Généathème et prénoms Numa et Mina.

Je me prête avec un certain plaisir au thème de ce mois suggéré par « la gazette des ancêtres ». En effet les prénoms représente ce qui reste avec certitude de nos aïeux et ils sont parfois surprenants. J’ai hésité à vous écrire sur Mundine Peletengeas ou encore Peronne Barbut, il y eut aussi les filles Patureau Laborie, Marie Amélie, Jeanne Judith, Sara Zenobie, Clémentine et Nanci, mais j’ai choisi Jean Paul Hector Numa Desage né à Clairac en 1868, décédé à La Crèche en 1953 et son épouse Nelly Louise Mina Moreau qui m’a inspiré le titre de ce blog.

Numa Desage est mon arrière grand-père, le pharmacien de 1ere classe exerçant à Pamproux (79) à partir de 1903 puis à la Crèche (79). Le prénom Numa m’a toujours intrigué, de même que Hector, dans une famille de tradition protestante très classique.

Trois fées au dessus du berceau de la belle au bois dormant,(W.Disney)

C’est en regardant l’ascendance de Numa que je repérais un autre Paul Numa, très proche et vraisemblablement son parrain, son oncle Paul Numa Courtines, instituteur, frère aîné de Anne Iréna Courtines (Sosa 17), époux de Elisabeth Azema Bergeret, vivant à Tonneins (47), ville proche de Clairac (47). Paul Numa Courtines est né en 1830, aîné car ses frères Hyppolite (1826.1831) et Laudis (1827.1832) sont décédés en bas âge.

Hyppolyte, Laudis, Paul Numa, et Anne Iréna sont les quatre enfants de Jean Courtines, coutelier rue des couteliers à Clairac et Suzanne Bacond (Sosa 35). Mariés en 1825, je me demande bien d’où leur est venu l’inspiration pour donner des prénoms aussi originaux à leurs enfants. Il ne s’agit pas de prénoms du calendrier révolutionnaire comme Raisin, Amarante ou encore scorsonère.

Hyppolite, fils de Thésée dans la mythologie grecque, est l’homme qui déclencha la colère de Phèdre. A Rome au 3eme siècle il fut le premier antipape, auteur d’ouvrages théologiques, exégétiques et canoniques importants.

Laudis ? serait un prénom dérivé du latin Laus, Laudis, f dans le sens de louange.

Numa ; dérivé du grec nimos, la loi, c’est aussi le prénom du deuxième roi légendaire de Rome, Numa Pompilius qui règna de 715 à 672 av J.C. on lui attribua l’organisation religieuse de la cité et son calendrier liturgique. Longtemps utilisé par les romains, le prénom tomba en désuétude.

Le prénom Iréna (Sosa 17) est dérivé d’Irène et signifie paix. Sainte Irène fut persécutée avec ses deux sœurs pour avoir caché des livres Saints, refusé de manger de la viande sacrifiée aux dieux et jetée vive sur le bûcher à Thessalonique en Grèce le 1er avril 304.

Le choix des prénoms par Jean Courtines et Suzanne Bacond semble avoir trouvé leurs racines dans l’histoire romaine et les Saintes Écritures, ou peut-être pas….qui peut le dire.

Numa Desage (Sosa 8) épousa en 1899 Nelly Louise Mina Moreau (Sosa 9).

Mina un autre prénom peu courant, issu d’origines diverses, germanique , anglophone, et japonaise. Il est le diminutif affectueux du prénom germanique Wilhelmine, qui est lui même le dérivé germanique de Guillaume . le prénom Mina apparaît en Grande Bretagne au XIXe siècle.

Signification; le prénom est un dérivé des deux termes germaniques qui signifient « heaume » et « volonté ».

Étymologiquement c’est le diminutif et dérivé de jasmin, qui vient du persan « yâsimin ». C’est un arbuste à fleurs jaunes et Mina est donc un prénom fleur. Les « Jasmine » ont pour patronne sainte Fleur qui fut une des premières religieuses à sortir de son monastère vers 1300 pour se porter au service des malades.

Nelly, Louise, Mina Moreau née en 1874 était la fille unique de Pierre Moreau et de Marie Suzanne Proust. Louise était le prénom de sa grand mère Louise Suzanne Proust, mais aucun prénom dans ses ascendants ne peut expliquer cette inspiration. Ses cousines se prénommaient Alice Louise Clotilde, Louise ou Modeste, ou encore Marie-Louise Augustine. Si Louise est un prénom commun à toutes la famille, les prénoms de Nelly et Mina semblent être sortis de nulle part.

Par contre, je n’ai pas trouvé d’ancêtre prénommée Philomène.

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Bilan 2017 et chemin de traverse.

Je vais éviter les chiffres, ils ne refléterons pas mon travail. Qu’ai-je donc bien pu faire cette année?

Comme prévu, j’ai travaillé sur l’ascendance de Pierre Moreau, instituteur. Les traces en sont discrètes, les mariages tardifs, ils eurent peu d’enfants et sont protestants de père en fils jusqu’à Pierre Moreau. Tout en retraçant leur ligne de vie, je me suis donc orientée vers l’histoire des  protestants. La vie de cette famille se fond dans la page plus grande de la religion réformée. C’est naturellement que j’ai recherché sur la toile, sur Gallica en particulier à comprendre et retracer leur chemin, et j’y ai passé du temps…

2017 était également un anniversaire important pour le protestantisme, C’était les 500 ans de la Réforme. C’est en affichant le 31.10.1517, 95 thèses contre les « indulgences » sur la porte de l’église du château de Wittenberg ( Saxe) que Martin Luther a jeté les bases d’une nouvelle religion chrétienne. Le 31 octobre 2017 cet anniversaire a été fêté dans toute l’Allemagne. Cette année de commémoration fut une année de manifestations culturelles, il y eut même une figurine Playmobil de Luther vendues à plusieurs millions d’exemplaire.

J’ai assisté, dans le Poitou des manifestations à La Couarde dont j’ai déjà parlé, en particulier à une conférence sur l’exil des protestants, une autre sur la psychogénéalogie ainsi qu’une journée de formation sur la généalogie protestante en Poitou. J’ai apprécié tous ces échanges ainsi que les ouvertures  sur le monde protestant. Je remercie en particulier «  genea79 » sans qui je n’aurait pas eu ces informations.

La Rochelle, qui fut très active au moment de la réforme, place forte protestante en son temps, fit également une exposition sur cet événement au « musée rochelais d’histoire protestante ». La ville a fait partie des 5 villes françaises et 96 en Europe à s’inscrire dans le réseau labellisé « cité européenne du 500e anniversaire de la réforme ».

Il y eut peu de travail sur les archives départementales, encore moins de visite, mais des rencontres, comme celle du Cercle généalogique Poitevin à l’occasion des « rencontres régionales de généalogies » à La Rochelle en octobre, des lectures. Voila ma généalogie ne s’est pas passée dans les registres cette année mais plutôt dans des lieux avec des rencontres intéressantes. Ce qui finalement n’est pas plus mal et dépoussière un peu l’idée que l’on a de la généalogie. Je n’ai pas passé un mois comme prévu sur la généalogie de Pierre Moreau, mais plutôt 8 mois à doses homéopathiques.

Alors, que dire pour 2018 ? Continuer à écrire sur le blog pour tracer mon travail, me parait une bonne résolution, nettoyer mon fichier Hérédis, relire, corriger mes erreurs également, mettre à jour geneanet, pas de grands projets…

Généathème et bonheurs généalogiques.

Quelle bonne idée de partager nos bonheurs généalogiques comme le suggère Sophie Boudarel, même si c’est chez moi, un assemblage plutôt hétéroclite.

Mon activité n’a pas été débordante cette année , plutôt débordée. J’ai malgré tout passé de bons moments avec mes ancêtres.

Je pense aux registres d’Exireuil, les commentaires si particuliers du curé sur les décès de ses paroissiens et l’aventure des recherches qui ont suivies. Ce fut comme un fil que l’on tient et que l’on tire pour dérouler la pelote de laine. J’ai « suivi  le fil d’Ariane ».

La découverte de la signature d’un ancêtre procure toujours une belle émotion. C’est la trace tangible de leur existence. Ce fut le cas récemment avec mes ancêtres du nord, dans les registres de Pernes (62) dans les années 1700.

Les messages des cousins du nord que je ne connais pas, qui se sont manifestés, et m’ont gentiment proposé leur aide, furent un autre bonheur généalogique. Je n’ai pas beaucoup travaillé cette année sur l’ascendance du nord, mais promis, je les mets au programme l’année prochaine.

J’ai découvert au travers des conférences un lieu protestant du Poitou, La Couarde, le centre Jean Rivierre . Ce fut une source d’inspiration pour mes articles sur les protestants de même que le 500 e anniversaire de la réforme (31.10.1517) et les manifestations qui y ont été rattachées .

Berlin 2017

Et si finalement tous ces petits bonheurs se résumaient au plaisir d’ écrire un blog pour raconter et partager toutes nos histoires? Mes articles sont souvent le reflet de tous ces moments généalogiques et les relire ravive ces histoires, leurs recherches ou encore les événements de l’année.

Mais je dois vous dire que mon plus grand bonheur cette année n’est pas généalogique même si …

Je suis l’heureuse grand-mère depuis  juillet de deux magnifiques petites filles Mina et Clara.

Si je vous dis que Mina était le troisième  prénom de Nelly….

La généalogie n’est jamais bien loin.

 

 

 

Reconnaître un décès protestant en Aquitaine .

Souvent j’ai évoqué mes ancêtres protestants du Poitou. Il est une autre branche tout aussi protestante, celle du Lot et Garonne, de Clairac et ses environs. C’est donc en parcourant ces archives que j’ai relevé quelques mentions originales, en particulier à St Saturnin de Marsac.

Comme dans le Poitou, l’ histoire commence en 1685, ainsi que nous le conte le curé Rebet dans un langage très modéré.

Aujourd’hui 1 er septembre 1685, les soussignés au nom de toute la communauté s’étant volontairement assemblé et sous le bon plaisir de sa majesté, chez mr Arnaud Rubet curé de Marsac pour délibérer sur la proposition qui leur a été faite de renoncer à la religion prétendue réformée sa majesté n’ayant rien plus à cœur que de voir tous les peuples de son royaume réunis sous une même communion ont déclaré et déclare que pour le salut de leur âme et pour marquer à sa majesté le désir qu’ils ont de lui plaire en toutes choses ils renoncent à la religion prétendue et réformée et à toutes les erreurs et promettant en faire abjuration sans aucun retardement et d’embrasser la religion catholique et apostolique romaine pour y vivre et mourir jusqu’au dernier moment de leur vie.
Clairac, St Saturnin de Marsac E Sup 2190 annexe Montarbat vue 9

Suit une litanie, les noms  de ceux qui ont abjuré la RPR (religion prétendue réformée) ce jour là, sur au moins six feuillets.

Dès 1686 apparaissent des mentions curieuses sur les actes de décès. Il y a les paroissiens « ayant reçus les sacrements et ensevelis dans la chapelle », puis ceux « décédés de mort subite et enseveli au petit cimetière ». Il est fort probable que le premier était un « bon » catholique et le second un protestant.

Enterrement à Ornans, Gustave Courbet (1849.1850), musée d’Orsay.

27.9.1711 sr pierre balguerie décédé agé de 70 ans sans avoir reçu les sacrements étant mort d’apoplexie et a été enseveli dans son bien le 12 du mois
vue 154/178
le 1 janvier 1712 est décédé à capdemal abraham laperche et a été ensevelie sans avoir reçu les sacremenys de l’église âgé de 36 ans et a été enseveli dans un coin de son jardin
le 6 janvier 1712 est décédé jacques delmestre maitre arquebusier âgé de 40 ans a ce qui nous aété dit par le sr galliné maitre chirurgien de marsac et a été enseveli dans son jardin n’ayant pas reçu de sacrements
le 12 mai 1712 bertrand descamps âgé de 21 ans du village de la bailleige de la juridiction de castaneul a été trouvé noyé au passage de roussannes …de ceux qui le perdirent au castaneul et a été enseveli au cimetière de la psse de marsac par moi curé soussigné
le 20 juillet 1712 est décédée sans confession anne delpuch âgée de 50 ans a été ensevelie au jardin
vue 169 /178
mai 1714 est décédé maitre Arnaud rebel pretre et curé de la présente psse de marsac et qui a été inhumée ce jourd’hui 20 dans la chapelle de l’église dudit marsac
curé de laparade
le 20 aout 1714est décédée marie delbreil âgée de 47 ans ou environ femme à pierre martineau maitre tonnelier laquelle sera inhumée dans le lieu ou l’on jugera à propos par lavigne marchand
5.8.14 est décédée isabelle marau âgée de 35 ans nouvelle convertie laquelle on peut inhumer ou bon lui semble
6.10.1714 est décédée Jeanne fournier âgée de 60 et quelques ans nouvelle convertie sans avoir reçu aucun sacrement sera inhumée dans le jardin en présence de Moyse P… son fils.
Il existe un document complémentaire dans les archives de Clairac qui est encore plus explicite. Tous les actes de décès sont écrits sur le même modèle par le juge:
En ce jour de … se sont présentés devant nous juge désigné, qui Jean Bizet marchand perruquier et jean lafargue marchand poilier, étant cousin de jacques guérin marchand, lesquels nous ont dit ledit Guérin décédé depuis ce jourd’hui, habitant la présente ville, âgé de 69 ans ou ou environ était nouveau converti, ne faisant point son devoir et s’étant adressé au sr vicaire pour lui faire donner terre.sainte ce qu’il aurait refusé de faire, c’est pourquoi ils nous requièrent de leur vouloir permettre de faire ensevelir le ci devant Guérin en terre profane de nuit conformément à la législation du roi ce que nous juge susdit leur avons accordé faire à la charge  de nous indiquer le lieu de sépulture et nous avons signé avec notre greffier…
AD 47 Clairac E SUP_2201 vue

Un registre postérieur, (AD 47 E SUP 2201, 1739, 1751,1760) est semblable, maître Jean Bertrand procureur officie alors.

En 1750 (vue 9) il est ajouté la mention « de lui permettre de l’ensevelir en terre profane à une heure nocturne sans aucun attroupement ni assemblée le tout conforme aux ordonnances du roi.

Depuis la révocation de l’Edit de Nantes, l’enterrement des protestants était encadré.

11 décembre 1685, une déclaration spécifie que les deux plus proches parents du défunts -ou à défaut les deux voisins les plus immédiats- devait notifier le décès au juge royal ou au juge seigneurial et signer le registre tenu à cet effet par lesdits juges.

Une lettre circulaire rédigée par Louis XV le 9 avril 1736,  reprécise les règles de tenue des registres paroissiaux, et en particulier les règles concernant la sépultures des protestants, ce qui explique la modification des mentions.

Tout est dans la formule;
Est décédé après avoir reçu les sacrements de pénitence

ou est décédé de mort subite…..

D’où l’importance de lire non seulement les noms mais également la formule employée le plus couramment par le curé de la paroisse. Les termes peuvent changer en fonction du rédacteur et la nuance est quelques fois subtile.
Enterré au grand ou au petit cimetière. Certaines paroisses enterraient les protestants dans un cimetière plus éloigné de l’église.
A reçu les sacrements ou aucune mention. Dans ce cas tout dépend de la formulation habituellement utilisée par le curé.
Est enterré dans la chapelle ou est enterré dans son jardin. la formule est plus explicite.

Dans le Poitou ou en Aquitaine, les règles étaient les mêmes et les ordonnances du roi  furent donc suivies avec quelques nuances dans la rédaction.

 

 

 

Education et vie d’un jeune seigneur Bas-Poitevin au 17e siècle.

C’est un exemple de sérendipité quand en faisant une recherche sur un ancêtre poitevin je trouvai  quelques pages sur l’éducation au 17e siècle d’un jeune seigneur Bas-Poitevin, par Louis Duval, extrait de la Revue du Bas-Poitou de mars 1901. Il s’agit d’un opuscule écrit par Jean de Larcher, 24 ans, précepteur appelé au château de Beaupuy, situé à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) pour s’occuper de l’éducation d’un jeune garçon.

L’élève s’appelait Jacques CHAUVINIERE, deuxième du nom, fils de Jacques CHAUVINIERE décédé avant 1606 et de Claude de La Haye. Il avait dix ans au moment où sa mère fit venir un précepteur au château, comme cela se pratiquait à cette époque dans ce rang de la société et était donc contemporain de Louis XIII (1601.1643). Jean de Larcher dédia un poème à son jeune élève, intitulé « institution à son adolescence » où il raconta les conseils donnés. Voici ses commandements:

Au moment de la prière de 7h à 10h du matin,

Ne soyez pas si tot le matin eveillé
de chausses de capes et de pourpoing habillé
que n’ayez dans la main un Psautier ou des Heures
Pour prier Sa bonté de sept à dix heures
… Il vous conserve sain, le priant qu’il vous donne
La grâce de de pouvoir tout le cours de vos ans
Vivre en homme de bien, abhorrant les méchants,
Fuyant les vicieux comme une noire peste,
….. le priant aussi
qu’il maintienne la paix en ce royaume ici…
sans oublier de prier la mémoire de son père défunt.
Vient l’heure de se mettre à table, il parle alors de la façon dont il doit s’y tenir.
Ostés votre chapeau, le prenant par le bors,
Faites la révérence et d’un gentil abord
Prenez votre escabeau, et d’une belle grâce
tenez vous sans mouvoir toujours en une place
estendez tout autour de votre jeune flanc
et sur votre estomach le linge bel et blanc
qui nous est préparé; et de pleine abbordée
ne vous jetez glouton sur la caille lardée
sur le petit poulet ou sur le perdriau.
Après les prières de 7h à 10h, le repas pris en se tenant bien et sans gloutonnerie, ce jeune seigneur de dix ans doit savoir parler latin avec les personnes ayant quelques savoir, mais plus encore,
Tachez subtilement de le faire parler
Soir grec soit latin afin de lui volier 
Quelque rare joyau de sa belle doctrine.
Le repas fini, le précepteur autorise le jeu d’échec sans miser plus d’un écu, vient ensuite l’étude pour préparer son avenir.
Le maître veut que son élève aille ensuite achever ses humanités à Paris et consacrer deux années aux belles lettres, deux années à la philosophie, deux années d’exercices  qui conviennent à un gentilhomme; équitation, danse, escrime et musique comme l’art de jouer du luth.
Il deviendra un cavalier accompli et sera alors autorisé  à prendre un mois de vacances à Beaupuy afin d’informer sa mère de ses progrès et la remercier.
Pour rendre seulement de votre apprentissage 
votre mère contente, et la prier de voir 
si ses double ducats qu’elle voulait avoir 
ne l’incommodent point?….
Il lui faudra voyager, visiter l’Italie, l’Allemagne « pour apprendre les mœurs des peuples étrangers ». Rentré à Beaupuy, il reservera à son vieux maître un abri en son château.
« pour vivre sans souci, le reste de sa vie…. »
Une belle éducation comme on en fait plus, me direz-vous, attendez la fin.
Jacques Chauvinière rentré a Beaupuy, mènera grand train, aura six chevaux, deux laquais, un page, portera des vêtements de « soye, de sarge et de burail ».pas de broderie d’or ni d’argent, pas de points de gênes ni de Venise mais de simples passements d’Alençon ou d’Auvergne.
Bien sûr, il chasse, avec six bassets, six espargneux flairants, un clabaudant limier et douze chiens courants, avec deux lévriers, un faucon au carnage, un petit espervier, et un ramage pour les champs découverts.
Son éducation de cavalier et de chasseur dut être parfaite puisqu’il en fit son métier et  devint lieutenant de la vénerie du roi.

Le Nain, les frères. La réunion d’amateurs ou l’Académie.vers 1640

Vers 1614, il épousa Marie de La Touche et eut une fille Françoise Chauviniere. En seconde noces, Jacques Chauviniere épousa le 7 août 1740, Jacqueline Robert, avec qui il eut un fils Henri.
Sa carrière connu son apogée en 1642, quand  Beaupuy fut  érigée en baronnie par lettre patente du mois de septembre 1642 en faveur de Jacques Chauviniere, lieutenant de la vénerie du roi.
Une éducation bien menée, une belle carrière. Mais c’est en recherchant ce qu’est devenu ce Seigneur de Beaupuy que je trouvai un article, où impliqué dans une enquête criminelle, un Jacques Chauninière Seigneur de Beaupuy refusa de payer son dû  à une femme et ses filles qu’il avait violées, envoya ses domestiques pour régler ses comptes, battre et dépouiller les « suppliants »… une histoire plutôt sordide.
Le 20 octobre 1634,  le tribunal des Grands-Jours de Poitou, eut à entendre une requête criminelle contre Jacques Chauvignière, sr de Beaupuy « présentée par Martin Nepveu et Marguerite Brion, sa femme, auparavant veuve de René Jaulin, contenant que Mre Jacques Chauvinière, chevr sr de Beaupuy, en hayne des poursuittes contre luy faites, pour le payement des sommes par luy dues à lad. Brion, l’ayant rencontrée dans un bois, l’auroit forcée et viollentée en son honneur, battu et excedde led. Nepveu, viollé et forcé Hillaire et Renée Jauslain, fille de lad. Brion ; mesme ayant iceluy Nepveu et un sien frère, esté rencontrez sur un grand chemin par les nommez Poictevin, dit Martinière, Jacques Moreau, Denis Jeudy et autres serviteurs domestiques dud. de Beaupuy, ilz les auroient despouillez nuds et iceulz excessivement battus, à coups de bastons et estrivières ; dont ilz auroient faict plainte à la cour de parlement et obtenu permission d’informer, comme aussy esté informé par le prévost de Luzignan, à l’encontre dud. Poictevin, Jacques Thibaudeau, dict la Garenne, Jacques Esnard, le nommé Maraudé, vallet de chambre dud. de Beaupuy, Jean Jasnière, son palfrenier et autres, lesquels seroient venus de nuict en la maison des supplians et iceulx battu et exeddé, particulièrement led. Nepveu, qu’ilz auroient laissé pour mort ; requérant leur estre permis faire informer desd, viollances, incestes et voyes de faict, etc… »
Jacques Chauviniere mourut en 1644.

Petites phrases, maximes et proverbes généalogiques.

Suite logique de l’article précédent et quelques lectures plus tard, voici quelques phrases ou maximes qui m’ont marquée.

Pourquoi fait-on de la généalogie? Je laisse Claude Levi-Strauss répondre à ma place.

« Chercher ses racines, c’est au fond se chercher soi-même : qui suis-je ?
Quels sont les ancêtres qui m’ont fait tel que je suis ? Des noms d’abord, des dates, quelques photos jaunies ou, avec plus de chance, un testament, une lettre. »
Claude Levi-Strauss

Si on recherche d’abord des noms et des dates, on aime trouver aussi leur signature, des photos ou une trace écrite. Les photos de mes ancêtres ne sont malheureusement pas annotées. Ainsi sur la plus-part, il n’y a rien et sur quelques unes, il y a « mon grand père », mais de qui ? Seule certitude, c’est un ancêtre.

Il faut bien admettre que nous sommes l’addition de tous nos ancêtres d’abord dans les gênes, puis physiquement. Je parle de l’hérédité. J’aime bien l’image qu’en a fait Oliver-Wendell-Holmes.

L’hérédité est comme une diligence dans laquelle tous nos ancêtres voyageraient. De temps en temps, l’un d’eux met la tête à la portière et vient nous causer toutes sortes d’ennuis.
Artiste, écrivain, Essayiste, Médecin, Poète, Scientifique (1809 – 1894)

L’image d’un ancêtre qui met la tête à la portière est particulièrement réjouissante, sauf si on imagine qu’ils nous apportent leurs maladies. On en vient à souhaiter qu’ils restent sagement dans la diligence. Ma généalogie est régionale, même si il y a plusieurs régions, ils se marièrent souvent entre eux, avec donc un fort taux d’endogamie. Le risque de voir l’un d’entre eux mettre le nez à la fenêtre est donc important.

Mais,Sénèque nous met en garde et il ne s’agit pas d’hérédité, mais bien de notre façon de penser, de communiquer via un blog ou autres sur nos ancêtres.

« Qui s’enorgueillit de ses ancêtres, loue les exploits d’autrui. »
Sénèque

On touche à la pratique de la généalogie, ce qu’on en dit, ce que l’on en fait. Une particule de nos ancêtres ne fait pas de nous des nobles, un fait éclatant ne rejaillit pas sur nous, un ancêtre artiste ne fait pas de nous un artiste. Mais cela fait du bien d’en parler. Tant pis pour Sénèque. A contrario, un ancêtre peu respectable ne nous rend pas malhonnête, c’est rassurant.

Plus sérieusement, quand on a dépassé les « qui suis-je », « les exploits » de nos ancêtres, il nous reste ce que nous transmettons à nos descendants. C’est un autre proverbe qui me parait illustrer cette situation.

On ne peut donner que deux choses à ses enfants, des racines et des ailes. Proverbe juif.

Des racines et des ailes, outre le rappel d’une émissions TV, fait rêver. Leur donner des racines généalogiques revient à les ancrer dans le sol pas forcement local ni régional, mais leur donner un sentiment d’appartenance. Quant aux ailes, je vous laisse imaginer, la liberté de voler plus loin, plus haut…

Je pense avoir résumé ma pratique généalogique, le dernier proverbe étant mon préféré; il est tourné vers l’avenir.

NE PAS ÊTRE VOYEUR MAIS TÉMOIN ET PASSER LE RELAI…...

 

 

 

 

 

 

Mes dix règles généalogiques et généablogiques.

Ouf, me voila de retour. La vie, la vie….elle nous joue des tours, nous réserve des surprises, agréables ou pas, il faut les prendre. Cet arrêt sur image a été l’occasion de me poser des questions sur ma pratique en généalogie. Quelques discussions m’ont interpellée sur le fait que nous avions des opinions et des règles différentes dans notre fonctionnement. J’ai pris le temps de poser les miennes sur papier, ou plutôt sur « Evernote ». Voila le fruit de mes réflexions.

1.  Respecter mes ancêtres, leur vie et ne pas porter de jugement ni sur leurs choix , ni sur leurs actes, ni sur leurs métiers. C’est une priorité.
Ne pas oublier de les remettre en situation dans la mesure de mes connaissances, en tenant compte de la période historique. En effet les mœurs, les habitudes étaient différents, même les mots ne recouvraient pas toujours les mêmes significations, sans compter les termes inconnus ou inusités aujourd’hui.
2. Rester objective, parler de faits, de données vérifiables, ne pas me laisser entraîner par mon imagination…

collection personnelle.

3. Vérifier, vérifier,revérifier les informations, y compris (surtout) celles disponibles sur internet remonter à la source, le plus loin possible que ce soit un acte, un fait historique, ou un document d’époque .

Collection personnelle.

4. Citer les sources, même si elles sont contradictoires, et en vérifier la traçabilité pour que mes descendants puissent suivre ma démarche et retracer le chemin ou peut-être même pourront-ils creuser un autre sillon.

Edouard Boubat, le Népal.

 5. Admettre accepter que certaines dates sont et resteront approximatives du fait de la limitation des sources, et que je ne pourrai pas tout savoir.
Mon ambition est limitée. Je n’ai jamais recherché ni eu l’envie de savoir si nous descendions de Charlemagne, ce qui me parait scientifiquement improbable.
Mes ancêtres garderont leur part de mystère sans oublier que certains ont pu volontairement brouiller les pistes.
6.  Les recherches en ligne oui,  mais il ne faut pas oublier les Archives, les sociétés historiques, les cercles généalogiques toutes ces sources annexes.
Il y a également les recherches faites par nos anciens. Si La recherche est facilitée aujourd’hui par le net, la généalogie a aussi passionné les générations précédentes.

Prague, bibliothèque.

7. Rester discrète sur les personnes vivantes.
Ainsi vous ne verrez pas sur le blog d’histoires ou d’informations sur ma famille ou leurs proches. C’est un choix que j’ai fait dès le départ et sur lequel je ne suis jamais revenue.

Edouard Boubat, Rémi écoutant la mer. 1995

8.  Ne pas garder l’ histoire de mes ancêtre pour moi, mais la raconter, via un blog, ou un livre….

J D de Heem, nature morte aux livres, vers 1625

9.  Passer le relais;
quelque soit le nombre de générations, l’état des recherches, une généalogie ne sera jamais finie.
Il me faudra donc prévoir le passage pour les générations futures, garder des notes, citer des sources, expliquer ma démarche.

Boubat, les pas, Japon

10.  Ne pas oublier que tout ce qui est mis en ligne peut être copié….et sans sources….et l’accepter…
et continuer mon chemin, chercher, encore chercher.