Refus de sépulture pour cause de religion en 1741 et relaps.

1685, date de la Révocation de l’Edit de Nantes marque la fin d’une époque. Les renseignements transmis à Louis XIV l’on convaincu que tous ses sujets se sont convertis et ont abandonnés la RPR (religion prétendue réformée). La réalité est tout autre en particulier dans le pays Mellois, petit coin du Poitou. Ainsi en 1741, François POUPINOT fils, se voit refuser le droit sépulture pour son père François POUPINOT, voici comment.

L’histoire.

François Poupinot père, « attaqué par une grosse fluxion » (de poitrine) fin mars 1741, mourut le 31 mars « au soleil couchant ». Le matin du premier avril, son fils alla voir le curé de sa paroisse de Chail (79), absent ce jour là et remplacé par le curé Cameau, ancien prieur. Ce curé leur dit de « l’enterrer où ils voulaient », ce que le fils prit pour un refus.

Aujourd’hui 1 avril 1741 sur les 8 heures du matin, a comparu devant nous Hilaire Collin, conseiller du roi, président, lieutenant particulier et juge magistrat du siège royal de la ville et ressort de Melle, François Poupinot laboureur, fils de François Poupinot garde-étalon demeurant à Miséré paroisse de Chail de notre juridiction, lequel nous a dit que le dit François Poupinot aurait été attaqué il y a 8 ou 10 jours d’une grosse fluxion dont il est mort le jour d’hier, environ le soleil couchant; que ce matin il aurait été chez monsieur le prieur de Chail, leur curé, pour le prier de lui donner la sépulture ecclésiastique; où étant et parlant au dit sieur Cameau ancien prieur du dit Chail, le nouveau curé étant absent; lequel dit sieur Cameau leur aurait dit que ce n’est plus ses affaires; que si cela était il lui dirait ce qu’il fallait faire; mais qu’il n’aurait qu’en l’enterrer où ils voudraient. Lequel dire, ledit Poupinot a pris pour un refus, ce qui qu’il nous a requis de nous transporter au dit lieu de Miséré, pour constater la mort dudit François Poupinot l’aîné, et d’en dresser procès verbal….

Il faut dire que l’ancien prieur connaissait bien cette famille POUPINOT. Ils habitaient depuis plusieurs générations la ferme de Miséré dans la paroisse, ils étaient laboureurs ou garde-étalons. Déjà la sépulture du grand-père Moïse avait posé problème.

Miseré 79500 CHAIL, carte de l’état-major (1820-1866) Géoportail.

Moïse Poupinot avait bien abjuré la religion protestante à Chail en 1681. En 1695. Le prieur de Chail enterre une « brave catholique », Louise MARBEUF l’épouse de Moyse. La famille semble rentrée dans le rang.

Ce 24 mars j’ay enterré céans Louise Marbeuf femme de Moyse Poupinot nouvelle catholique âgée de 50 ans ayant donné des marques de brave catholique en présence de plusieurs témoins qui ont déclarés ne savoir signer.
prieur de Chail. AD 79 CHAIL BMS 1680.1699 (vue 59)
 Moyse Poupinot décéda en 1703 et malgré son abjuration et sa conversion en 1681, c’est une autre histoire.
Le huitième jour de février 1703 Moyse POUPINOT huguenot âgé de 71 ans mort sans vouloir recevoir les sacrements de l’église a été enterré au cimetière dans la sépulture de ses ancêtres par les gens de sa famille sur le refus que j’ai fait de lui appliquer les prières et les cérémonies de l’église catholique en présence de Jacques Poupinot son fils métayer de la Renaudière de Chail et de Jean Poupinot son petit fils qui ont signés et plusieurs autres qui ont déclaré ne savoir signer.
F.M. Savary prêtre de Chail.
AD 79 Chail BMS 1700.1702 vue 22

Moyse Poupinot a refusé les sacrements de l’église, mais a néanmoins eu l’autorisation d’être inhumé dans « la sépulture de ses ancêtres », signe d’ouverture du curé, mais après avoir refusé de lui appliquer les prières et les cérémonies catholiques.

Le fils de Moyse, François avait abjuré en 1680, à Maisonnay quelques jours avant son mariage avec Marie Aubouin. Il était le fils aîné de Moyse, devenu garde-étalon à Miséré paroisse de Chail. C’est de lui dont il s’agit  quand en 1741, son fils aîné François 59 ans souhaite enterrer son père dans « la sépulture de ses ancêtres », ce qui lui est refusé.

Pierre-Auguste Vafflard, Young et sa fille; musée d’Angoulême.

Extrême- onction et relaps.

En effet depuis 1685, il n’y a plus de registres protestants. Pour combler le vide juridique ils sont tenus de déclarer les naissances, mariages et sépultures au curé qui les consigne alors dans les registres catholiques de la paroisse. Nombreux sont ceux qui refusent le sacrement catholique de l’extrême-onction et déclarent vouloir mourir dans la religion protestante, ce qui est considéré comme un crime de relaps. C’est un terme par lequel l’autorité religieuse désigne une personne retombée dans ce quelle considère une hérésie après y avoir solennellement  renoncé.

11 décembre 1685, une déclaration spécifie que les deux plus proches parents du défunts -ou à défaut les deux voisins les plus immédiats- devait notifier le décès au juge royal ou au juge seigneurial et signer le registre tenu à cet effet par lesdits juges.

Mais les dispositions prises contre les relaps font que ces mesures sont peu respectées. En effet, en Avril 1686, Louis XIV déclare que seront punis de galère pour les hommes et de prison pour les femmes ceux qui guérissent après avoir refusé l’extrême-onction. En cas de mort, le cadavre sera traîné sur la claie, jeté à la voirie et leurs biens confisqués. Ce qui explique que les registres de décès protestants sont rares.

13 décembre 1698, déclaration encadrant encore plus sévèrement les nouveaux convertis; Certains nouveaux convertis trouvent alors des ruses pour échapper à l’extrême-onction, comme la déclaration de mort subite.

Quel recours avait les huguenots?

Louis XV rédigea une lettre circulaire le 9 avril 1736, dans laquelle il expliqua dans le détail les règles de tenue des BMS et en particulier la sépulture des protestants.

Art. XII.

Les corps de ceux qui auront été trouvez morts avec des signes ou indices de mort violente, ou autres circonstances qui donnent lieu de le soupçonner, ne pourront être inhumez qu’en conséquence d’une Ordonnance du Lieutenant criminel, ou autre premier Officier au criminel, rendue sur les conclusions de nos Procureurs, ou de ceux des Hauts-Justiciers, après avoir fait les procédures, et pris les instructions qu’il appartiendra à ce sujet ;  toutes les circonstances ou observations qui pourront servir à indiquer, ou à désigner l’état de ceux qui seront ainsi décédés,  de celui où leurs corps morts auront été trouvez, seront insérées dans les Procès-verbaux qui en seront dressez ; desquels Procès-verbaux, ensemble de l’Ordonnance dont ils auront été suivis, la minute sera déposée au Greffe, & ladite Ordonnance sera datée dans l’Acte de sépulture, qui sera écrit sur les deux registres de la Paroisse, ainsi qu’il est prescrit ci-dessus, à l’effet d’y avoir recours quand besoin sera

Art. XIII.

Ne seront pareillement inhumes ceux auxquels la sépulture Ecclésiastique ne sera pas accordée, qu’en vertu d’une Ordonnance du Juge de Police des lieux, rendue sur les conclusions de notre Procureur, ou de celui des Hauts-Justiciers ; dans laquelle Ordonnance sera fait mention du jour du décès, & du nom & qualité de la personne décédée. Et sera fait au Greffe un registre des Ordonnances qui seront données audit cas, sur lequel il sera délivré des extraits aux Parties intéressées, en payant au greffier le salaire porté par l’article XIX, ci après.
Fin de l’histoire.

C’est cet article XIII qui explique la démarche de François POUPINOT pour faire enregistrer de décès de son père François en 1741.

En conséquence nous sommes avec maître Jacques Nicollas, conseiller du roi, son procureur audit siège transporté audit lieu de Miséré ayant avant nous maître Elie François Minot, notre greffier ordinaire et en chemin faisant nous aurions rencontré le sieur curé dudit Chail auquel nous aurions déclaré le sujet de notre voyage, lequel nous aurait dit que la dame de la Groix lui a dit qu’elle a fait tout ce qu’elle a pu pour engager le dit Poupinot père de se reconnaître et de mourir dans la religion catholique, ce qu’il n’a voulu entendre, et que lui ayant fait demander de la part dudit François Poupinot fils de leur accorder de faire enterrer le dit Poupinot dans leur jardin, il leur aurait fait réponse qu’ils l’enterrassent s’ils voulaient dans un fossé; que s’ils l’enterraient dans le cimetière, il le ferait desenterrer et traîner sur la claie
…. En conséquence de la déclaration du roi de l’année 1736, sur ce ouï , et du consentement dudit procureur du roi, avons permis au dit Poupinot d’enterrer le dit cadavre ou bon lui semblera….
Etant au dit Miséré, environ l’heure de midi, les jours et ans que ci-dessus.
signatures..
En cas de refus de sépulture par l’église et en application de l’article XIII du 9 avril 1736, une ordonnance du juge de police est intervenu pour faire faire l’inhumation et « il était fait registre au greffe des ordonnances données dans ce cas ».

Moise Poupinot (1632-1703), son épouse Louise Marbeuf (1645-1695), François Poupinot et Marie Aubouin font parti de mes ancêtres. Le François Poupinot déclarant dans cette histoire est le frère de mon aïeule Marie Poupinot (1699-) qui avait épousée Jean Baivin (Besvin, Bévin) en 1721. Ils sont les ascendants de Jacques PROUST 1829-1863 lui aussi garde-étalon protestant.

 

Repas de famille et généalogie.

Le repas de Pâques, réunion familiale par excellence est une occasion à ne pas manquer pour la généalogie. Je ne sous-entend pas parler de recherches déjà abouties ou en cours mais plutôt pour évoquer des sujets familiaux , pas ceux qui fâchent, mais ceux qui  réunissent, ceux qui font que nous sommes une famille.Je veux parler des souvenirs.
En fin de repas de préférence, quand les estomacs sont pleins, apaisés par la bonne chair et le vin, la conversation peux rouler sur les dimanches anciens , les métiers, les « tu te souviens », les souvenirs qui font pétiller le regard et sourire aux anges. Les plus jeunes écoutent, apprennent et comprennent leur propre famille, posent des questions, s’étonnent, les plus anciens racontent, mais pas que. Le généalogiste qui est en nous n’est jamais assoupi et veille. c’est le moment de lancer une idée, un sujet, comme une bouée à la mer.
Ce jour là, nous avons évoqué les fêtes pascales d’il y a 50, 100 ans, les dimanches à la campagne et  la cueillette des primevères. C’était les dimanches où Nelly recevait ses enfants, petits enfants à La Crèche (79). Nous en sommes venus allez donc savoir comment, à parler de baudet du Poitou, de la famille Proust.
Pour mieux expliquer les baudets, aux plus jeunes, je suis aller chercher un livre (excellent) de Éric Rousseaux « Le Baudet du Poitou, le trait poitevin mulassier et la mule poitevine  » bien documenté et bien illustré.
baudet poitou livre

Le baudet du Poitou, Eric Rousseaux

Celui-ci a circulé autour de la table suscitant diverses réflexions, .. …
-ah, tu te souviens….
-Je suis sure, Suzanne, la fille de Nelly, allait encore dans les années 1980 rendre visite à une personne de sa famille en Charente-Maritime, du coté de Royan. Elle avait un élevage de baudet…
-mais si, tu ne te souviens pas?
-mais son nom?!……
Il suffit qu’une personne s’empare du livre et dise;
– moi je vais trouver….
si cela ne marche pas à tous les coups,  ……Il arrive que….
le doigt pointé sur une photo du livre;
– c’est elle .
Je peux vous assurer que c’est un pur moment de joie généalogique, nous pressant tous autour du livre, ne pouvant nier l’évidence, elle ressemble trop à Suzanne Desage, c’est une Proust, forcement.
Elle s’appelait SUZANNE AUGER.
Mon lundi de Pâques a été bien employé, à faire son arbre généalogique. Je peux maintenant confirmer,
Suzanne Auger à une ascendance Proust.

 

Jacques et Louise PROUST, logis du Courteil de Sainte Blandine.

Rassurez-vous, je ne vais pas reproduire tous les éléments de l’inventaire. Je vais plutôt évoquer ce qui m’a surprise, intriguée, ce qui est obligatoirement subjectif.

Avant tout la disposition du logis, ou ce que je déduis de ce document.  Entrons par la grande porte, un vestibule dessert à droite la pièce principale d’habitation et un petit salon. De l’autre côté, un appartement avec cinq armoires dont une contient les effets des « mineurs Proust », les deux garçons, je suppose. Vient ensuite la cuisine, un appartement derrière celle ci, un autre à coté, et la cave.

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Jacques PROUST garde-étalon et l’industrie mulassière.

L’histoire des gardes-étalons est à rapprocher de celle des haras et de la politique extérieure du royaume car, n’oublions pas  Louis XIV et  les guerres incessantes durant tout son règne. Ce sont elles qui  ont obligées à développer le commerce des baudets qui s’est avéré lucratif pour toute la région. En effet, comment transporter toute l’artillerie de guerre, les boulets, couleuvrines et autres si ce n’est à dos de mules surtout si elles ont le sabot sûr en montagne, sont résistantes, peu exigeantes, ce que nous démontre Jacques BUJAULT en 1865.

Qu’est ce donc que la mule s’est écrié Jacques BUJAULT. Un animal qu’il faudrait créer si il était inconnu; sa place est marquée depuis des siècles; le bœuf pour les marais, le cheval pour les plaines; le mulet pour la montagne. Sobre comme le chameau, le mulet supporte la faim la soif les privations avec une courageuse résignation. Il vit de peu, il aime les climats chauds, il n’est jamais malade. On en use on en abuse il a un cœur de fer et travaille toujours. Robuste et vif il a en lui une force incalculable. Il porte des fardeaux, laboure traîne rapidement ou lentement une voiture gravit ou descend une montagne comme l’onagre du désert. Que ferait le midi de l’Europe sans la mule? Le bœuf est lent, consomme beaucoup, la chaleur l’atterre. Dans le midi le cheval de l’ouest ou du nord se couvre de sueur, s’amollit et s’énerve; gravira t il ces montagnes, les descendra t il avec un lourd fardeau? Il sera usé dans une année. Voilà comme maître Jacques a parlé de la mule pour en faire apprécier l’utilité à ceux qui ne la connaissent pas.

Environ 8000 mules d’un an sortent du Poitou; c’est quelque chose comme les deux tiers de la production totale…..L’autre tiers est vendu à deux quatre et cinq ans jamais à trois : il n’en reste guère à 6 ans.
La Gazette du village, 1 janvier 1865.
 Tout le monde n’est pas aussi élogieux, certains comparent même le baudet du Poitou à « un tonneau sur 4 pots-eaux »….Mais ces qualités ont été mises en avant dès le XVIème siècle, et les marchands sont venus de loin sur les foires pour acheter ces « admirables mules », de plusieurs provinces de France voire même de l’étranger.

Jacques PROUST, garde-étalon au Courteil de sainte Blandine.

La visite des archives départementales des Deux-Sèvres faisait parti de mes résolutions 2014. Je reconnais ne l’avoir réalisé que très partiellement puisque je n’y suis allée qu’une fois, et renouvelle donc ma résolution pour 2015. J’ai découvert un milieu passionnant, très codifié, et très respectueux des documents et des gens. Après avoir laissé mes effets personnels au vestiaire, muni d’un crayon de papier et de mon téléphone pour prendre des photos, je me suis inscrite et j’ai demandé de l’aide pour ma recherche. Mon but était précis. Je voulais trouver le contrat de mariage de Jacques PROUST (1829.1863) et Louise Suzanne PROUST (1830.?) le mercredi 3 novembre 1847 à L’Enclave de la Martinière (79)). Ce document me paraissait stratégique pour vérifier mes recherches. Le président de salle m’a orienté différemment avec succès, et m’a fait rechercher un acte beaucoup plus complet, qui mentionnait également un inventaire après décès.

Jacques Proust est le grand- père maternel de Nelly, décédé très jeune à 34 ans en 1863 , 9 ans avant sa naissance et qu’elle n’a donc jamais connu. Il est né le 23 septembre 1829 à Beaussais (79), marié à 18 ans en 1847 avec Louise Suzanne Proust 17 ans. née le 16 septembre 1930 au Courteil de sainte Blandine. Ils ont eu 7 enfants dont 5 encore vivants à son décès, 3 filles Louise , Marie, Suzanne et 2 garçons Jacques, François. Rien n’explique les causes de son décès. Jacques PROUST était garde-étalon, comme le sera son fils jacques.  Je n’avais jamais entendu parler de cette profession avant de faire ces recherches  généalogiques. je savais juste que dans la région on parlait des baudets du Poitou, avec respect et comme d’une race en voie d’extinction. A noter que Jacques Proust est garde-étalon au Courteil de sainte Blandine (79) qui est aussi le lieu de naissance de sa femme Louise Suzanne Proust, ce qui sera probablement l’objet de ma prochaine recherche.

 

 

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