Le Drame de Grand Ry, 22 février 1688

C’est un triste anniversaire qui toucha profondément la communauté protestante en 1688. Depuis début février de la même année, malgré l’interdiction de religion et de rassemblement, des protestants avaient fait le choix de se retrouver « dans un logis de campagne nommé Grand-Ry qui était fort éloigné des papistes, Ce logis appartenait à des gentilshommes de la Religion, qui avaient tout abandonné pour se retirer dans les pays de liberté. Il y avait là un fermier nommé ROUSSEAU, aussi de la Religion. On prit donc la résolution de s’assembler dans la cour de ce logis, qui était close tout alentour de hautes murailles. »  Des bruits avaient courus, les dragons allaient venir, les dragons allaient intervenir, mais rien n’y fit, la tentation de se retrouver pour prier, la frustration des dernières années depuis la révocation, la volonté de montrer que la communauté protestante était bien vivante….jusqu’à ce jour funeste.

Depuis la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685, les temples étaient démolis, les pasteurs traqués ou même mis à mort, les assemblées interdites et depuis l’ordonnance royale du 12 juillet 1688, les organisateurs de telles manifestations étaient soit mis à mort (prédicants et pasteurs),soit envoyés aux galères pour les hommes, en prison pour les femmes.

Dans les régions où les protestants sont nombreux, la résistance est publique. D’abord ils s’abstiennent massivement d’aller à la messe lorsque les dragons s’éloignent. Surtout, ils convoquent des assemblées secrètes dans des lieux écartés, le plus souvent de nuit, pour le « prêche » et éventuellement la cène. Contrairement aux premières assemblées, il n’y a plus de pasteurs pour les présider puisqu’ils ont dû ou fuir ou abjurer. Ce sont donc des laïcs qui convoquent et conduisent les assemblées : les prédicants.
Musée virtuel du Protestantisme.

Le choix pour ces assemblées avait alors été de les faire dans la campagne dans des endroits choisis pour se défendre.

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Le Désert : assemblée de protestants à Lecques près de Nîmes © S.H.P.F.

Le Grand Ry est situé dans la commune d’Aigonnay, au nord du canton de Celles-sur-Belle, en Moyen Poitou, entre Thorigné et Prailles. Dès 1572, il y eut un pasteur du nom de Novel, dont l’activité fut à l’origine d’une forte implantation protestante dans le pays mellois.

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Mariage au Désert, gravure de Samuel Bastide © Musée du Désert

En ce jour de février, il dut y avoir un grand remue-ménage dans le pays. On dit que l’assemblée était formée de 7 à 800 peut être même 1800 protestants. Leur arrivée n’a pas du passer inaperçue. Elle n’est pas passée inaperçue non plus des papistes ni des dragons. On peut même y voir une forme de provocation. Plusieurs assemblées étaient prévues ce même jour autour de Saint Maixent. L’intendant Foucault, présent ce jour là pris la tête de ses troupes. Ils encerclèrent et fondirent sur l’assemblée la plus proche, celle du Grand Ry, un pré entouré d’un ruisseau et d’une haie, gardée par 10 hommes armés, qui tirèrent sur un lieutenant et 10 dragons envoyés en reconnaissance. Les dragons tirèrent alors sur les protestants, « comme sur une nuée de pigeons ».

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L’assemblée est surprise, gravure de Samuel Bastide © Musée du Désert

D’après plusieurs témoignages il y eut 6 morts sur le champ, de noms inconnus.

Selon des témoignages, 200 personnes furent arrêtées, mises sous bonne garde dans une grange pour la nuit jusqu’au matin, où curés et seigneurs vinrent pour demander la libération de certaines de leurs ouailles. l’intendant Foucault envoya son rapport circonstancié à Louvois le lendemain 23 février. Il en fut hautement félicité car le roi précisait «qu’on ordonne aux dragons de tuer la plus grande partie des coreligionnaires qu’ils pourraient joindre sans épargner les femmes».

Le lendemain lundi 23 février 1688, il y eut un semblant de jugement. Trois hommes périrent sur l’échafaud à Saint Maixent.

Thomas Marché, maréchal-ferrant de Thorigné, lecteur et prédicant, fut pendu le 23 février 1688.

Jacques Guérin, de Sainte Blandine lecteur et prédicant, fut pendu à Saint Maixent le 23 février 1688.

Pierre Rousseau, le fermier de Granry qui avait mis ses terres à disposition de l’assemblée,pendu également.

L’intendant Foucault fait état dans ses mémoires de 6 autres pendus, 31 envoyés aux galères perpétuelles et deux femmes condamnées au fouet. Parmi les 31, 29 hommes ont été identifiés. Ils avaient entre 20 et 61 ans, ils étaient laboureurs, journaliers, maréchal, charpentier ou encore valet de meunier.

Enchaînés, ils partirent le 7 mars pour Poitiers,  transférés à Tours ils firent une quarantaine de jours de marche pour atteindre Marseille le 7 juin. Un certain André Moreau de 24 ans est décédé, un Abraham Nocquet d’Aigonnay décédera après 3 ans de galères. Trois hommes ont fait 25 ans de galères, cinq autres furent déportés en Amérique, plutôt les Antilles.

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Plaque commémorant l’assemblée du Désert au Grand-Ry (Deux-Sèvres) surprise par les dragons en 1688. © Musée du Poitou protestant

En 1951, une plaque commémorant ce site du souvenir porte l’inscription;

EN CE LIEU

SPÉCIALEMENT DE 1688 A 1706

SE RÉUNIRENT

DES ASSEMBLÉES DU DÉSERT

L’UNE D’ELLES FUT SURPRISE

LE 22 FÉVRIER 1688

IL Y EUT 200 PRISONNIERS

31 CONDAMNES AUX GALÈRES

ET 15 MARTYRS

EN SOUVENIR DE CEUX QUI

NOUS ONT PERMIS DE PRIER

DIEU EN PAIX AUJOURD’HUI

LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE

DU PROTESTANTISME FRANÇAIS 1951.

L’affaire fit grand bruit, de Marseille jusqu’à Versailles. Louis XIV fut il l’instrument aveugle de ces barbaries? Les jésuites de Poitiers écrivait au père Lachaise qu’on « réduisait par des voies douces et efficaces les nouveaux convertis à leurs devoirs ». Celui ci répondait que le roi prenait un singulier plaisir à l’entendre…..

BIBLIOGRAPHIE:

Elisabeth et Guy Vidal.

Le Musée du Désert.

le Musée virtuel du Protestantisme.

«Mémoires de N.J.Foucault, intendant du Poitou» dans « Documents inédits sur l’Histoire de France » Paris 1862 p.219 –

Maurice Pezet: «L’épopée des camisards» Seghers 1987 p.233 –

«Journal de Jean Mignault, maitre d’école 1681»

Beauchet-Filleau. Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou. Poitiers : Oudin, 1891.

 

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