Inhumé dans le ballet de l’église.

BALLET vous avez bien lu. Balet, ou ballet et non pas balai. Le balet d’une église est une pièce d’architecture ancienne ainsi appelée dans le Poitou qui peut être nommée « caquetoire » ailleurs.  En ces années là, le curé Delacroix de la paroisse d’Exireuil est plutôt bavard, surtout quand il s’agit d’inhumation et nous parle de ce jour de février 1660, où un homme fut inhumé dans le balet.

le mardi 3 jour du présent mois de février 1660, fut enterré le corps de Jehan Barreau métayer à la Roche d’Aubigné. Le corps du dit Barreau fut inhumé dans le ballet de l’église a cause de la gelée, âgé de 60 ans
Delacroix sépultures 1660.1661 vue 2
1 MI EC 91 R 276 coll communale

En ce mardi 3 février 1660, le gel avait du prendre le sol depuis plusieurs jours, le temps ne devait donner aucun signe d’amélioration. La terre gelée ne pouvant être creusée, rien n’étant prévu dans ce cas, la communauté dû alors prendre une décision si peu ordinaire que le curé Delacroix le mentionne dans son registre d’inhumation.

Définition

Située le plus souvent devant l’entrée, le balet désigne   un espace couvert en forme de auvent ou une avancée de toit ou encore une galerie couverte de tuiles dans la région. Souvent placé devant la porte, le balet pouvait plus rarement être accolé sur un des cotés de la nef. Ce auvent avait pour fonction de protéger la porte de l’église souvent une porte romane,  d’abriter les paroissiens et paroissiennes en cas de pluies, d’intempéries. C’était le lieu ou on échangeait des nouvelles des familles, savoir qui était le dernier né, les prochains mariages ou les dernières inhumations.

Le terme balet  peut également désigner une maison dont l’étage est desservi par un escalier extérieur protégé par un auvent.

Henri Martin, la vieille maison (1904), Musée Fabre Montpellier.

Étymologie

Le terme balet est peu connu et pourtant fréquent en Charente et Charente maritime. On en connait pas l’origine, mais il est mentionné par Gilles MENAGE dans son dictionnaire étymologique de la langue française.

« Ce pourroit bien être un mot de province. Mais d’où vient-il ? Peut-être balet en ce sens, signifie-t-il proprement ce petit toit qui règne le long d’un tripot pour y recevoir des bales » ; ici le terme tripot doit être pris avec son sens d’autrefois, à savoir un lieu couvert où se pratiquait le jeu de paume. Cette définition est reprise par Antoine Court de Gébelin en 1788, sans pouvoir préciser davantage l’origine du mot mentionné comme relevant du vieux français.
L’église St Vincent d’Exireuil telle que l’a connu le curé Delacroix n’existe plus. En effet, l’église actuelle fut construite sur l’emplacement de l’ancien cimetière entre 1869 et 1873, soit bien longtemps après. La première église, l’église St Vincent d’Exireuil dont on parlait depuis le 14e siècle était à quelques dizaines de mètres de l’église actuelle, un édifice roman, en parti détruit par les protestants, et démoli définitivement en 1873. On ne peut donc qu’imaginer cette église romane et son balet. Il existe néanmoins encore quelques auvents témoins de cet ancien temps.

Le prieuré Notre Dame de Champdeniers situé à Champdeniers Saint Denis (79), construit avant le 12e siècle, possède un petit parvis abrité par un auvent cachant une partie de la façade. De nombreux balets ont disparus surement pour cette raison. Celui-ci nous donne une idée de cette pièce d’architecture. Rien ne permet de dire qu’il ressemblait à celui d’Exireuil, mais il s’agit bien d’un balet.

L’église Notre Dame de Soudan (79) église d’architecture rustique, construite au 12e siècle, appartenait à l’abbaye de St Maixent (79). Elle n’a subit que peu de modification jusqu’au 18e siècle. Elle a le charme des petites églises rurales.

L’église Notre Dame de Clavé (79) située dans le Gâtinais, dominant aujourd’hui le lac artificiel de la Touche-Poupard, datant du 12e siècle, possède un auvent sur une charpente en bois devant le portail.

L’église  Sainte Eulalie de Secondigny (79), dont le portail sud est protégé par un auvent.

D’autres auvents couverts existent dans les régions du centre,   l’Orléanais, le Gâtinais, la Sologne, le Berry, le Bourbonnais. Ils prennent alors le nom de caquetoire, sont situés dans des villages plutôt que dans le milieu urbain, datent des 15e et 16e siècle et sont comme pour les balets accolés à des églises romanes.  Les paroissiens pouvaient  s’asseoir sur les murets ceinturant le auvent pour « caqueter » (parler à tort et à travers),  échanger des nouvelles au sortir de la messe, ce qui serait à l’origine du mot caquetoire. Il en existe de très beaux et bien conservés.

La liste n’est pas exhaustive. Le terme de balet, ballet caquetoire est peu connu, mais on les voit sans les nommer ou alors sous le terme plus général de « auvent ». Je vous laisse les découvrir ou encore redécouvrir à l’occasion des balades de printemps.

 

 

 

 

Mort pour avoir mangé trop de pain en 1663, à Exireuil (79).

Cette ligne alerta mon attention. Elle est dans le registre d’ Exireuil (AD 79) écrite par le curé de la paroisse, le curé Delacroix en 1663. Cet acte peut être lu comme une anecdote rare, ou on peut imaginer aller plus loin le remettre dans son contexte historique. Il prend alors une autre signification, change le regard qu’on lui a porté, et nous parle d’une crise de subsistance, la crise de l’Avènement.

février 1663
le dimanche 25 du présent mois de février susdit an  décéda Daniel Fournier nommé le Rouge au logis noble de la Chalonnière pour avoir trop mangé de pain gît dans le cimetière de céans
 Curé Delacroix
AD 79 Exireuil, BMS 1662.1678 vue 78

 

Salvador Dali, la corbeille de pain, 1926, Salvador Dali Museum, St. Petersburg (États-Unis)

Le curé Delacroix exerça son sacerdoce à Exireuil depuis environ l’année 1658 jusqu’au moins 1677, date après laquelle les archives ne sont plus en ligne avant 1693.  La transcription de ses actes de baptêmes est très classique. Sur le registre de 1662 à 1678 ( 1MI EC 91 R 276), il y a quelques pages où le curé Delacroix semble s’exprimer avec plus de franchise …Est ce une fin de carrière, ou une époque plus troublée que les autres?.

Nous sommes au début de l’année 1663, le curé de campagne était surement plus proche de ses ouailles que de l’épiscopat,  Louis XIV règne alors et pour tous ces hommes, la vie n’est pas rechercher le bonheur ou une bonne manière de vivre, mais plutôt chercher à survivre, ce qui est particulièrement vrai en cette période entre 1660 et 1663.

Un enfant sur quatre mourrait avant d’avoir atteint ses un an. Certaines années les récoltes étaient calamiteuses, il suffisait d’un printemps pluvieux, d’un été pourri, d’une récolte trop pauvre, suivi d’un hiver trop rigoureux, la famine était assurée.  Une famine toucha la France de 1661 à 1662,  conséquence de l’hiver rigoureux de 1660.  Les pluies continuelles du printemps et de l’été 1662 après de mauvaises récoltes les années précédentes compromettent les récoltes suivantes, font flamber les prix et les paysans souffrent de la faim.

Cette crise toucha toute la France mais plus particulièrement l’ouest du pays, le Val de Loire, le Bassin Parisien, la Normandie. Elle eut lieu juste après la prise de pouvoir absolu par Louis XIV, le 10 mars 1661, et fut nommée pour la circonstance, crise de l’Avènement.

Le pain est la première denrée alimentaire à l’époque, le pain blanc pour les gens des villes et le pain bis pour ceux des campagnes. Toutes les céréales y passaient, le froment,  le seigle, et si on manquait on pouvait y mettre du sarrasin, de la châtaigne, du mais, du millet. Un homme adulte mangeait en moyenne 1.5 kg de pain par jour, les enfants environ une livre, ce qui fait trois ou quatre kilos de pain par jour nécessaires pour une famille de cinq personnes. C’est dire l’importance des récoltes!

Ceux qui voulaient aller vers les villes, moins touchées par la famine étaient refoulés pour éviter les épidémies en appliquant l’adage, « chacun ses pauvres ». On parlait de pourpre à cette époque (rougeole, scarlatine) mais aussi  dysenteries, et de peste en 1662.1663.

Un retour rapide sur les archives départementales d’Exreuil confirme cet état de crise.

naissances
décès
Exireuil 1662
20
49
Exireuil 1663
18
18
Exireuil 1664
26
14
Exireuil 1665
29
5
Exireuil 1666
18
14
Les naissances 1662 et 1663 sont un moins nombreuses qu’en 1664 et 1665, mais c’est surtout la vague de décès de 1662 qui est énorme. 49 décès ont été enregistré par le curé Delacroix  !!! Presque 4 fois plus qu’en 1664 ou encore 1666, sans parler des 4 décès de 1665.

Relire cet acte de décès, avec ces informations, nous donne un autre éclairage, sur un homme, sur le curé, sa paroisse et ses paroissiens.

La relecture de cet acte en février 1663, juste après l’année  où il avait inhumé 49 de ses paroissiens, remis dans son contexte ne donne pas à rire, ni même à sourire. Le curé Delacroix a t’il voulu exprimer son désarroi devant un homme qui avait eu tellement peur de manquer, ou tellement faim, ou le souvenir de la famine de l’année précédente qu’il s’est étouffé avec du pain. Nous ne saurons jamais ce qu’il a voulu dire, mais c’était surement important pour lui pour qu’il le note dans son registre.

Louis Le Nain, Famille de paysans

Avoir été plus loin, remis cet acte dans son contexte , est ce que j’aime en faisant de la généalogie, inscrire la petite histoire dans une histoire plus grande, qui est aussi celle de nos ancêtres, dans ce cas dix ou onze générations avant moi.

 

Ligne de vie et ascendance INGRAND.

L’idée d’utiliser la ligne de vie d’un ancêtre m’avait séduite, jusqu’à ce que je constate que l’assistant de recherche fourni par le logiciel hérédis me suffisait. Elle me donnait la chronologie d’un individu avec les différentes étapes de sa vie, tout en permettant de visualiser l’état des recherche. J’utilise donc cette ligne de vie autrement;  comme  outil de comparaison entre deux individus ou encore deux couples. L’idée s’impose en face de l’ascendance de Madeleine Ingrand (Sosa 151, génération 8) née on ne sait où et décédée à Vouillé le 18 décembre 1817.

Mariage au Desert, Gravure de Samuel Bastide, http://www.museeprotestant.org/0000002343l/

Madeleine Ingrand épouse Jean Ingrand le 12 octobre 1778. Le mariage est célébré par le pasteur Gobinaud et inscrit sur les registres d’une commune indéterminée. L’époux, Jean est le fils de Jean Ingrand et Marie Marché demeurant au bourg de Fressines (79) et l’épouse Madeleine est la fille de Jean Ingrand et Marie Suire demeurant à Montaillon paroisse de Mougon (79).

Une recherche rapide sur geneanet donne une seule réponse en plusieurs exemplaires sur le premier couple Ingrand-Marché, mais plusieurs réponses différentes sur le deuxième Ingrand-Suire.

Un couple Ingrand-Suire vit à St Martin de St Maixent, s’est marié en 1710, eut au moins 11 enfants, voire 16. Ils sont donnés comme les parents probables de Madeleine Ingrand. Des détails me titillent, il y a des incohérences. C’est ce qui m’a décidé à faire une ligne de vie ou plutôt deux de ce couple Ingrand-Suire. L’estimation de l’âge la deuxième Marie Suire est calculé par rapport à la naissance des enfants.

Jean Ingrand
Marie Suire
Jean Ingrand
Sosa 302
Marie Suire
Sosa 303
naissance
avant 1690
24.3.1689
St Martin St Maixent
?
?
estimation vers 1720
mariage
9.9.1710 St Martin de St Maixent           avec
………
?
enfants
Françoise 8.9.1711 Saivres
Marie       6.10.1713 St Martin St Maixent
Michel      28.8.1715 St Martin St Maixent
Louise      9.10.1717 St Martin St Maixent
Jean        5.6.1721   St Martin St Maixent
Madeleine 5.8.1722  St Martin St Maixent
Pierre      23.11.1723 St Martin St Maixent
René       10.12.1724 St Martin ST Maixent
Jeanne    1726
Jeanne    29.5.1727 St Martin St Maixent
Marguerite 1729      St Martin St Maixent
Madeleine vers 1744 ?
Sosa 151
Daniel vers 1747 ?
Marie 1.1.1751 Ste Blandine
Pierre 3.4.1753 Ste Blandine
Jeanne 6.4.1757 Ste Blandine
mariage des enfants
Marie 27.7.1734         St Martin  St Maixent
Louise 26.9.1742        St Martin St Maixent
Françoise 28.7.1746   St Martin St Maixent
Jean    11.7.1747       Saivres
René   23.10.1759     St Maxire
Madeleine 12.7.1762 St Martin St Maixent
Marguerite 27.9.1762 St Martin St Maixent
Madeleine 11.10.1778 C.indéterminée
Daniel 15.1.1787 C. indéterminée
Marie 27.10.1781 St Romans les Melle
Pierre 9.6.1789 C.indéterminée
décès
avant juillet 1762
avant sept 1762
avant 1778 ?
?

Mis en tableau, il est évident que se sont des couples homonymes, et si le premier est bien connu, il reste beaucoup à rechercher sur le deuxième.

Le Jean Ingrand de St Maixent serait lui meunier, fils d’Abel, meunier,décédé à St Martin de St Maixent et de Louise Gascon . Marie Suire, sa femme née le 24 mars 1699 à St Martin de St Maixent, de Pierre Suire boulanger et de Marie Dubois. Elle avait 22 ans à la naissance de son premier enfant et 39 ans à la naissance du dernier en 1729 et ne peut donc pas avoir eu d’enfant de 1744 à 1757. Si l’aînée naquit à Saivres, les autres sont nés à St Martin. Ils eurent 4 fils et 7 filles. L’aîné des garçons est né en 1715, le deuxième Jean né en 1721 fut boulanger, le troisième Pierre est né en 1723, René le quatrième né en 1724, farinier. Parmi les filles, Marie épouse Jacques Mochon meunier, en 1734 et Louise épouse Jean Mochon meunier en 1742. L’ascendance et la descendance sont donc clairement dans la meunerie entre St Martin de St Maixent et Saivres

Le Jean Ingrand de Ste Blandine (Sosa 302, génération 9) serait maréchal, de même que ses fils Daniel à Ste Blandine et Pierre à Verrines sous Celles. Son mariage avec Marie SUIRE est introuvable et devrait se situer vers 1744, leurs ascendances inconnues, leurs décès sont également introuvables, ce qui peut s’expliquer par leur religion protestante.

Jean Ingrand et Madeleine INGRAND eurent une fille unique, Marie Madeleine née en 1780, ce qui est prouvé par la déclaration des non catholiques faite par Jean Ingrand à Sainte Blandine le 29 décembre 1788, déclaration de mariage et de naissance faite le même jour.

La seule solution pour le couple Ingrand-Suire consisterait à rechercher aux Archives Départementales le contrat de mariage établit en 1778 par le notaire Boisseau à Melle, ou encore rechercher un testament ….

Piet Mondrian, Boogie-Woogie, 1942, Museum of Modern Art New York.

 

La ligne de vie comparée a au moins permis de déterminer qu’il s’agit bien de deux couples homonymes.

 

Comment Marie Madeleine INGRAND me fait-elle tourner en rond?

Depuis bientôt trois mois j’arpente les archives des Deux-Sèvres à la poursuite de l’ascendance Moreau. Cette recherche est maintenant orientée vers Marie GIRARD, la mère de Pierre MOREAU, instituteur, direction Sosa 37, génération 6, née en l’an XIII à Aiffres (79) et décédée à La Crèche en 1866. Cette ascendance est pour le moins compliquée, une famille INGRAND y apparaît des deux cotés, sans que je puisse les rapprocher et tout cela dans le périmètre étroit de Beaussais, Thorigné, Sainte Blandine et Fressines, aux environs de Celles-sur-Belle (79).

 

Carte Cassini, Thorigné, Sta Blandine 79

L’aventure commence avec les parents de Marie Girard et un acte de mariage, celui de Jean Girard avec de Marie Madeleine INGRAND le 27 fructidor an 10 (14.9.1802) à Thorigné (79).

Jean GIRARD né le 21 du mois de mai 1780 est le fils de François Girard et de Michelle Vincent domicilié à Thorigné département des Deux-Sèvres
Marie Madeleine INGRAND née le 22 septembre 1780 domiciliée à Tauché commune de Sainte Blandine département susdit.
AD 79 Thorigné naissances, mariages décès: 1793-an X (vue 225)

La grand-mère de l’époux Jean Girard a pour nom Elisabeth Ingrand.

Du coté de l’épouse, Marie Madeleine Ingrand, même après plusieurs relectures, je n’ai pas vu mention de ses parents. Étaient ils décédés? simplement consentants non présents? il ne reste que la date de naissance et la piste des témoins:

Daniel Girard âgé de 24 ans frère de l’époux domicilié à Thorigné, François Girard âgé de30 ans frère de l’époux domicilié à Thorigné, Daniel Ingrand oncle de l’épouse, âgé de 50 ans domicilié à Ste Blandine, François Vinatier 29 ans beau frère domicilié à Thorigné département susdit.
AD 79 Thorigné naissances, mariages décès: 1793-an X (vue 225)

La date de naissance le 22 septembre 1780 est la première piste, mais ne donne rien ni à Sainte Blandine ni aux alentours. Il reste les registres protestants. C’est dans les registres de la commune indéterminée, BMS 1775-1791 tout en bas de la page, un peu rogné par le temps que je trouve ce qui pourrait être son acte de baptême.

Je soussigné certifie que le 24 de septembre 1780 j’ai batisé Marie Madeleine fille légitime de Jean Ingrand et de Marie Madeleine Ingrand demeurant à Saumon paroisse de Ste Blandine né le 22 de l’an susdit, présentée au baptême par Pierre et Marie Ingrand. Les témoins sont Pierre et Jacques ….
Pasteur Gobinaud
Commune indéterminée, BMS protestants, 1775-1791 (vue 69)
 J’admet donc cette hypothèse, la date concorde, le lieu aussi.Jean Ingrand et Madeleine Ingrand sont manifestement protestants, je recherche donc leur mariage dans le même registre jusqu’en 1778:
je soussigné certifie et atteste que le 12 octobre 1778 j’ai béni après la publication des promesses et bans sans opposition le mariage de Jean Ingrand, fils de Jean Ingrand et de Marie Marché demeurant au bourg et paroisse de Fressines d’une part avec Madeleine Ingrand fille de Jean et Marie Suire demeurant à Montaillon paroisse de Mougon d’autres part. Les témoins sont Jean Bonnet Jacques Pairaud, Jean et Pierre Ingrand qui ont promis de signer le registre de l’église
pasteur Gobinaud
AD 79 commune indéterminée-BMS protestants:1775-1791 (vue 39)
 Les INGRAND apparaissent ici deux fois. Les parents sont bien identifiés. Le premier couple est bien « connu » sur geneanet.
1. Ascendance du marié.
Jean Ingrand né à Beaussais en 1698, épouse à 35 ans Marie Marché née en 1709 à Sainte Blandine. Jean Ingrand est apparemment leur seul fils né en 1735 à Ste Blandine. Jacques Ingrand, son frère et Elie Sabourin son beau-frère époux de Marie Ingrand sont les témoins du mariage.
Si on remonte encore cette branche Ingrand, Jean Ingrand né en 1698 serait le fils de Abel ou Elie Ingrand, bottier, né vers 1654, mari d’Elisabeth Gadeau qu’il a épousé en 1686 à Beaussais.
2. Ascendance de la mariée.
Madeleine Ingrand fille de Jean et Marie Suire, l’ascendance parait simple puisqu’il y a un couple qui a vécu à St Martin de St Maixent et eut plus de 16 enfants, mais c’est tout simplement impossible comme je vous l’expliquerai dans le prochain épisode Ingrand.
Et si j’ajoute qu’il y a une Elisabeth Ingrand (parents inconnus), née vers 1700, épouse d’un maréchal Charles Girard arrière grand-mère de Marie Girard (voir au début), vous comprendrez mon désarroi et pourquoi je tourne en rond depuis trois mois….malgré une base de données de nommés INGRAND qui s’allonge….s’allonge…..
Soit j’efface tout et je passe à autre chose, j’en suis incapable, soit je continue….
Cela vous arrive-t-il de rester bloqué sur une recherche sans avancer, ni reculer? Comment en sortez vous?

Kandinski, Olympe.

 

 

 

Le Drame de Grand Ry, 22 février 1688

C’est un triste anniversaire qui toucha profondément la communauté protestante en 1688. Depuis début février de la même année, malgré l’interdiction de religion et de rassemblement, des protestants avaient fait le choix de se retrouver « dans un logis de campagne nommé Grand-Ry qui était fort éloigné des papistes, Ce logis appartenait à des gentilshommes de la Religion, qui avaient tout abandonné pour se retirer dans les pays de liberté. Il y avait là un fermier nommé ROUSSEAU, aussi de la Religion. On prit donc la résolution de s’assembler dans la cour de ce logis, qui était close tout alentour de hautes murailles. »  Des bruits avaient courus, les dragons allaient venir, les dragons allaient intervenir, mais rien n’y fit, la tentation de se retrouver pour prier, la frustration des dernières années depuis la révocation, la volonté de montrer que la communauté protestante était bien vivante….jusqu’à ce jour funeste.

Depuis la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685, les temples étaient démolis, les pasteurs traqués ou même mis à mort, les assemblées interdites et depuis l’ordonnance royale du 12 juillet 1688, les organisateurs de telles manifestations étaient soit mis à mort (prédicants et pasteurs),soit envoyés aux galères pour les hommes, en prison pour les femmes.

Dans les régions où les protestants sont nombreux, la résistance est publique. D’abord ils s’abstiennent massivement d’aller à la messe lorsque les dragons s’éloignent. Surtout, ils convoquent des assemblées secrètes dans des lieux écartés, le plus souvent de nuit, pour le « prêche » et éventuellement la cène. Contrairement aux premières assemblées, il n’y a plus de pasteurs pour les présider puisqu’ils ont dû ou fuir ou abjurer. Ce sont donc des laïcs qui convoquent et conduisent les assemblées : les prédicants.
Musée virtuel du Protestantisme.

Le choix pour ces assemblées avait alors été de les faire dans la campagne dans des endroits choisis pour se défendre.

desert-protestant

Le Désert : assemblée de protestants à Lecques près de Nîmes © S.H.P.F.

Le Grand Ry est situé dans la commune d’Aigonnay, au nord du canton de Celles-sur-Belle, en Moyen Poitou, entre Thorigné et Prailles. Dès 1572, il y eut un pasteur du nom de Novel, dont l’activité fut à l’origine d’une forte implantation protestante dans le pays mellois.

desert-mariage

Mariage au Désert, gravure de Samuel Bastide © Musée du Désert

En ce jour de février, il dut y avoir un grand remue-ménage dans le pays. On dit que l’assemblée était formée de 7 à 800 peut être même 1800 protestants. Leur arrivée n’a pas du passer inaperçue. Elle n’est pas passée inaperçue non plus des papistes ni des dragons. On peut même y voir une forme de provocation. Plusieurs assemblées étaient prévues ce même jour autour de Saint Maixent. L’intendant Foucault, présent ce jour là pris la tête de ses troupes. Ils encerclèrent et fondirent sur l’assemblée la plus proche, celle du Grand Ry, un pré entouré d’un ruisseau et d’une haie, gardée par 10 hommes armés, qui tirèrent sur un lieutenant et 10 dragons envoyés en reconnaissance. Les dragons tirèrent alors sur les protestants, « comme sur une nuée de pigeons ».

desert-surprise

L’assemblée est surprise, gravure de Samuel Bastide © Musée du Désert

D’après plusieurs témoignages il y eut 6 morts sur le champ, de noms inconnus.

Selon des témoignages, 200 personnes furent arrêtées, mises sous bonne garde dans une grange pour la nuit jusqu’au matin, où curés et seigneurs vinrent pour demander la libération de certaines de leurs ouailles. l’intendant Foucault envoya son rapport circonstancié à Louvois le lendemain 23 février. Il en fut hautement félicité car le roi précisait «qu’on ordonne aux dragons de tuer la plus grande partie des coreligionnaires qu’ils pourraient joindre sans épargner les femmes».

Le lendemain lundi 23 février 1688, il y eut un semblant de jugement. Trois hommes périrent sur l’échafaud à Saint Maixent.

Thomas Marché, maréchal-ferrant de Thorigné, lecteur et prédicant, fut pendu le 23 février 1688.

Jacques Guérin, de Sainte Blandine lecteur et prédicant, fut pendu à Saint Maixent le 23 février 1688.

Pierre Rousseau, le fermier de Granry qui avait mis ses terres à disposition de l’assemblée,pendu également.

L’intendant Foucault fait état dans ses mémoires de 6 autres pendus, 31 envoyés aux galères perpétuelles et deux femmes condamnées au fouet. Parmi les 31, 29 hommes ont été identifiés. Ils avaient entre 20 et 61 ans, ils étaient laboureurs, journaliers, maréchal, charpentier ou encore valet de meunier.

Enchaînés, ils partirent le 7 mars pour Poitiers,  transférés à Tours ils firent une quarantaine de jours de marche pour atteindre Marseille le 7 juin. Un certain André Moreau de 24 ans est décédé, un Abraham Nocquet d’Aigonnay décédera après 3 ans de galères. Trois hommes ont fait 25 ans de galères, cinq autres furent déportés en Amérique, plutôt les Antilles.

desert-grand-ry

Plaque commémorant l’assemblée du Désert au Grand-Ry (Deux-Sèvres) surprise par les dragons en 1688. © Musée du Poitou protestant

En 1951, une plaque commémorant ce site du souvenir porte l’inscription;

EN CE LIEU

SPÉCIALEMENT DE 1688 A 1706

SE RÉUNIRENT

DES ASSEMBLÉES DU DÉSERT

L’UNE D’ELLES FUT SURPRISE

LE 22 FÉVRIER 1688

IL Y EUT 200 PRISONNIERS

31 CONDAMNES AUX GALÈRES

ET 15 MARTYRS

EN SOUVENIR DE CEUX QUI

NOUS ONT PERMIS DE PRIER

DIEU EN PAIX AUJOURD’HUI

LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 1951.

L’affaire fit grand bruit, de Marseille jusqu’à Versailles. Louis XIV fut il l’instrument aveugle de ces barbaries? Les jésuites de Poitiers écrivait au père Lachaise qu’on « réduisait par des voies douces et efficaces les nouveaux convertis à leurs devoirs ». Celui ci répondait que le roi prenait un singulier plaisir à l’entendre…..

BIBLIOGRAPHIE:

Elisabeth et Guy Vidal.

Le Musée du Désert.

le Musée virtuel du Protestantisme.

«Mémoires de N.J.Foucault, intendant du Poitou» dans « Documents inédits sur l’Histoire de France » Paris 1862 p.219 –

Maurice Pezet: «L’épopée des camisards» Seghers 1987 p.233 –

«Journal de Jean Mignault, maitre d’école 1681»

Beauchet-Filleau. Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou. Poitiers : Oudin, 1891.

 

Quand Pierre Moreau épouse sa nièce en 1806 …

Ce pourrait être un article insolite (généathème) si ce n’était pas aussi courant à cette époque là, enfin presque.

C’est l’histoire de Pierre Moreau, bordier à Exireuil, né au lieu dit les Noues (Nouhes) le 2 février 1750. Il était exirois, habitant d’une paroisse très près de Saint Maixent (79), dans une campagne principalement agricole. Il a 38 ans quand il épouse une jeune veuve sans enfants de 44 ans, Jeanne Goyon (ou Goy selon les époques et les orthographes) .

Jeanne Goyon était veuve de Pierre Martin, avait eu cinq enfants tous décédés en bas âge, avant le décès de leur père en 1782, à Fontournable d’Exireuil.

van-gogh-les-mangeurs-de-pomme-de-terre

Vincent Van Gogh, les mangeurs de pommes de terre, 1885 Musée van Gogh, Amsterdam (Pays-Bas)

Jeanne GOYON et Pierre MOREAU se marient le 21 octobre 1788, peu avant la révolution. Ce sera un mariage sans enfant. Jeanne décède le 26 février 1806, à 61 ans, le décès est déclaré par sa sœur, Marie GOYON.

Marie et Jeanne Goyon sont les deux filles d’André journalier à Exireuil et de Jeanne Nicolas. Marie épousa Jean Borrit en 1778. Elle fut la mère d’ au moins deux enfants, Pierre et Marie-Jeanne Borrit.

C’est cette Marie-Jeanne  BORRIT née en 1779 que Pierre Moreau épouse le 18 novembre 1806. Il a alors 56 ans, elle en a  27 ans, 29 ans d’écart. Elle est sa nièce par alliance.

C’est un mariage qui durera 22 ans, jusqu’au décès de Pierre Moreau le 8 janvier 1839 à l’âge respectable de 88 ans. Ils eurent deux enfants.

1.Pierre MOREAU né le 10 août 1807, à Exireuil, sera bordier à  Fontournable Exireuil, comme son père, épousera Madeleine MONNET à Exireuil en 1845 et aura deux enfants. Il décédera à Nanteuil en 1886 chez son gendre Pierre Barbier.

2. Louis MOREAU le cadet, naîtra le 14 septembre 1810 à Fontournable. Son père a alors 60 ans, sa mère 31 ans. Son enfance, son éducation sont inconnues sinon qu’il fut protestant, élevé à Fontournable  d’Exireuil. Il partit faire son service militaire à 20 ans en 1831, repris du service en 1838, en remplacement d’un autre. Il fut nommé voltigeur en 1841, et libéré en décembre 1843. Sa carrière fut une carrière militaire. C’est de son livret militaire dont il fut question il y a deux ans.

Louis Moreau revint au pays, épousa Marie GIRARD en 1843. Ils s’installèrent à la Crèche comme domestiques.

Un fils unique Pierre Moreau naquit le 23.2.1845 à Breloux, devint instituteur et en 1874 père de Nelly.

Le recensement de 1881 à Celles sur Belle (79) nous donne une image de cette famille. Dans l’école de Celles rue de la Mairie vivent alors Pierre MOREAU, 38 ans chef de famille, Marie PROUST son épouse 32 ans, Nelly MOREAU 8 ans fille, Louis MOREAU 72 ans, le père du chef.

Nelly connut bien son grand-père, mais son arrière était décédé depuis longtemps (35 ans avant sa naissance)  et rien ne dit qu’elle eut connaissance de cette histoire. Mais c’est elle qui conserva le livret militaire de son grand-père Louis Moreau, un signe de respect.

 

 

Le Grand Hiver 1709 en Poitou.

Quand une vague de froid submerge la France, on en vient toujours à raconter les hivers anciens, en particulier ceux de 1985 ou encore celui plus ancien de 1956. C’est d’un autre hiver dont je viens vous parler; celui de 1709. Il fut nommé le Grand Hiver par Réaumur et Lavoisier.

Il est rare que dans les Archives BMS, les curés d’antan viennent nous parler du temps qu’il fait. Je l’avais déjà noté à Pamproux mais voici le récit du curé de St Rémy (79).

1709-st-remy-froid-violent

Archives départementales des Deux-Sèvres, Saint Rémy, 1700.1709 vue 59.

Le sixième jour de janvier de la même année 1709, commença un froid si violent et continue l’espace de trois semaines que un homme vivant n’en a ressenti de semblable les oiseaux périrent presque tous comme les pinsons, les alouettes perdrix corbeaux et aussi menus oiseaux. Les bleds furent tous gelés de sorte qu’il n’y eut pas la semence de froment orge et seigle ce qu’il y eut pour vivre c’est que ce printemps on fit une si grande quantité de baillarge et notamment sur les …qu’il y en eut assez pour faire vivre tout le monde, les vignes gelèrent aussi, tous les noyers exceptés quelques petits furent perdus et furent une grande perte pour les paysans car il y en avait une grande quantité dans ce bourg dont les paysans faisaient de l’huile pour leur entretien.  Il y en avait six gros dans le cimetière qui périrent aussi, comme ci aussi le froment se vendit cette année là jusqu’à trois cents cinquante livres.

fait à Saint Rémy le 10 décembre 1709.

Curé à St Rémy.

C’est le deuxième témoignage que je rencontre dans la lecture des Archives et exclusivement en début d’année 1709. Je ne pense pas que les curés de ces paroisses se soient concertés, ni qu’il y ait eu une volonté de transmettre une information météo, mais plutôt un problème qui fut si important et si grave pour la communauté et aussi pour le curé qu’ils se sont sentis obligés de le noter.

Si on rapproche les deux textes, je trouve étonnant qu’il s’accordent sans concertation sur le premier jour de grand froid; le sixième jour fête des rois. Le curé de Pamproux nous parle de la météo très précisément, le grand froid commença après une matinée pluvieuse, vers deux ou trois heures de l’après midi. Il commença alors à neiger, et la neige resta sur la terre du 8 janvier jusqu’au milieu de mars 1709. A St Rémy, le grand froid ne dura que trois semaines.

Les oiseaux périrent, les vignes, les noyers (Pamproux et St Rémy), les châtaigniers (Pamproux) gelèrent, et tous les deux s’accordent pour parler de l’envolée du prix des blés et autres céréales.

Seul le curé de St Rémy a une note plus optimiste, la quantité de baillarge semée au printemps a permis de nourrir tout le monde.

Un mort de froid a été recensé à Pamproux le 13 janvier, à St Rémy?

monet claude la pie 1868 1869

Claude Monet. La pie 1868.1869

Ce tableau est un de mes préférés, je n’hésite pas à le remettre en avant. Il aurait peut-être évoqué une menace de disette pour l’été suivant, ou le risque de périr de froid pour nos ancêtres. Signe des temps, il me parle plus de silence, de neige qui craque sous les pas et de la pie qui nous invite à une promenade ou à une méditation.

Avez vous rencontré des récits au fil de vos lectures sur cet hiver 1709?

 

Organisation généalogique pour l’année 2017.

Je bloque, je bloque, je bloque.

Alors quand Sophie Boudarel nous propose un  Geneathèmes sur « réveillez votre généalogie », c’est moi que je dois réveiller. L’inspiration ne manque pas, mais c’est « l’organisation de mon année généalogique » qui est mise à mal dès le mois de janvier. Imaginez; comme l’année dernière je pensais rester sur une branche de mes ancêtres dans le Poitou et orienter mes recherches sur l’ascendance de Nelly en commençant par la famille MOREAU. Forte de ces résolutions, le 2 janvier,je reprend ma fiche de travail ascendance Moreau, établis les actes manquants, les paroisses concernées, les alentours…..et rien.

Exploration sur geneanet; toujours rien.

sherlock-holmes-niveau-facile_4048

 

Alors, je visite des sites de généablogueurs à la recherche d’idées, je relève celle de timeline ou ligne de vie chez Sophie Boudarel, et Benoit Petit. Je m’émerveille des résultats de chacun pour 2016, comme ceux d’Evelyne de « ciel, mes aïeux » , relis les articles  de « Feuilles d’ardoise » qui met toujours la barre très haut, suis la promenade en barque de Sylvie  de « l’arbre de nos ancêtres »sur la Sèvres et les moulins et je finis par sourire avec le blog de « lulu la sorcière« . Je me suis perdue en route.

Tout cela n’est pas si grave.

Reprenons. Nelly Moreau est la fille de Pierre MOREAU et de Marie Suzanne PROUST. Pierre MOREAU est né à la Crèche en 1845 de Louis Moreau et Marie Girard, domestiques. Une des difficultés est que le nom est courant. Une autre vient du fait que ce sont des familles avec un ou deux enfants et qu’ils sont protestants.

Je vais donc faire une ligne de vie pour les ascendants MOREAU et leurs conjoints, en me fixant un objectif à un mois. Sans aucun résultat mi février, j’abandonnerai cette recherche jusqu’à ce que l’inspiration arrive.

Mon deuxième objectif est de scanner et recenser les photos anciennes que je possède et leur trouver un stockage et une sauvegarde adaptés.

Mon troisième est de travailler sur la sauvegarde de cette généalogie en général. J’en suis projeter cette opération sur deux disques durs externes avec le deuxième externalisé.

Mes objectifs sont peu nombreux mais ambitieux. Rendez-vous en fin d’année. En attendant j’y retourne, parce que;

Parler ne fait pas cuire le riz.

Proverbe chinois.

 

Que savons nous des protestants après la Révocation de 1685.

Didier POTON, professeur à l’université de La Rochelle, spécialiste de l’histoire des protestants français a donné une conférence le 4 décembre 2016, à La Couarde (79) au centre Jean Rivierre sur ce thème: Récits de fuite des protestants poitevins et charentais après la révocation. A la suite de cette conférence l’intérêt et la curiosité encore plus aiguisés, j’ai recherché sur « la toile », d’autres histoires et voila ce que j’ai trouvé.

conference-poton-protestant

 

Des chiffres.

La révocation de l’Edit de Nantes en 1685 a changé le paysage français. Certains ont abjurés leur foi, d’autres ont continué en grand secret, mais certains ont trouvé cela insupportable et ont choisi la fuite.

1685, en plein règne de Louis XIV, le royaume de France compte alors 19 millions d’habitants dont environ 800 000 huguenots. 200 000 prendront le chemin de l’exil sur 30 ans. , ils fuient le royaume avec leur capital, mais aussi avec leurs compétences qui dictent en partie leur destination; Berlin, Amsterdam (les imprimeries), Londres, Bristol (industrie de laine, du chapeau).

Les poitevins partaient principalement du port le plus proche, La Rochelle, ville historiquement protestante. Dans un premier temps, ils espéraient revenir, récupérer leurs biens et croyaient en la clémence du roi. Puis, certains, ne trouvant pas de travail, partaient encore plus loin autour du bassin atlantique, quelques fois pour ne jamais revenir.

Vocabulaire;

L’exode des huguenots français vers les pays protestants afin d’échapper aux persécutions est un événement capital, qui s’étale pendant un siècle. On distingue;

le « Premier Refuge » à partir des années 1560, avec un maximum après la Saint-Barthélemy, les fugitifs partent alors pour Genève, l’Angleterre ou les Provinces Unies.

premier-refuge2-250x250-1467119185

Premier Refuge huguenot au XVIe siècle © Musée Virtuel du Protestantisme

Puis « le Grand Refuge » qui suit la révocation de l’Édit de Nantes. » Chaque crise, la prise de La Rochelle (1573), les « dragonnades » dans le Poitou en 1681, entraîne une nouvelle vague de départs, le pic étant après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, une autre vague après l’échec de la guerre des Camisards (1702.1704), puis une vague après la mort de Louis XIV (1715) , la Régence n’ayant rien changé à la législation ni à la répression.

refuge-proche-apres-1685

Les refuges proches des protestants français après la Révocation © Musée du Désert

« Aux trois pays du premier refuge, s’ajoute l’Allemagne, en particulier l’électorat de Brandebourg (la future Prusse) et celui de Hesse-Cassel, qui attirèrent l’excès de réfugiés de passage en Hollande et surtout en Suisse et Genève. On note des départs pour les pays scandinaves et même la Russie. Les épopées vers le Cap de Bonne-Espérance et vers les colonies anglaises du Nouveau Monde ont souvent été décrites. »

Et nos ancêtres me direz-vous. Ils sont manifestement restés en France, …puisque nous sommes Français…. Des frères ou sœurs ou encore des cousins ont pu partir , mais les récits parvenus jusqu’à nous sont peu nombreux comme nous l’a expliqué le professeur D. POTON. Alors certains chercheurs historiens comme Michelle MAGDELEINE, sont allés plus loin.

A lire, à écouter, à visiter.

1. Une base de données du refuge huguenot crée par Michelle MAGDELAINE, chercheur à l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine (IHMC – CNRS); La base de données rassemble des informations sur les huguenots et les vaudois fugitifs en provenance du royaume de France et du duché de Savoie.

Michelle Magdeleine est une historienne  dont le but a été de reconstituer la première génération du Refuge entre 1685 et la fin du siècle. Les édits d’accueil des princes allemands et les déclarations des souverains britanniques sont connus, leurs motivations économiques ou politiques sont différentes et l’aide peut prendre des formes variées en fonction du pays d’accueil. Tout dépend aussi du nombre de réfugiés entrant dans le pays. La Suisse par exemple fut vite submergée, malgré sa volonté de secourir les réfugiés.

magdeleine-huguenots

Le refuge huguenot, exil et accueil par Michelle Magdelaine chercheur CNRS

Des huguenots fugitifs furent réduits à l’indigence et furent alors assistés par le gouvernement dans certains états, par le magistrat de certaines villes ou encore par les églises wallonnes ou françaises. d’autres étaient accueillis en Hollande.

Ce sont ces documents qui ont été recensés.

Ces réfugiés fondèrent de véritables colonies et tissèrent des liens familiaux, mais aussi commerciaux et religieux. Une colonie de rochelais protestants était connue dans un quartier de Londres (assistance à l’Eglise de Londres, Threadneedle Street. Ces réfugiés sont alors inscrits sur les registres, ainsi pour l’année 1686 ,Manuscrit 64 .

2. Le Musée Rochelais d’Histoire Protestante nous raconte dans quel état d’esprit étaient ces protestants en fuite.

« Pour nombre de protestants, tant en France qu’à l’étranger, la révocation de l’édit de Nantes correspond à un moment fondateur sur le plan identitaire, comme l’est la période dit de la Réforme au XVIe siècle. La répression, bien souvent présentée comme aveugle et meurtrière, a contribué à forger un fort sentiment d’appartenance communautaire, au-delà des origines sociales, qui transcende les frontières nationales. Avec l’un de ses corollaires, le Refuge, elle constitue par définition le moment atlantique de l’histoire huguenote. Les protestants de la Normandie à la Guyenne surtout ont certes toujours été présents sur la scène américaine. Mais, au moment de la Révocation, l’exode envoie sur les routes des milliers de huguenots, nobles, bourgeois et petites gens, partis en quête d’une terre d’accueil et qui finissent par s’installer tout autour du bassin atlantique, de Londres à Cap Town, en passant par New-York et Dublin, sans oublier les Antilles néerlandaises ou danoises. Ces réfugiés, 70 000 peut-être (sur un total d’environ 200 000 départs), fondèrent ainsi de véritables communautés dans les îles Britanniques, dans les Treize colonies, en Afrique du Sud ou dans les Provinces-Unies, qui tissèrent ou scellèrent d’étroits liens commerciaux, familiaux et religieux trans-Manche et transatlantique. Ils mirent en œuvre de véritables stratégies sociales pour faciliter et renforcer leur intégration dans les territoires d’accueil, tout au moins ceux qui appartenaient au monde des élites économiques et financières, car il reste encore à conduire bien des travaux sur les petites gens. Le Refuge, qui est à tort le plus souvent étudié comme un phénomène exclusivement continental, donna ainsi naissance à un espace – voire à une communauté, née d’une mémoire partagée atlantique huguenot(e) inséré(e) dans l’Atlantique anglo-néerlandais dont Londres fut le centre de gravité. Pour les uns (ceux qui sont restés et leurs descendants), c’est certes l’esprit de résistance à l’oppression qui est glorifié, pour les autres (ceux qui partent et leurs descendants), c’est la liberté religieuse retrouvée grâce à l’exil, lui-même souvent associé à un nouveau départ. Mais tous rendent hommage à ceux qui ont dû affronter d’une manière ou d’une autre l’intolérance religieuse et la persécution pour conserver leur foi. »

Extrait de « Les Huguenots et l’espace atlantique : aux sources d’un riche patrimoine historique et mémorial », de M. Augeron, D. Poton et B. Van Ruymbeke, Les Hugunots et l’Atlantique, Paris, pups, 2009

les-huguenots-et-latlantique

3. Wikipédia et le Musée virtuel du Protestantisme.

Le Nouveau Monde a été une terre de refuge  pour preuve de cet exil, on peut citer la ville de New La Rochelle. La « Nouvelle-Rochelle « est une ville de la banlieue nord de New York, située dans le comté de Westchester. La ville fut fondée en 1688, par ces réfugiés huguenots, fuyant les persécutions de France. Beaucoup de ces huguenots étaient des commerçants issus d’un milieu assez bourgeois et originaires de La Rochelle. Cette  colonie française a continué à accueillir des réfugiés huguenots jusqu’à 1760. Son nom témoigne de l’importance de la ville de La Rochelle dans sa fondation. » 33 familles sont à l’origine de la communauté de la New-Rochelle. Un monument en reprenant les noms se dresse dans l’Hudson Park, point de débarquement des Huguenots en 1688.

4.  Sur France culture, dans « les Hommes aux semelles de vent », deux émissions diffusées en août 2016,  nous parlent , des Terres Huguenotes. par Mickael Augeron, enseignant chercheur à l’université de la Rochelle, et nous rappellent cet exode massif; le Refuge Huguenot.

Les textes lus au cours de l’émission sont librement adaptés de l’autobiographie de Jacques Fontaine arrivé a Bristol en 1685 intitulée Mémoires d’une famille huguenote victime de la révocation de l’édit de Nantes, co-éditée en 1992 par Max Chaleil et les Presses du Languedoc.

A réécouter.

5. Il existe des cas particuliers, comme Isaac de Beausobre né le 8 mars 1659 à Niort (79) et mort à Berlin le le 5 juin 1738. Il s’enfuit à Rotterdam (novembre 1685), avant de gagner Berlin en 1693 où il fut pasteur de l’église française, chapelain du roi, membre de l’Académie royale des sciences de Prusse et écrivit entre autre, Histoire critique de Manichée et du Manichéisme (1734).

J’ai trouvé à lire, à regarder, à visiter, souhaitant vous inspirer, cette liste n’étant pas exhaustive bien évidemment.

 

 

Vœux 2017.

En ce début d’année, je vais être brève. Mes recherches continuent et prennent le pas en ce moment sur le blog.

En quelques chiffres, le nombre d’individus sur ma base de donnée est passé de 10 300 en août 2015 à 15 0000, fin 2016. Mon Sosa le plus ancien se nomme Fontaneau, sosa 79320, 17 ème génération ascendance Proust, j’avoue ne pas en savoir plus sur cet ancêtre, sinon qu’il était poitevin.

Il y a encore beaucoup de « trous » dans cet arbre puisque ma connaissance sur certaines branches ne dépassent pas la 9 ème, voire même la 8 ème génération . J’ai passé du temps cette année sur les branches du Nord et du Périgord.  Me voila de retour dans le Poitou pour quelque temps, mais je vais devoir me remotiver et savoir par où recommencer.

Je souhaite vous envoyer mes vœux  2017 pour la généalogie. Que l’année nouvelle soit aussi riche que 2016 en trouvailles, en lectures et aussi créative sur les blogs pour leurs auteurs.

nouvel-an-2017

Que la passion généalogique continue…