom Numa m’a toujours intrigué, de même que Hector, dans une famille de tradition protestante très classique.

Trois fées au dessus du berceau de la belle au bois dormant,(W.Disney)

C’est en regardant l’ascendance de Numa que je repérais un autre Paul Numa, très proche et vraisemblablement son parrain, son oncle Paul Numa Courtines, instituteur, frère aîné de Anne Iréna Courtines (Sosa 17), époux de Elisabeth Azema Bergeret, vivant à Tonneins (47), ville proche de Clairac (47). Paul Numa Courtines est né en 1830, aîné car ses frères Hyppolite (1826.1831) et Laudis (1827.1832) sont décédés en bas âge.

Hyppolyte, Laudis, Paul Numa, et Anne Iréna sont les quatre enfants de Jean Courtines, coutelier rue des couteliers à Clairac et Suzanne Bacond (Sosa 35). Mariés en 1825, je me demande bien d’où leur est venu l’inspiration pour donner des prénoms aussi originaux à leurs enfants. Il ne s’agit pas de prénoms du calendrier révolutionnaire comme Raisin, Amarante ou encore scorsonère.

Hyppolite, fils de Thésée dans la mythologie grecque, est l’homme qui déclencha la colère de Phèdre. A Rome au 3eme siècle il fut le premier antipape, auteur d’ouvrages théologiques, exégétiques et canoniques importants.

Laudis ? serait un prénom dérivé du latin Laus, Laudis, f dans le sens de louange.

Numa ; dérivé du grec nimos, la loi, c’est aussi le prénom du deuxième roi légendaire de Rome, Numa Pompilius qui règna de 715 à 672 av J.C. on lui attribua l’organisation religieuse de la cité et son calendrier liturgique. Longtemps utilisé par les romains, le prénom tomba en désuétude.

Le prénom Iréna (Sosa 17) est dérivé d’Irène et signifie paix. Sainte Irène fut persécutée avec ses deux sœurs pour avoir caché des livres Saints, refusé de manger de la viande sacrifiée aux dieux et jetée vive sur le bûcher à Thessalonique en Grèce le 1er avril 304.

Le choix des prénoms par Jean Courtines et Suzanne Bacond semble avoir trouvé leurs racines dans l’histoire romaine et les Saintes Écritures, ou peut-être pas….qui peut le dire.

Numa Desage (Sosa 8) épousa en 1899 Nelly Louise Mina Moreau (Sosa 9).

Mina un autre prénom peu courant, issu d’origines diverses, germanique , anglophone, et japonaise. Il est le diminutif affectueux du prénom germanique Wilhelmine, qui est lui même le dérivé germanique de Guillaume . le prénom Mina apparaît en Grande Bretagne au XIXe siècle.

Signification; le prénom est un dérivé des deux termes germaniques qui signifient « heaume » et « volonté ».

Étymologiquement c’est le diminutif et dérivé de jasmin, qui vient du persan « yâsimin ». C’est un arbuste à fleurs jaunes et Mina est donc un prénom fleur. Les « Jasmine » ont pour patronne sainte Fleur qui fut une des premières religieuses à sortir de son monastère vers 1300 pour se porter au service des malades.

Nelly, Louise, Mina Moreau née en 1874 était la fille unique de Pierre Moreau et de Marie Suzanne Proust. Louise était le prénom de sa grand mère Louise Suzanne Proust, mais aucun prénom dans ses ascendants ne peut expliquer cette inspiration. Ses cousines se prénommaient Alice Louise Clotilde, Louise ou Modeste, ou encore Marie-Louise Augustine. Si Louise est un prénom commun à toutes la famille, les prénoms de Nelly et Mina semblent être sortis de nulle part.

Par contre, je n’ai pas trouvé d’ancêtre prénommée Philomène.