Education et vie d’un jeune seigneur Bas-Poitevin au 17e siècle.

C’est un exemple de sérendipité quand en faisant une recherche sur un ancêtre poitevin je trouvai  quelques pages sur l’éducation au 17e siècle d’un jeune seigneur Bas-Poitevin, par Louis Duval, extrait de la Revue du Bas-Poitou de mars 1901. Il s’agit d’un opuscule écrit par Jean de Larcher, 24 ans, précepteur appelé au château de Beaupuy, situé à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) pour s’occuper de l’éducation d’un jeune garçon.

L’élève s’appelait Jacques CHAUVINIERE, deuxième du nom, fils de Jacques CHAUVINIERE décédé avant 1606 et de Claude de La Haye. Il avait dix ans au moment où sa mère fit venir un précepteur au château, comme cela se pratiquait à cette époque dans ce rang de la société et était donc contemporain de Louis XIII (1601.1643). Jean de Larcher dédia un poème à son jeune élève, intitulé « institution à son adolescence » où il raconta les conseils donnés. Voici ses commandements:

Au moment de la prière de 7h à 10h du matin,

Ne soyez pas si tot le matin eveillé
de chausses de capes et de pourpoing habillé
que n’ayez dans la main un Psautier ou des Heures
Pour prier Sa bonté de sept à dix heures
… Il vous conserve sain, le priant qu’il vous donne
La grâce de de pouvoir tout le cours de vos ans
Vivre en homme de bien, abhorrant les méchants,
Fuyant les vicieux comme une noire peste,
….. le priant aussi
qu’il maintienne la paix en ce royaume ici…
sans oublier de prier la mémoire de son père défunt.
Vient l’heure de se mettre à table, il parle alors de la façon dont il doit s’y tenir.
Ostés votre chapeau, le prenant par le bors,
Faites la révérence et d’un gentil abord
Prenez votre escabeau, et d’une belle grâce
tenez vous sans mouvoir toujours en une place
estendez tout autour de votre jeune flanc
et sur votre estomach le linge bel et blanc
qui nous est préparé; et de pleine abbordée
ne vous jetez glouton sur la caille lardée
sur le petit poulet ou sur le perdriau.
Après les prières de 7h à 10h, le repas pris en se tenant bien et sans gloutonnerie, ce jeune seigneur de dix ans doit savoir parler latin avec les personnes ayant quelques savoir, mais plus encore,
Tachez subtilement de le faire parler
Soir grec soit latin afin de lui volier 
Quelque rare joyau de sa belle doctrine.
Le repas fini, le précepteur autorise le jeu d’échec sans miser plus d’un écu, vient ensuite l’étude pour préparer son avenir.
Le maître veut que son élève aille ensuite achever ses humanités à Paris et consacrer deux années aux belles lettres, deux années à la philosophie, deux années d’exercices  qui conviennent à un gentilhomme; équitation, danse, escrime et musique comme l’art de jouer du luth.
Il deviendra un cavalier accompli et sera alors autorisé  à prendre un mois de vacances à Beaupuy afin d’informer sa mère de ses progrès et la remercier.
Pour rendre seulement de votre apprentissage 
votre mère contente, et la prier de voir 
si ses double ducats qu’elle voulait avoir 
ne l’incommodent point?….
Il lui faudra voyager, visiter l’Italie, l’Allemagne « pour apprendre les mœurs des peuples étrangers ». Rentré à Beaupuy, il reservera à son vieux maître un abri en son château.
« pour vivre sans souci, le reste de sa vie…. »
Une belle éducation comme on en fait plus, me direz-vous, attendez la fin.
Jacques Chauvinière rentré a Beaupuy, mènera grand train, aura six chevaux, deux laquais, un page, portera des vêtements de « soye, de sarge et de burail ».pas de broderie d’or ni d’argent, pas de points de gênes ni de Venise mais de simples passements d’Alençon ou d’Auvergne.
Bien sûr, il chasse, avec six bassets, six espargneux flairants, un clabaudant limier et douze chiens courants, avec deux lévriers, un faucon au carnage, un petit espervier, et un ramage pour les champs découverts.
Son éducation de cavalier et de chasseur dut être parfaite puisqu’il en fit son métier et  devint lieutenant de la vénerie du roi.

Le Nain, les frères. La réunion d’amateurs ou l’Académie.vers 1640

Vers 1614, il épousa Marie de La Touche et eut une fille Françoise Chauviniere. En seconde noces, Jacques Chauviniere épousa le 7 août 1740, Jacqueline Robert, avec qui il eut un fils Henri.
Sa carrière connu son apogée en 1642, quand  Beaupuy fut  érigée en baronnie par lettre patente du mois de septembre 1642 en faveur de Jacques Chauviniere, lieutenant de la vénerie du roi.
Une éducation bien menée, une belle carrière. Mais c’est en recherchant ce qu’est devenu ce Seigneur de Beaupuy que je trouvai un article, où impliqué dans une enquête criminelle, un Jacques Chauninière Seigneur de Beaupuy refusa de payer son dû  à une femme et ses filles qu’il avait violées, envoya ses domestiques pour régler ses comptes, battre et dépouiller les « suppliants »… une histoire plutôt sordide.
Le 20 octobre 1634,  le tribunal des Grands-Jours de Poitou, eut à entendre une requête criminelle contre Jacques Chauvignière, sr de Beaupuy « présentée par Martin Nepveu et Marguerite Brion, sa femme, auparavant veuve de René Jaulin, contenant que Mre Jacques Chauvinière, chevr sr de Beaupuy, en hayne des poursuittes contre luy faites, pour le payement des sommes par luy dues à lad. Brion, l’ayant rencontrée dans un bois, l’auroit forcée et viollentée en son honneur, battu et excedde led. Nepveu, viollé et forcé Hillaire et Renée Jauslain, fille de lad. Brion ; mesme ayant iceluy Nepveu et un sien frère, esté rencontrez sur un grand chemin par les nommez Poictevin, dit Martinière, Jacques Moreau, Denis Jeudy et autres serviteurs domestiques dud. de Beaupuy, ilz les auroient despouillez nuds et iceulz excessivement battus, à coups de bastons et estrivières ; dont ilz auroient faict plainte à la cour de parlement et obtenu permission d’informer, comme aussy esté informé par le prévost de Luzignan, à l’encontre dud. Poictevin, Jacques Thibaudeau, dict la Garenne, Jacques Esnard, le nommé Maraudé, vallet de chambre dud. de Beaupuy, Jean Jasnière, son palfrenier et autres, lesquels seroient venus de nuict en la maison des supplians et iceulx battu et exeddé, particulièrement led. Nepveu, qu’ilz auroient laissé pour mort ; requérant leur estre permis faire informer desd, viollances, incestes et voyes de faict, etc… »
Jacques Chauviniere mourut en 1644.

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