Comment Guillaume Briet traite la peste à Bordeaux en1599.

Les premiers renseignements sont donnés par le département historique de la Gironde (1895). L’article est plutôt critique sur les ouvrages de G. Briet. Le premier est qualifié « de traduction du traité de Théodore de Bèze sur la conduite à tenir pendant la peste et le second est la relation de la peste récemment survenue à Bordeaux ». Je vais vous parler du second.

G Briet croyait au caractère contagieux de la peste;

« Quant à la troisième cause et occasion de la peste qu’on appelle contagieuse ou plutôt transportée ( car en toute espèce il y a contagion qui est la principale cause et formelle de la peste), il semble que celle dont nous sommes à présent visités en dépend; ayant premièrement apparu chez Pierre de Ricaud, maître chirurgien demeurant à Port Médoc où vint un étranger dit on venu d’Espagne pour se faire traiter un bubon en l’aine que le serviteur de boutique pensait être vénérien. Il le fait voir à son maître lequel ne connaissant pas le mal y apporte ce qu’il peut. Le malade mourut, le serviteur, un fils d’un conseiller à la cour logé en cette maison pour être instruit aux lettres par le fils du chirurgien, mourut. Des servantes l’une malade ou infectée, se retirant au château Trompette avec un sien parent, soldat du dit château y apporta le mal et y moururent plusieurs. Une autre servante se retira chez Lacoze, marchand au Pont-Saint-Jean où toute sa famille est quasi morte. On dit que les meubles de la maisons du dit chirurgien furent de nuit volés et par conséquent ou vendus ou transportés, en diverses maisons dont le mal s’est fourré et comme semé en toute la ville ça été une petite mèche qui est tombée sur des étoupes, bien disposées à recevoir le feu. »
Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 1867.
saintsebastian700

Saint Sébastien protège contre la peste,Benozzo Gozzolo église St Augustin San Gimignano

 

Il est bien convaincu de la contagion et relate l’apparition de cette peste à Bordeaux en 1599. C’est un livre édité en 1867, par le Dr G.Pery, consultable sur Gallica,  » Les épidémies de Bordeaux pendant les XVe, XVIe et XVIIe siècles » qui nous en apprend le plus sur les pratiques de ce médecin de la peste. Ce que détaille le Dr Pery  est le traitement préconisé et utilisé par G. Briet , en raison que  « Les anciens s’en sont servis, et nous en avons fait l’expérience en 1585 ».

« le venin de la peste rentre avec l’air que nous respirons et agit de manière différente selon les individus. La première indication à remplir est d’évaporer ce venin par les porosités du cuir; puis d’employer les remèdes altératifs et correctifs de son impression. Dès les premiers symptômes le malade doit se retirer dans sa chambre, laquelle sera agréablement parfumée, les fenêtres closes avec un bon feu; la température devra être chaude pour pousser à la transpiration ou même à la sueur qu’il est important d’obtenir. Il faut vider l’estomac s’il est plein; puis ensuite on emploie les remèdes suivants;
eau d’Ulmaria, de Scabieuse, vin blanc, de chaque deux onces.( si le corps est vigoureux autrement une demi once)
thériaque ………………….1 1/2 drachme
faites mixtion pour être donné au malade
ou bien le suivant;
suc de Calendula, de Morsus diab., extrait avec vin ou eau distillée ……..5 onces
dissolvez de bon Mithridate……………2 drachmes
sera baillée de même.
Briet cite ensuite deux opiats de Fernel, un de Guedon, un de Marcinius Ficinus.

On pourrait  trouver une certaine poésie, une chambre parfumée, un bon feu et quelques plantes, si la maladie n’était pas mortelle. On a évité la saignée, mais il faut au moins vider l’estomac.L’affaire devient sérieuse à l’apparition de bubon, plutôt bon signe selon lui et  je vous laisse découvrir le remède du pigeon ouvert « chaud et sanglant »et de la poule dont on a plumé le derrière, relaté par le Dr Pery.

pour lui l’apparition de bubon n’est pas un mauvais signe et conseille d’appliquer au bas de la tumeur un vésicatoire ou un cautère, mais a une préférence pour le premier, qu’il maintient ouvert par par des cataplasmes ou fomentations des liniments. Il n’aime pas les cataplasmes ordinaires le sien est composé de racines d’Althéa, de Tapsus barbatus, consoude, axonge, beurre, thériaque et mithridate. Il a la faiblesse de croire à l’efficacité d’un pigeon ouvert, chaud et sanglant placé sur la tumeur, ou d’une poule dont on a plumé le derrière qu’on applique sur le mal tout en serrant le bec du pauvre animal qui est censé aspiré le venin par le cloaque. Ce qui vaut mieux, il recommande dans certains cas d’ouvrir la tumeur et de la remplir de 7 à 8 grains de bézaar puis fomentations chaudes. D’autres fois il met des ventouses sur la tumeur ou l’incise et met des attractifs ouvre la tumeur avec le cautère actuel ou potentiel puis modifie la plaie par des détersifs entre autres l’eau mercurielle.

Comme le malade ne va pas mieux…il suggère d’être plus énergique que ses confrères et  préconise alors l’huile bouillante.

Briet traite ensuite les charbons…/…..il blâme la manière de procéder des autres médecins qui n’agissent pas assez énergiquement. Il veut qu’on fasse deux ou trois incisions puis la sanie abstergée qu’on applique de l’huile bouillante ou un caustique actuel ou potentiel, du sublimé ou de l‘arsenic, et qu’on fasse le pansement avec un sel torréfié, suie, beurre, thériaque, et jaune d’œuf, ou bien de l’huile de myrrhe. Il faut détruire par tous les moyens possibles les parties vertes violettes, livides ou noires; lotionner avec des liquides détersifs ou même caustiques; faire en un mot le traitement de la gangrène.

Je laisse au Dr Pery le soin de conclure sur la thérapeutique.

Guillaume Briet nous a laissé dans son livre, l’exposé de sa méthode de traitement et sa thérapeutique nous parait avoir eu pour base une connaissance exacte des indications à remplir. On peut toutefois lui reprocher de s’être quelquefois aller à des croyances que l’on excusera sans doute si l’on songe qu’il écrivait il y a plus de trois cents ans.

Ce qui fait plus de 400 ans pour nous. Les contemporains de G. Briet, les plus fortunés,  appliquaient le principe  d’Hippocrate

                                                       « cito, longe, tarde »
ce qui peut se résumer par
                                                « pars vite, va loin, et reviens tard ».
Ce mal est resté mystérieux jusqu’à la découverte d’Alexandre Yersin en 1894. Il faudra attendre 1950 et les antibiotiques pour avoir un traitement efficace. Contrairement à d’autres maladies, la peste ne peut pas être éradiquée complètement et une nouvelle pandémie de peste ne peut être exclue.
Sources;
Histoire de la peste; Jean Vitaux
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